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Dominique de Guzman face à l'hérésie cathare

Quand, en 1198, Innocent III accède aux fonctions de souverain pontife, il hérite d'une situation catastrophique ! Son prédécesseur, le pape Alexandre III, avait un âge avancé qui le privait depuis bien longtemps de l'énergie…

Sceau de l'ordre des Dominicains

Quand, en 1198, Innocent III accède aux fonctions de souverain pontife, il hérite d'une situation catastrophique ! Son prédécesseur, le pape Alexandre III, avait un âge avancé qui le privait depuis bien longtemps de l'énergie nécessaire pour prendre tous les problèmes en main. Le programme est donc chargé pour Innocent III : il doit lutter contre les Infidèles en Terre Sainte, soumettre les rois et les empereurs qui commencent légèrement à prendre leurs aises (Philippe Auguste est en tête) et, bien sûr, éradiquer l'hérésie cathare qui prend une ampleur inquiétante dans le Sud-Ouest de la France.

Contrairement à ce que l'on a parfois tendance à croire, la voie pacifique est privilégiée - du moins dans un premier temps. Innocent III a bien compris que le catharisme est la conséquence logique de la décadence de l'Église catholique. L'opulence du clergé, la simonie, les trafics de charges en tous genres sont autant de dérives qui servent de terreau à la poussée des contestations. En s'attaquant en tout premier lieu au dysfonctionnement de sa propre Église, Innocent III fait preuve d'une intelligence politique rare à cette époque (et même à la nôtre, d'ailleurs !).

Innocent III

Le Pape Innocent III

Dès 1205, un certain Dominique de Guzman (ce même Dominique qui sera bientôt canonisé et créera l'ordre des Dominicains) est envoyé pas le Saint-Siège pour convertir les Cathares. Accompagné de son fidèle compagnon, l'évêque espagnol Diego de la Vega Azevedo, il marche à travers le pays, Bible en main, pour tenter de convaincre les hérétiques d'épouser la religion catholique. Durant ce long voyage, les deux compères multiplient les joutes verbales enflammées contre des adversaires coriaces qui ont l'esprit de contradiction... Dur, dur pour nos deux commerciaux missionnaires qui ne convertissent pas grand monde !

En soi, l'échec de Dominique porte en lui les prémisses de la violence qui déferlera bientôt en pays cathare via la Croisade des Albigeois (1208-1229). La méthode douce ne marche pas ? Les conversions auront donc lieu par la force ! Mais Dominique de Guzman, lui, ne prendra jamais part à ces violences. Il préfère s'installer à Toulouse et créer une communauté basée sur des règles tout à fait révolutionnaires. En revenant aux sources de l'enseignement de Jésus, il s'impose - à lui-même et à ses hommes - une pauvreté extrême qui contraste avec la richesse ostentatoire de l'Église. Son ordre sera pauvre ou ne sera pas ! Surtout, les membres de l'Ordre s'entraînent à l'art délicat de la dialectique et peaufinent leur discours pour combattre les hérésies en tous genres. Dominique forme donc une véritable armée dont les soldats, exemplaires et pauvres, sont armés d'une seule arme de destruction massive : la parole ! Loin de se cantonner dans leurs monastères pour prier à longueur de journée (comme les Bénédictins ou les Cisterciens par exemple), le terrain de jeu des Dominicains, c'est la rue !

Dominique de Guzman, fondateur de l'ordre des Dominicains ou ordre des Prêcheurs

Dominique de Guzman, fondateur de l'ordre des Dominicains ou ordre des Prêcheurs

Les Dominicains deviennent le premier ordre à la fois prêcheur et mendiant (au sens de pauvreté évangélique, les imaginer en train de faire la mendicité serait une grave erreur !). Ils adoptent la règle de Saint Augustin dont les maîtres mots sont prière, vie en communauté, chasteté, pauvreté (règle de Saint-Augustin à lire en intégralité ici). À l'origine, les frères Dominicains sont au nombre de six ce qui, admettez-le, représente une bien petite armée... Mais les rangs s'étoffent rapidement et, en quelques années seulement, près d'une centaine de couvents dominicains voient le jour répartis un peu partout en Europe : une bouffée d'oxygène salvatrice pour une Église catholique en proie à ses démons intérieurs !

Que les choses soient bien claires : Saint Dominique n'a JAMAIS pris part aux violences scandaleuses subies par les Cathares. Il meurt en 1221 en laissant derrière lui un ordre sain et en bonne santé. C'est seulement dix ans après sa mort, suite à l'échec de la Croisade des Albigeois, que le pape Grégoire IX se sert de l'ordre des Dominicains pour rentrer dans une nouvelle phase de la lutte contre l'hérésie... Les Frères dominicains deviennent le principal bras armé du pape (avec les Franciscains fondé par Saint François d'Assise en 1206). En 1233, il crée officiellement l'Inquisition.

Gazouillez les pinsons à soulever le jour !

Car une nouvelle ère de terreur s'abat sur l'Europe.

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Vos commentaires.

7 commentaires
Julien

Désolé de devoir contredire, mais l'Inquisition n'a pas été aussi sanglante qu'on le prétend en Europe.

Bernardo Gui, un des inquisiteurs les plus célèbres (1261 - 1331) que l'on retrouve dans nombres de romans, a prononcé 633 sentences en 15 ans, qui se décomposent comme suit:
- 307 condamnations à de la prison,
- 153 peines mineures
- 89 peines contre des morts
- 41 personnes condamnées à mort (bûcher)

41 morts en 15 ans par le plus Inquisiteur de l'Histoire... On est loin d'un ère de terreur... Tout le reste, c'est de la propagande anti-chrétienne et du fantasme de réalisateurs hollywoodiens...

Valois de Saint-Rémy

Monsieur,

Vous écrivez que Saint-Dominique "n'a jamais pris part aux violences scandaleuses contre les Cathares" , or ce qualificatif "scandaleux" est une infamie. Les Cathares appelaient les femmes à avorter, ils prêchaient la fin de la vie des hommes, le suicide, les mœurs désordonnées, la fornication, la rapine, prétendant pouvoir sauver les âmes par leur seule secte grâce à un baptême de dernière minute. Il s'agissait de meurtriers et de perfides.

Les hommes ont le libre-arbitre, certes, néanmoins cela n'entend pas qu'ils ont tous les droits. Le seul choix libre qui nous échoit n'est rien autrement que de décider de suivre le bien ou, dans tous les autres cas, de s'en détourner. Il n'existe pas d'entre-deux aux yeux de Dieu, pas de relativisme ou de XXIème siècle. Accepter le Bien amène à rejeter le mal.

Les Cathares donc, étaient en train de détruire la France, des villes et villages entiers, condamnant les âmes à l'enfer éternel... Feu le Saint-Père n'a pas pu rétablir l'ordre par la prière et la bienveillance, car l'orgueil des Cathares étaient trop grand, aussi a-t-il béni la Sainte-Croisade de Saint-Louis.

Par conséquent, je vous prierais de prendre garde à vos mots. Votre œuvre est intéressante, toutefois trop humoristique - quand il n'y a pas lieu que ce le soit. Il y a des erreurs dues à un mauvais parti pris et une interprétation moderne de l'histoire...

Bien à vous,

Louis, Henri Valois de Saint-Rémy.