
Intro
Malgré les nouveaux concepts qu'on avait tentés ces derniers temps pour relancer l'audience, les statistiques du site stagnaient à un niveau médiocre, et l'ambiance au sein du comité de rédaction était devenue exécrable. À bien y réfléchir, en fait, l'expression "comité de rédaction" était peut-être un peu exagérée... Nous n'étions que trois : mes deux compères, que je surnommais affectueusement Tic et Tac, et moi. Que l'un de nous abandonne le projet, et c'était l'avenir du blog qui était compromis.
Ce matin-là, nous devions nous voir pour en discuter. Cette réunion était donc capitale : il fallait absolument trouver une solution pour nous remotiver, et vite.
- Il faut qu'on trouve quelque chose, là.
Là, c'était moi qui avais pris la parole. Aussitôt, un silence de plomb s'installa dans la pièce. J'attendis patiemment que quelqu'un prenne la parole. Ce fut Tic qui rompit le silence. Puis Tac. Et encore Tic. Les langues se déliaient, c'était plutôt bon signe.
- Mais on a tout essayé ! On a fait dans l'humoristique, dans le sérieux, dans la parodie. Rien ne marche, putain. Les gens aiment regarder des vidéos de chatons, pas lire des articles à rallonge sur Judas, sur les poètes maudits ou sur la fontaine Saint-Michel !
- Mais oui, c'est quand même pas compliqué à comprendre ! Si la culture marchait, tout le monde en ferait, tu crois pas ?
- Et puis ce putain de blog nous rapporte pas une thune... Je suis à deux doigts de tout laisser tomber.
Il fallait que je réagisse.
- Mais l'argent, on s'en tape, fis-je de mon air le plus convaincant possible. Ce qui compte c'est d'écrire du contenu de qualité, de faire réagir les gens, de niveler par le haut, de...
- Attends, t'es sérieux, là ? Tu crois vraiment qu'on se casse le cul à écrire trois heures par jour pour être lu par trois pékins qui sont arrivés sur le site par hasard ?
Merde. Trouver quelque chose avant que tout parte en couille.
- Trois pékins... t'y vas fort... 5.000 visiteurs par jour, c'est pas si mal. Et puis on a lancé une campagne ... Avec un peu de patience, ça va finir par marcher... Et puis... il faut que je vous dise...
Tic et Tac braquèrent leurs yeux sur moi. Fallait pas que je loupe ma sortie.
- J'ai eu une idée hier soir...
Cette idée qui me semblait merveilleuse il y a quelques minutes encore me semblait devenue tout à coup la plus grosse bouse jamais sortie de mon esprit. Mais bon, j'avais plus le choix.
- On résumerait tous les grands classiques de la littérature. Madame Bovary, le Père Goriot, Les Misérables,... vous voyez le topo. Les gens n'auraient plus à se casser le cul à lire des bouquins entiers. Ils liraient notre résumé, et bim ! ils pourraient ensuite briller en société. C'est pile dans notre concept de base : "étale ta culture".
Je fis une petite pause avant de poursuivre :
- Cool, non ?
Je parcourus mon assemblée du regard, à la recherche d'un peu de soutien. Que dalle, mes deux compères tapotaient sur leur téléphone, histoire de bien montrer à quel point ils trouvaient mon idée complètement naze. C'était pas le moment de lâcher l'affaire. De toute façon, je n'avais aucune autre idée en stock.
- J'ai déjà préparé un truc sur Madame Bovary, histoire que vous vous rendiez compte de ce que ça pourrait donner.
Je sortis mon papier de ma sacoche, me raclai la gorge et commençai la lecture :
Madame Bovary
"Dès la première page du livre1, nous faisons la connaissance de Charles Bovary, un ado assez terne et mal dans sa peau. Ses camarades se moquent d’abord de lui. Ah ! Dures lois de la jeunesse ! Si encore Charles était brillant en études... mais ce n'est pas du tout le cas : il traîne péniblement ses guêtres en fac de médecine, et finit par arracher son diplôme d’officier de santé2.
Le voilà devenu "petit" officier de santé de campagne à Tostes, un village normand, sans carrure et sans ambition."
- Attends, tu te fous de nous, là ?
C'était Tic, que je n'avais jamais vu autant énervé.
- Ben non, pourquoi ?
- Il est où le fun ? C'est chiant à mourir ton truc.
- Mais non, attends un peu, il faut bien que l'ambiance s'installe petit à petit... Et puis on pourra agrémenter le tout par des dessins marrants... Attends, je continue.
"Un beau jour, Charles rencontre Emma Rouault. C'est le coup de foudre, il devient veuf, puis ils se marient : Emma devient Madame Bovary3. C'est maintenant que les problèmes commencent... Car Charles et Emma ne sont pas du tout sur la même longueur d'onde : elle rêve d'un amour idéalisé, de ceux que l'on trouve dans les livres. Lui se contente de sa petite vie étriquée, il est entièrement comblé par la présence au quotidien de son épouse. Malaise."
Cette fois, ce fut Tac qui réagit :
- Ah, c'est sûr, l'ambiance, elle s'installe vraiment petit à petit, là. Tu nous réveilles quand t'as fini ?
La parole de trop. J'éclatai de colère.
- Putain, vous commencez à me saouler, tous les deux. J'me barre, faites ce que vous voulez.
Je ponctuai ma phrase en claquant violemment la porte, et sortis fumer une clope pour me détendre. Un peu de fumée salvatrice dans les poumons plus tard, je retournai dans mon bureau où je relus mon texte. C'était pas si mal que ça, pourtant. Mais bon, ils voulaient du fun ? J'allais leur en donner, du "fun". J'ouvris un nouveau document Word et commençai à écrire frénétiquement :
****
Un soir, Emma Bovary est invitée chez le marquis d’Andervilliers4. Elle découvre un univers fastueux qui l'enchante... Voilà la vie qu'elle souhaite mener ! Donner du "Madame la Marquise", ou du "Monsieur le Baron". Bouffer des truffes et du caviar à s'en faire péter la rate. Danser la valse avec des hommes ravissants et bien éduqués... Emma est en train de vivre la plus belle soirée de toute sa vie.
Mais bientôt, minuit sonne : le carrosse se transforme en citrouille... et il faut songer à rentrer chez soi. Inutile de laisser traîner une de ses godasses par terre, dans la vraie vie, Emma le sait, aucun prince charmant ne chercherait à la retrouver... Le retour au bercail est difficile :
Quand ils arrivèrent chez eux, le dîner n’était point prêt. Madame s’emporta. Nastasie [la bonne, ndlr] répondit insolemment. (...) Il y avait pour dîner de la soupe à l’oignon, avec un morceau de veau à l’oseille.
Le contraste entre ce qu'elle est et ce qu'elle aimerait être est douloureux... Au final, cette soirée n'aura servi qu'à retourner le ciboulot d'Emma, qui désespère maintenant de sa vie de petite bourgeoise de village...
Que faire ? Pour oublier sa petite vie minable (ou du moins sa vie qu'elle considère comme minable), elle se plonge dans la littérature. Balzac, Eugène Sue5... Elle lit beaucoup, parle peu. Bref, Emma s'emmerde à en crever.
Même si elle n'a plus aucune affection pour son mari, elle remplit tout de même de temps en temps son devoir conjugal. Crac boum, quelques mois plus tard, elle tombe enceinte. Ô, joie divine ! Ô, chair de ma chair ! Un enfant, c'est ce qu'il y a de plus beau, sans doute le meilleur remède à la neurasthénie. Emma va-t-elle remonter la pente pour autant ? Non, que dalle.
Déjà, elle voulait un garçon6, et elle a une petite fille. Dur à encaisser.
Puis vient le choix du prénom de l'enfant :
Elle avait entendu la marquise appeler Berthe une jeune femme ; dès lors ce nom-là fut choisi.
Eh oui, même plusieurs mois plus tard, le souvenir de ce fameux bal la hante encore... jusqu'à choisir le prénom de sa petite fille selon un lointain souvenir. Quand la petite Berthe grandira, peut-être Emma se prendra-t-elle d'affection pour elle ? Elle lui témoigne pourtant une tendresse très inégale7.
La petite Berthe essayait de se rapprocher de sa mère, pour lui saisir, par le bout, les rubans de son tablier.
– Laisse-moi ! dit celle-ci, en l’écartant avec la main.
La petite fille bientôt revint plus près encore, contre ses genoux. (...)
– Laisse-moi ! répéta la jeune femme tout irritée.
Sa figure épouvanta l’enfant, qui se mit à crier.
– Eh ! laisse-moi donc ! fit-elle en la repoussant du coude, et Berthe alla tomber au pied de la commode, contre la patère de cuivre ; elle s’y coupa la joue, le sang sortit.
#MèreIndigne
Et puis, vint ce jour où Emma trouva enfin un peu de réconfort en la personne de Léon Dupuis. Léon, il est clerc de notaire. Rien de bien folichon, a priori. Mais, tout comme elle, il s'ennuie à en crever dans sa petite vie rurale et lit beaucoup de romans romantiques pour s'évader...
– Comme je m’ennuie ! se disait-il, comme je m’ennuie !
Forcément, ça les rapproche. Un amour, d'abord platonique, s'installe entre eux. Mais le platonique, ça va bien deux minutes : Léon aimerait bien passer aux choses sérieuses. Il presse (un peu) Emma qui prend son air offusqué et joue le rôle de l'épouse modèle dévouée. Léon comprend que Dame Bovary ne sait pas ce qu'elle veut... et se barre reprendre des études de droit à Paris.
Madame Bovary se retrouve de nouveau seule, dans son petit village paumé.
#Dépression
L'aurait-elle deviné ? Son salut passe par une foire agricole8. Alors qu'elle s'y traîne, le cœur en berne, elle se laisse courtiser par Rodolphe Boulanger. Ah, qu'il est beau, ce Rodolphe ! Et surtout, qu'il est riche ! Elle se laisse séduire assez facilement et les deux tourtereaux vivent une liaison passionnée, sans prendre énormément de précaution pour cacher leur émoi. C'est bien simple, dans le village, seul le mari cocu ne se doute de rien... Il faut dire qu'il ne s'est pas arrangé en vieillissant, le pauvre Charles Bovary. Toujours un peu benêt, toujours aussi mauvais médecin9, toujours amoureux transi de sa femme. Pauvre vieux, on ne le refera plus.
L'amour que porte Emma à Rodolphe est incommensurable.
MAIS...
L'amour que Rodolphe porte à Emma est... disons... un peu moins fort...
Elle devenait bien sentimentale. Il avait fallu échanger des miniatures, on s’était coupé des poignées de cheveux, et elle demandait à présent une bague, un véritable anneau de mariage, en signe d’alliance éternelle.
Puis, un peu plus loin :
Mais elle était si jolie ! il en avait possédé si peu d’une candeur pareille !
Tout est dit. Pour Rodolphe, Emma est jolie, mais elle est chiante.
#Dilemme
Jusqu'au jour où Emma, toujours folle amoureuse, demande à Rodolphe qu'ils s'enfuient ensemble en Italie. Quoi, sa fille Berthe ? Ah oui, c'est vrai, elle l'avait oubliée, celle-là. Bon, bah... ils n'auront qu'à la prendre avec eux, et puis c'est tout. Rodolphe accepte du bout des lèvres, et les deux amants planifient leur départ pour le mois suivant. Elle est aux anges ! Enfin elle va vivre une vie excitante avec un homme riche qui la chérira...
La veille du départ, pourtant, le couperet tombe : Rodolphe fait parvenir une lettre de rupture à sa douce10...
(on ne l'avait pas DU TOUT vu venir, celle-là !)
Je serai loin quand vous lirez ces tristes lignes ; car j’ai voulu m’enfuir au plus vite afin d’éviter la tentation de vous revoir. Pas de faiblesse ! Je reviendrai ; et peut-être que, plus tard, nous causerons ensemble très froidement de nos anciennes amours. Adieu !
#Grosenfoiré
Emma tombe malade, songe à se suicider. Charles, en difficulté financière, doit même emprunter de l'argent pour payer le traitement de son épouse.
Mais peine d'amour ne dure qu'un temps... elle reprend peu à peu goût à la vie.
Puis le destin s'en mêle...
Lors d’une sortie à l’opéra de Rouen, elle retrouve Léon11, qui s'est installé à Rouen. Vous vous rappelez, l'amoureux transi qu'elle avait éconduit quelque temps plus tôt ? Cette fois, Emma ne le repousse plus et ils s'engagent tous les deux dans une liaison passionnée. Elle se relance à cœur perdu, une nouvelle fois, dans un amour idéalisé.
Les cornes de son mari Charles, elles, grandissent un peu plus...
Vivre une histoire d'amour ne lui suffit plus, à Emma. Elle veut maintenant mener la grande vie. Elle emprunte de l'argent à des taux exorbitants à M. Lheureux, le marchand d'étoffe, usurier à ses heures perdues. Las ! Le parfait amour qu'elle file avec Léon ne dure qu'un temps. Bientôt, les deux amants s'ennuient... Emma, de plus en plus insatisfaite, se fait de plus en plus garce avec lui.
À vrai dire, quand les huissiers sonnent à sa porte, sa relation avec Léon devient absolument secondaire : Lheureux veut faire saisir tous les biens du couple pour compenser ses dettes. Charles n'est pas encore au courant : il reste encore un peu de temps à Madame Bovary pour régler la situation. Vite, vite, vite, elle doit réunir suffisamment d'argent pour rembourser son créancier12.
Elle appelle Léon, d'abord. Puis un peu tous les hommes d'affaires de la ville, qu'elle connaît de près ou de loin. Sans résultat.
Tout à coup elle se frappa le front, poussa un cri, car le souvenir de Rodolphe, comme un grand éclair dans une nuit sombre, lui avait passé dans l’âme. Il était si bon, si délicat, si généreux ! Et, d’ailleurs, s’il hésitait à lui rendre ce service, elle saurait bien l’y contraindre en rappelant d’un seul clin d’œil leur amour perdu.
Elle joue donc sa dernière carte : elle demande trois mille francs à Rodolphe, son beau beau Rodolphe qu'elle a tant aimé. Rodolphe ne les a pas, il refuse.
– Ah ! pardonne-moi ! tu es la seule qui me plaise. J’ai été imbécile et méchant ! Je t’aime, je t’aimerai toujours. Qu’as-tu ? dis-le donc !
Il s’agenouillait.
– Eh bien !... je suis ruinée, Rodolphe ! Tu vas me prêter trois mille francs !
– Ah ! pensa Rodolphe, qui devint très pâle tout à coup, c’est pour cela qu’elle est venue !
Enfin il dit d’un air calme :
– Je ne les ai pas, chère madame.
Il ne mentait point. Il les eût eus qu’il les aurait donnés, sans doute (...)
– Tu ne les as pas ! Elle répéta plusieurs fois : Tu ne les as pas ! J’aurais dû m’épargner cette dernière honte. Tu ne m’as jamais aimée ! Tu ne vaux pas mieux que les autres !
Elle se trahissait, elle se perdait. Rodolphe l’interrompit, affirmant qu’il se trouvait "gêné" lui-même.
Poussée à bout, humiliée, Emma se rend chez le pharmacien Homais et absorbe de l'arsenic. Elle meurt dans de terribles souffrances sous les yeux horrifiés et impuissants de son mari.
Devenu veuf avant l'âge, le pauvre Charles tente de survivre lui-même à cette épreuve. Ruiné, désemparé, il idéalise la mémoire de sa défunte épouse et se raccroche aux souvenirs heureux qu'ils ont partagés. Que lui reste-t-il d'autre, de toute façon ?
Jusqu'à ce jour, ce funeste jour, où il découvre les lettres de Rodolphe et de Léon.
Il sentit sous sa pantoufle une boulette de papier fin. Il l’ouvrit et il lut : "Du courage, Emma ! du courage ! Je ne veux pas faire le malheur de votre existence." C’était la lettre de Rodolphe, tombée à terre entre des caisses, qui était restée là, et que le vent de la lucarne venait de pousser vers la porte. Et Charles demeura tout immobile et béant à cette même place où jadis, encore plus pâle que lui, Emma, désespérée, avait voulu mourir.
Enfin confronté à la dure réalité, Charles Bovary meurt, accablé de chagrin, seul, dans son jardin. La petite Berthe trouvera le corps sans vie de son papa le jour même, vers sept heures du soir.
"- C’est la faute de la fatalité !" sont les paroles qu’il adresse à Rodolphe la veille de sa mort13.
Épilogue
Il était 10 heures du soir quand j'apportai le point final à mon texte. Me replonger dans ce livre si poignant de Flaubert m'avait complètement bouleversé. Ce pauvre homme qui mourait de chagrin... Était-il vraiment possible de mourir de chagrin, pensai-je ? Oui, sans aucun doute.
Je lus une dernière fois mon article, puis l'envoyai par mail à Tic et Tac avec un petit mot d'accompagnement.
"J'ai retouché l'article sur Madame Bovary, pour le rendre plus fun, comme vous le vouliez. J'ai même mis des hashtags haha. J'espère que ça vous plaira.
Bon, et désolé pour tout à l'heure, j'étais un peu à cran.
À demain les gars"
Puis, j'éteignis mon ordinateur et je rentrai chez moi.
***
Je m'endormis rapidement et ne me réveillai qu'en fin de matinée, avec un mal de crâne épouvantable.
J'ouvris ma boite mails. Aucune réponse, ni de Tic, ni de Tac. Bizarre. J'avalai deux aspirines en même temps qu'un bol de Coco Pops, puis direction la douche.
En début d'après-midi, je n'avais toujours aucune nouvelle. Je me rendis au bureau de la rédaction : la plaque "Étale Ta Culture - Blog de culture générale" que j'avais installée six mois plus tôt avait disparu, remplacée par une plaque indiquant "Dr. Flammard - psychiatre". Bizarre.
Je sortis mon téléphone pour appeler Tic, mais son nom n'apparaissait plus dans les contacts de mon téléphone. J'essayai Tac. Idem.
Je fus pris d'un vertige et dus m'appuyer contre la porte pour ne pas tomber. J'avais besoin de vérifier une dernière chose. J'ouvris ma boite mail où je trouvai toute ma correspondance avec eux. Depuis notre rencontre, il y a six mois, nous nous étions échangés des centaines de mails.
J'en ouvris un au hasard. Nouveau vertige. Expéditeur : Djinnzz. Destinataire : Djinnzz.
J'en compulsai frénétiquement des dizaines d'autres. Toujours la même rengaine. Expéditeur : Djinnzz. Destinataire : Djinnzz. Aucune trace de Tic, ni de Tac, nulle part.
Je dus me rendre à l'évidence. Mes deux amis n'avaient jamais existé. Comment... Je relevai la tête, et vis de nouveau la plaque vissée sur la porte : "Dr. Flammard - psychiatre". J'appuyai sur la sonnette et attendis qu'on m'ouvre.
À suivre ?
Notes
- Madame Bovary paraît d’abord dans la Revue de Paris, d’octobre à décembre 1856, puis en volume en 1857. Le procès pour outrage à la morale publique et religieuse se termine par l’acquittement de Flaubert, du directeur de la revue Laurent-Pichat et de l’imprimeur Pillet, le 7 février 1857. Le jugement accompagne néanmoins cet acquittement d’un blâme sévère du réalisme du livre.↩ Retour au texte
- Le début du roman est raconté par un « nous » de collégiens, témoin de l’arrivée de Charles et de l’épisode de sa casquette. Ce narrateur collectif s’efface ensuite. Charles n’est d’ailleurs pas constamment le cancre de cette entrée en scène : son application le maintient au milieu de sa classe et lui vaut même un accessit d’histoire naturelle. Plus tard, il échoue une première fois à l’examen d’officier de santé, puis est reçu avec une assez bonne note.↩ Retour au texte
- Emma est la seconde épouse de Charles. Sa mère lui avait choisi Héloïse Dubuc, une veuve de quarante-cinq ans dont les revenus annoncés se révèlent trompeurs. C’est en soignant la fracture du père Rouault, aux Bertaux, que Charles rencontre Emma. La mort d’Héloïse rend leur mariage possible ; le titre du roman peut ainsi désigner plusieurs femmes de la famille Bovary.↩ Retour au texte
- Le bal se tient au château de la Vaubyessard. Au retour, Charles ramasse un porte-cigares brodé de soie verte ; Emma le conserve et imagine qu’il appartient au vicomte avec qui elle a valsé. Cette attribution relève de sa rêverie, pas d’une certitude du narrateur. L’objet devient un support matériel de ses fantasmes de luxe et de vie parisienne.↩ Retour au texte
- Flaubert précise ce qu’Emma cherche chez ces auteurs : des descriptions d’ameublement chez Eugène Sue, des satisfactions imaginaires à ses désirs chez Balzac et George Sand. Ses lectures romanesques remontent au couvent ; Walter Scott nourrit ensuite son goût des châteaux et des ménestrels. Le livre montre ainsi des usages particuliers de la lecture, plutôt qu’une condamnation indistincte de tous les romans.↩ Retour au texte
- Le souhait d’un fils possède une dimension sociale explicite : Emma imagine qu’un homme pourrait voyager, vivre ses passions et franchir les obstacles, tandis qu’une femme reste entravée par les dépendances de la loi. Elle voudrait appeler ce fils Georges. La déception ne tient donc pas seulement au sexe de l’enfant : elle projette sur lui une liberté dont elle se sent privée.↩ Retour au texte
- La brutalité envers Berthe n’épuise pas les rapports entre mère et fille. Plus loin, Emma se précipite pour embrasser l’enfant et lui déclare son amour. Ces élans alternent avec des moments de rejet ou d’indifférence. Les rapprocher permet de lire une maternité instable, sans transformer une scène particulièrement violente en description de chacun de ses gestes.↩ Retour au texte
- Aux comices agricoles, Flaubert fait alterner les déclarations de Rodolphe et les discours officiels, puis les annonces de récompenses : les deux éloquences se répondent ironiquement. Catherine Leroux, servante après cinquante-quatre années dans la même ferme, reçoit une médaille d’argent valant vingt-cinq francs. Sa présence silencieuse et ses mains marquées par le travail donnent à la scène une autre portée que la seule intrigue amoureuse.↩ Retour au texte
- Le désastre professionnel le plus net de Charles est l’opération du pied-bot d’Hippolyte, garçon d’auberge, encouragée par le pharmacien Homais. Les complications imposent l’intervention du docteur Canivet, qui ampute la cuisse. L’épisode met aussi en cause la publicité enthousiaste faite à une réussite prématurément annoncée et le prestige du progrès invoqué par Homais.↩ Retour au texte
- La lettre arrive dissimulée dans une corbeille d’abricots. Tandis qu’Emma est bouleversée, Charles mange les fruits sans comprendre ce qui se passe. Homais envisage ensuite que les abricots aient provoqué son malaise : le lecteur connaît la cause affective que les personnages cherchent maladroitement dans un aliment.↩ Retour au texte
- La représentation est Lucie de Lammermoor. Emma reconnaît dans l’opéra l’univers de ses lectures de Walter Scott et projette ses propres espoirs sur le drame et le chanteur Lagardy. Charles retrouve Léon à l’entracte et l’amène dans leur loge. Le spectacle relie ainsi ses anciens rêves romanesques à la reprise de sa relation avec Léon.↩ Retour au texte
- L’engrenage financier passe par des achats à crédit, des billets renouvelés et leur escompte par Vinçart, banquier à Rouen. Le commandement exige huit mille francs dans les vingt-quatre heures. Cette somme ne doit pas être confondue avec les trois mille francs qu’Emma demandera ensuite à Rodolphe. La circulation des titres de dette rend sa situation de moins en moins maîtrisable.↩ Retour au texte
- Le roman ne s’arrête pas à la mort de Charles. Berthe part chez sa grand-mère, qui meurt dans l’année ; son grand-père Rouault étant paralysé, une tante pauvre la recueille et l’envoie travailler dans une filature de coton. À cette déchéance familiale répond la réussite d’Homais : la dernière phrase annonce qu’il vient de recevoir la croix d’honneur.↩ Retour au texte




J'ai très sincèrement beaucoup aimé cette lecture. En plus, je dois avouer que je fais partie des rares personnes à n'avoir jamais lu Madame Bovary... et c'était donc particulièrement intéressant pour moi.
Je vous entends d'ici, à me traiter de grosse inculte ! ha ha Mais rassurez-vous j'ai lu beaucoup d'autres livres...
Par contre, j'ai un bémol... Cette phrase m'a choquée :
"Les gens n’auraient plus à se casser le cul à lire des bouquins entiers. Ils liraient notre résumé, et bim! ils pourraient ensuite briller en société. C’est pile dans notre concept de base: « étale ta culture »."
Vous devriez au contraire inciter les livres à lire l'œuvre en entier. Vous les appâtez avec votre résumé (très bien fait par ailleurs, je le répète), puis vous leur donnez envie d'approfondir par eux-mêmes. C'est du moins a seule démarche qui me semble intellectuellemnt acceptable.
Alors pourquoi partir du principe de proposer à vos lecteurs de se contenter de votre résumé. "Etaler sa culture", est-ce vraiment une fin en soir ? Je ne pense pas de mon côté...
Bon, c'est un détail "d'enrobage", mais qui a son importance...
Bonsoir Fido ! Tout d'abord merci beaucoup pour les compliments, ça fait toujours EXTREMEMENT plaisir ! :)
C'est amusant, parce que vous êtes la troisième personne à me faire cette remarque sur cette fameuse phrase :
« Les gens n’auraient plus à se casser le cul à lire des bouquins entiers. Ils liraient notre résumé, et bim! ils pourraient ensuite briller en société. C’est pile dans notre concept de base: « étale ta culture ». »
J'y ai répondu longuement par mail tout à l'heure à une lectrice prénommée Sophie, je vais donc vous copier-coller la réponse que je lui ai faite ici, ça me fera gagner un peu de temps :)
Cette phrase est évidemment ironique et il faut la lire au second degré... tout comme le titre du blog "EtaleTaCulture", d'ailleurs... Bon, c'est vrai, cette "ironie" ne saute pas aux yeux dès le premier regard ! Mais c'est ce qui me plaît : les choses qui ont un sens caché, qui ne se révèlent pas tout de suite aux lecteurs.
Il y une autre phrase qui a fait réagir :
"- Mais l’argent, on s’en tape, fis-je de mon air le plus convaincant possible. Ce qui compte c’est d’écrire du contenu de qualité, de faire réagir les gens, de niveler par le haut, de…"
On m'a fait remarquer que l'intention "noble" ("faire réagir les gens, niveler par le haut,...") est en totale contradiction avec la première phrase : "Ils liraient notre résumé, et bim! ils pourraient ensuite briller en société."
En fait, il faut lire le dialogue dans sa globalité : cette phrase est ensuite complétée par les deux autres personnages qui font état du besoin d'un retour financier sur le temps investi.
Mais on apprend à la fin de l'article que ce dialogue est en réalité interne, et que les deux personnages (Tic et Tac) n'existent pas. Je cherchais à symboliser la "schizophrénie" de certains blogueurs (dont je fais partie!), tiraillés entre l'envie de faire de la qualité (qui ne marche bien souvent pas très fort) et tomber dans le populisme / le bas de gamme (des articles sur des chatons tout mignons, des titres putaclic, etc, etc...)
Désolé pour ce long pavé, mais le sujet me tient à cœur !
Boum, chacun de tes commentaires me laisse sans voix !
Salut, je viens juste corriger un petit truc :
Charles n'obtient pas son diplôme de médecin mais celui d'officier de santé, un grade intermédiaire à côté de celui de docteur pour la province rurale.
Merci d'avoir lu ce commentaire qui va changer vos vies.
Effectivement ! Il faut être précis...