
Je vais peut-être en surprendre plus d'un mais, d’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais aimé l’Histoire. Difficile confession pour le blogueur "culture" que je suis ! Mais c’est ainsi, et m’inventer un passé de féru d’Histoire depuis ma plus tendre jeunesse me donnerait certes plus de crédibilité, mais serait surtout très malhonnête envers vous, chers lecteurs !
Vous et moi tomberons d’accord sur ce point : quelle perte de temps que de se pencher sur les conflits entre les rois Mérovingiens et leur Maire du Palais1, d’étudier les rouages des institutions de la Grèce antique ou les mécanismes de la Révolution industrielle amorcée au XVIIIe siècle2!
Quel intérêt pourrait-il bien y avoir à connaître les tenants et les aboutissants des invasions barbares, des Croisades ou de l’Inquisition ? Aucun !
Gamin, en bon élève que j’étais, j’apprenais pourtant consciencieusement mes leçons. 486, vase de Soissons. 1515, bataille de Marignan. 1492, arrivée dans les Caraïbes de Christophe Colomb3. 14 juillet 1789, prise de la Bastille. Vite apprises pour obtenir les meilleures notes possibles, vite oubliées une fois le contrôle passé. Une vraie supercherie intellectuelle, quand j’y pense. Surtout, mon apprentissage de l’Histoire se limitait alors à retenir une succession d’événements (parfois même dans le désordre chronologique), sans qu’aucun lien ne soit créé entre eux, sans qu’aucune trame narrative ne se dessine.
Collégien, ma devise préférée était : "à quoi sert d’apprendre ce qui est dans les livres, puisque c’est dans les livres ?", phrase que j’avais lue je ne sais où, et me servant en toute occasion à cautionner ma paresse intellectuelle. Étonnant que, vingt ans plus tard, je me souvienne encore de cette citation inepte et vide de sens !
La science ! L’informatique ! La loi de Moore stipulant que le nombre de transistors par puce devait doubler environ tous les deux ans4, laissant entrevoir un avenir passionnant ! Moi, je voulais être ce gamin dans WarGames (film sorti en 1983 - ça ne nous rajeunit pas)5, capable de pénétrer dans les serveurs sécurisés du NORAD et de déjouer une Troisième Guerre Mondiale en restant simplement derrière mon clavier et mon écran d’ordinateur !

Difficile, quand on a l’imaginaire rempli des univers de science-fiction d’Isaac Asimov ou de Ray Bradbury, de voir un quelconque intérêt à l’Histoire de France…
Gamin, donc, je n’avais goût que pour les sciences (je croyais, naïf que j’étais, que les maths se résumaient à la trigonométrie et aux identités remarquables !) et mon premier vrai contact avec un ordinateur – j’étais alors en classe de seconde - fut pour moi une révélation. Mon lycée avait eu la bonne idée de créer une option "informatique". Deux heures par semaine pour s’initier aux joies de Windows 95 et apprendre à rechercher sur le World Wide Web avec Altavista. Tout un programme !
Surtout, à moi les joies de l’apprentissage du Turbo Pascal, un environnement de programmation en Pascal6. L’interface était austère : un écran noir comme le jais, un contrôle uniquement au clavier, aucune aide visuelle. Un simple curseur clignotant en haut à gauche de l’écran, invitant l’apprenti-programmeur que j’étais à écrire ses premières lignes de code. Structures conditionnelles (If, Then, Else), structure en boucle (For i :=1 to 5 do),… un univers inconnu et passionnant s’ouvrait à moi ! Il était possible de parler à son ordinateur, de lui commander de faire des choses aussi INCROYABLES que de compter jusqu’à 10 – puis de recommencer à rebours (dingue !). Et, si on faisait bien notre boulot, l’ordinateur nous obéissait. Ça y est, j’étais ce héros de WarGames et je deviendrais un jour le plus grand hacker de tous les temps !

Mouais. La vie en a voulu autrement. J’ai compris plusieurs années plus tard que les maths, en fait, c’était dur et que je n’étais pas spécialement doué pour ça. Et quand il fallut choisir ma voie professionnelle, l’éclatement de la bulle internet au lendemain de l’an 2000 refroidit un peu mes ardeurs et me fâcha (un peu) avec l’informatique. Je me dirigeai donc vers une voie professionnelle moins risquée… celle des Travaux Publics (« quand le bâtiment va, tout va », qu’y disaient).
Et l’Histoire ne fit irruption dans ma vie que bien plus tard, au hasard de la lecture d’un livre. Ce livre, c’était Une histoire de France d’Alain Minc7. Merde, être initié à l’Histoire de France par ce mec, c’est vraiment la loose quand j’y pense : je compris, un peu plus tard, que ce bouquin était un véritable navet servant uniquement à flatter l’ego de son auteur. Mais au moins a-t-il servi chez moi de déclencheur : j’avais désormais envie de connaître (et surtout de comprendre) la lente et longue construction de notre société. Au fond, quand elle est bien racontée, l’Histoire peut être au moins aussi passionnante qu’un épisode du Trône de Fer !
Dans notre société connectée, où tout le monde a le regard tourné vers l’avenir et les perspectives technologiques de demain, où l’obsolescence est devenue programmée, il devient difficile de voir un intérêt à regarder derrière soi. Les Anciens avaient-ils un smartphone dans la poche ? Pouvaient-ils accéder à tout moment à un vaste réseau d’informations et de connaissance ? Non, bien sûr ! Dans ces conditions, qu’avons-nous à apprendre de ces arriérés vivant sans Wi-Fi et sans réseau 4G ?
Voilà, en substance, ce que pensent tout bas bon nombre d’honnêtes citoyens quand on commence à leur parler d'Histoire. Dans un sens, je suis plutôt d’accord avec eux. Point n’est besoin d’être un expert des guerres napoléoniennes ou un médiéviste confirmé pour comprendre ce qui se trame en Syrie, en Ukraine ou en Afghanistan. Inutile, aussi, de connaître l’histoire de la pensée économique (Keynes, Malthus, Marx et consorts) pour comprendre que notre économie va mal et qu’elle n’est pas près d’en sortir.
Mais si nous voyions l’Histoire différemment ? Si nous prenions les livres d’Histoire pour des livres d’histoires ? Et si, au lieu de s’appeler Ned Stark, Tyrion Lannister ou Jon Snow, nos héros s’appelaient Hannibal, Jules César ou Charlemagne ?

À ceux qui me demandent à quoi sert l’Histoire, je leur réponds ceci : à rien. Tout comme la poésie, la littérature ou les balades en forêt8. Certains prennent leur pied en regardant Secret Story ou L’Amour est dans le Pré à la télé. D'autres en se plongeant dans la biographie (romancée) de Néron écrite par Max Gallo ou celle de Napoléon par André Castelot…
Choisissez votre camp !
Notes
- Les maires du palais ne sont pas des maires au sens municipal actuel. Dans les royaumes francs, leur pouvoir finit par rivaliser avec celui des souverains mérovingiens. Pépin le Bref franchit une étape décisive en écartant Childéric III et en devenant roi en 751.↩ Retour au texte
- L’industrialisation commence en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle et se développe ensuite en France au XIXe. Mécanisation, vapeur et métallurgie transforment la production, mais aussi les métiers et les conditions de vie : une chronologie industrielle raconte donc également une histoire sociale.↩ Retour au texte
- Le mot « découverte » dépend du point de vue adopté : les sociétés américaines existaient bien avant 1492. L’exposition de la Library of Congress consacrée à cette date part précisément de ces sociétés, puis examine les contacts durables, les conquêtes et leurs conséquences pour les populations.↩ Retour au texte
- En 1965, Gordon Moore extrapolait un doublement annuel du nombre de composants des circuits intégrés ; il ramène ce rythme à deux ans en 1975. Cette prévision industrielle est devenue un objectif mobilisateur pour les fabricants. Elle ne garantit pas que chaque logiciel ou ordinateur fonctionne deux fois plus vite.↩ Retour au texte
- Réalisé par John Badham, WarGames met en scène David Lightman, joué par Matthew Broderick. L’adolescent croit accéder à un jeu et déclenche une crise nucléaire simulée. Ce ressort dramatique inscrit le film dans les peurs de la guerre froide, autant que dans l’imaginaire naissant du piratage informatique.↩ Retour au texte
- Pascal est conçu par Niklaus Wirth à l’ETH de Zurich entre 1968 et 1972, notamment pour enseigner les principes de programmation. Turbo Pascal est une réalisation commerciale ultérieure de Borland : son manuel de 1984 réunit les commandes d’édition, de compilation et d’exécution dans un même système.↩ Retour au texte
- Publié chez Grasset le 24 septembre 2008, Une histoire de France est présenté par son éditeur comme un parcours personnel assumant des partis pris et des rapprochements avec le présent. Cette présentation éclaire le type d’ouvrage évoqué ici ; le jugement sévère du blogueur reste son appréciation de lecteur.↩ Retour au texte
- La question de l’utilité de l’histoire ouvre aussi l’Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien de Marc Bloch. Cet ouvrage de méthode, laissé inachevé puis publié en 1949 par Lucien Febvre, interroge les raisons et les pratiques du métier. Il offre un prolongement à ce billet personnel, au-delà du seul plaisir du récit.↩ Retour au texte




ca a servi à rien j'adore déjà l'histoire, mais bon ETC c'est trop cool alors ...
Comprendre l'histoire pour ne pas recommencer les erreurs du passé, voilà en quoi pourrait bien servir l'histoire si les gens ne la considérait pas comme une simple "histoire" romancé des films livres romans de notre époque. Connaissez-vous l'art de la guerre par lao tseu ? Ou les écrits d'Ulpien ? Ils ont était écrit ils y a des centaines voir des milliers d'années et pourtant leurs concepts sont toujours aussi valables aujourd'hui. C'est l'histoire qui nous permet d'aller de l'avant, c'est une erreur de limité l'histoire à la simple comparaison au histoire de game of throne !
Évidemment que vous détestez l’histoire si vous l’avez apprise de l’histoire de France d’Alain Minc : ce type travaille à la destruction systématique de l’identité française pour le compte de son appartenance juive et ne s’en cache point.
L histoire cest de la propagande pur et dur. L'excuse bidon pour ne pas répéter les erreurs du passé, mon cul car l'histoire n'est jamais là même, les émotions le courage font les grands hommes rien d'autre.