
Après avoir vu :
- qu'Adam et Ève n'avaient jamais croqué dans une pomme...
- que Satan n'a pas toujours été si méchant que ça...
- ou encore que le 25 décembre ne fêtait pas la naissance de Jésus...
...ça serait bête de s'arrêter en si bon chemin. Continuons donc notre tour d'horizon des grands clichés sur les récits bibliques !
Vous connaissez tous l'histoire de ces trois Rois mages venus faire un tour du côté de Bethléem. Guidés par une étoile plus brillante que les autres, ils viennent d'Orient avec des cadeaux dans leur besace pour célébrer la venue au monde du petit Jésus. En fouillant un peu dans votre mémoire, vous serez même sans aucun doute capable de les nommer, ces trois Rois mages : il s'agit bien sûr de Gaspard, Melchior et Balthazar.
Bien.
Pourtant, il n'est précisé nulle part dans la Bible le nombre de ces "Rois" mages, et encore moins leur nom ! La seule référence à ces "Rois" est présente dans l'Évangile selon Saint-Matthieu :
Jésus étant né à Bethléhem en Judée, au temps du roi Hérode, voici des mages d'Orient arrivèrent à Jérusalem,
et dirent : où est le roi des Juifs qui vient de naître ? car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l'adorer.
(Matthieu 2:2-3)
Tout le reste est ensuite lié à la seule interprétation des différents auteurs : ces fameux mages sont représentés au nombre de deux sur les ornements muraux des catacombes de Saint-Pierre, trois dans les catacombes de Priscille ou quatre dans les catacombes de Domitille. La tradition syrienne considère même qu'ils étaient au nombre de douze !
Pourtant, au fil des siècles, la coutume tend à les considérer au nombre de trois... Pourquoi ?

Tout simplement parce que l'Évangile de Matthieu mentionne également l'existence de trois cadeaux donnés à Jésus : l'or (symbole de la royauté - les Rois mages voyaient en effet en Jésus-Christ le futur roi des Juifs. En cela, il se sont bien plantés !), l'encens (symbole de la divinité) et la myrrhe (très employée dans les rites d'embaumement, elle symbolise l'humanité de Jésus - même si cette interprétation ne fait pas l'unanimité).
Ils entrèrent dans la maison, virent le petit enfant avec Marie, sa mère, se prosternèrent et l'adorèrent ; ils ouvrirent ensuite leurs trésors, et lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe.
(Matthieu 2:11)
Mais alors, si la présence de Melchior, Gaspard et Balthazar n'a jamais été attestée dans la Bible, qui les a inventés ? En voilà une bonne question ! En réalité, ils apparaissent pour la première fois plus de 500 ans APRÈS la naissance de Jésus, dans un manuscrit initialement rédigé en langue grecque, puis traduit vers le VIIIe siècle en langue latine : c'est le Excerpta latina barbari ("Extraits latins d'un barbare"), relatant une "brève histoire du monde depuis la Création biblique".

Les plus courageux pourront feuilleter (et pourquoi pas déchiffrer !) les 143 pages de ce manuscrit numérisés et mis en ligne par Gallica, à lire ici : Excerpta latina barbari.
En ce qui me concerne, après des heures de lecture et de déchiffrage (ouais, bon, en fait, à peine un quart d'heure, mais chut), j'ai retrouvé LA phrase qui nous intéresse :

in his diebus sub Augusto kalendas ianuarias magi obtulerunt ei munera et adoraverunt eum, magi autem vocabantur Bithisarea, Melichior, Gathaspa
(Excerpta latina barbari, manuscrit du VIIIe siècle)
(super émouvant que de partir en quête d'une information dans un manuscrit vieux de plusieurs siècles, non ?)
Les noms traditionnels donnés aux Rois Mages sortent donc d'un obscur manuscrit datant du temps des Mérovingiens... Cette première information peut, en elle-même, sembler surprenante... Mais il y a mieux ! Les "Rois"-Mages n'étaient en réalité pas rois ! L'Évangile de Matthieu est clair à ce sujet : ce sont de simples "mages", c'est-à-dire spécialistes d'astronomie et de divination. En toute logique, la couronne que vous arborez fièrement après avoir trouvé la fève dans votre galette devrait donc plutôt ressembler au chapeau pointu qu'arborent les magiciens !

- J'y comprends plus rien, moi... Qu'ils ne soient pas trois, passe encore. Qu'on ne connaisse pas réellement leur nom, j'veux bien... Mais s'ils n'étaient pas rois, pourquoi s'obstine-t-on à les appeler les ROIS-mages ???
(signé : un lecteur un peu paumé)
Cher lecteur un peu paumé, je te comprends. Tout cela n'est pas très clair... Une fois n'est pas coutume, allons en chercher la raison dans des textes postérieurs au Nouveau Testament...
C'est un certain Tertullien (150 - 220), un écrivain et un des pères fondateurs de la chrétienté, qui a le premier l'idée de transformer les mages du Nouveau Testament en Rois. Sans doute parce que ça en jette un peu plus que si c'était de simples pécores venus du fin fond du désert... Et cette idée plaît tellement que la tradition la prend pour argent comptant... Voilà un des mages transformé en roi des Perses, l'autre en roi des Arabes et le troisième en roi des Indes.
(comme ça, tout le monde st content)
(et vous noterez bien que Tertullien ne nomme pas ces trois rois... leurs noms viendront bien plus tard, comme on l'a vu précédemment)
Pour l'anecdote, Tertullien n'en est pas à son coup d'essai... c'est lui aussi qui invente le terme de "Trinité" ! (pour symboliser un Dieu unique incarné en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit)

Conclusion
Une fois de plus, quand on essaye de gratter un peu le vernis qui les recouvre depuis des siècles, les origines des traditions volent en éclat : elles n'ont aucune justification biblique ou historique, et sont simplement issues de la culture populaire qui les a façonnées siècle après siècle.
Mais que cela ne vous empêche pas de vous empiffrer de frangipane le 6 janvier prochain ! À défaut d'y trouver la fève, au moins aurez-vous une anecdote fort intéressante à raconter à votre entourage... et c'est déjà pas si mal !




:D
Bonjour, je commence à être un grand admirateur de vos articles!
En tant que representant d'un peuple chrétien apostolique (pour ceux qui ne connaissent pas - les Arméniens), je voulais laisser ces quelques commentaires sur ce thème:
- Comme on sait, dans les premiers siècles de l'Eglise on célébrait le 6 janvier Noël (incarnation de Jésus), mais aussi l’Epiphanie (révélation de la divinité du Christ).
- On sait aussi, que c'est après le pape Libère qui a souhaité christianiser la date du 25 décembre pour célébrer le Noël et du coup l'Epiphanie est resté le 6 janvier.
- Les Arméniens apostiliques ont gardé les dates de base et n'ont pas séparé les fêtes. Donc le 6 janvier on fête chez nous et le Noël et l'Epiphanie.
- Chez nous "Les Rois Mages" on les appelle seulement des "Mages" (Quand je suis arrivé en France je ne comprenais pas pourquoi on les appelle des Rois...)
Merci en tout cas pour les articles très enrichissants et intéressants.
Allezzzzzz! Encore une fois, j'adooooore vos articles. Merci de prendre le temps d'expliquer à ceux qui n'ont pas le reflexe de chercher par eux même, d'où viennent les traditions.
Tellement de gens font les choses bêtement, car on le leur a appris, et ne cherchent pas à connaître l'origine de leurs pratiques.
Vous parliez du titre de l'article sur le 25 Décembre, et moi, en tant que chrétienne, je le trouve parfait, ce titre.
Je pense qu'il est temps qu'une personne religieusement neutre mette les points sur les i et démontre que 90% des rites catholiques, dont Noel, sont inspirés de traditions d'hommes (bon allez, osons le dire, païennes) et qu'il est important que les gens le sachent!
Cet article sur les rois mages est très intéressant, et démontre, encore une fois, comme les récits bibliques n'ont servit que de base aux pratiques catholiques, et se sont, au fil du temps, transformés en fables pour être acceptés par les peuples. Ben oui, une belle histoire, c'est plus vendeur.
Ah, comme j'aimerai discuter avec vous.
Je partage tout à fait ce que tu dis là.
Le premier qui s'est élevé contre les religions (les religieux en fait, c'est pour ça qu'ils ont voulu le faire mourir, selon le plan de Dieu), c'est Jésus lui-même. Une religion, quelle qu'elle soit, c'est toujours des croyances d'hommes.
La Bible, c'est le seul enseignement fiable pour qui cherche vraiment à rencontrer Dieu.
J'ai une autre piste pour l'identité des "rois mages" : ça m'a toujours étonnée que des mages (pratiquant la magie ou la divination, un art païen enseigné aux hommes par les anges déchus (voir livre d’Hénoch) et réprouvé par Dieu), viennent adorer le roi des juifs, Jésus le Messie, l'envoyé promis de Dieu, l'Emmanuel... Qui sera reconnu par son peuple élu lors de sa seconde venue (les chrétiens l'on déjà reconnu, c'est son peuple spirituel, son Église, son Épouse).
En fait, tous les juifs à cette époque connaissaient les textes par cœur et tous savaient que le Messie devait venir : ils savaient tous les signes qui devaient l'annoncer. Les "rois mages"étaient juifs, sinon, que faisaient-ils là ?
Or, il faut rappeler que Dieu s'est choisi un peuple pour se faire connaître de lui, puis, par lui, à toute la Terre!
J'en viens à ce qu'on a appelé les "tribus perdues d'Israël" : sur 12 tribus, 10 se seraient évaporées... jusqu'à récemment : on commence à les retrouver (recherches ADN à l'appui) en Afrique de l'ouest, en Inde... Ces gens savent qu'ils sont juifs depuis toujours et ils ont gardé la tradition et les textes depuis des siècles et des siècles.
Aussi, je serais tentée de croire que ces "rois mages" étaient en fait des dignitaires, sinon les rois de ces tribus installées loin de la Judée, mais qui ont continuellement surveillé les signes annonciateurs de la venue du Messie!
Et effectivement, il pouvaient être aussi bien noirs que cuivrés ou dorés (Ben non, juif ne veut pas forcément dire blanc, dans la Bible même, on trouve mention de plusieurs couleurs de peau au sein du peuple juif !).
C'est en tout cas intéressant de voir les Dan, les Manassé... réapparaitre et comment Israël accueille ces "nouveaux" et toute leur histoire, car les prophéties parlent d'eux aussi, ce qui à été ignoré jusqu'aujourd'hui. N'oublions pas que Dieu veut rassembler tout son peuple ! C'est en cours apparemment !
Soyez bénis et que la paix vous accompagne.
Pardon, mais je ne crois pas que c'était ironique, cette mention d'INRI.
Il est écrit que c'est Pilate lui-même qui a ordonné d’apposer cet écriteau sur la croix.
Pilate avait le derrière entre deux chaises et se serait bien passé d'avoir à accorder cette crucifixion aux religieux juifs (c'est aussi pour cela qu'il leur dit qu'il "se lave les mains du sang de cet homme", afin de ne pas en porter la culpabilité, mais que cette faute retombe entièrement sur ceux qui ont exigé la vie de Jésus). S'il n’obtempérait pas, il y aurait eu des émeutes (les prêtres causaient beaucoup d'agitation autour du prétendu blasphème de Jésus et le peuple les suivait avec crainte) et Pilate aurait été désavoué par Rome (et en ce temps là, ça ne rigolait pas, il ne s'agissait pas d'une simple mutation).
Il lui fallait donc choisir en définitif entre sa propre vie et celle de Jésus... et pourtant il a hésité, il a tenté tout ce qu'il a pu : il l'a fait passer par le supplice du fouet romain (l'horreur!) pensant que ça apaiserait les fous furieux qui assaillaient son palais... mais non, ça n'était pas suffisant ! Il a tenté de "refiler la patate chaude" à Hérode, mais, ne se sentant pas directement menacé par Jésus, celui-ci à préféré ne pas commettre l'erreur d'Hérode Antipas qui a fait tuer Jean-Baptiste et le renvoie devant Pilate... Raté !! Mais il ne se décourage pas, il tente de mettre dans la balance le sort d'un meurtrier bien connu, se disant que les juifs ne demanderaient pas la grâce de celui qui a enfreint le sixième commandement, mais rien n'y fait, c'est Jésus qu'ils veulent crucifier et ils n'en démordent pas.
Et quand les juifs voient cet écriteau, ils lui disent "pourquoi as-tu écrit qu'il était le roi des juifs ? Tu aurais dû écrire qu'il disait qu'il l'était !" ( Là, ça aurait été ironique). Ce à quoi il répond : "Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit !"
Pourquoi Pilate a t-il été si réticent à faire crucifier Jésus ?
Il le dit lui-même aux juifs qui l'accusent : il ne trouve pas de motif pour le condamner. Il est frappé par les réponses que Jésus lui fait lors des interrogatoires qu'il conduit lui-même, en tête à tête ! Il est convaincu que Jésus dit vrai, même s'il ne comprend pas tout ! (Il n'a pas reçu les enseignements juifs, lui. Il a des excuses!)
Bref! Tout ça pour mettre en évidence que la mention "Iesvs Nazarenvs, Rex Ivdæorvm" n'était pas ironique de la part de son auteur, c'est une reconnaissance au contraire, et en trois langues s'il vous plait, pour que tout le monde puisse le lire. Par contre, les soldats romains, le tétrarque et les juifs ont tous ironisé sur le sujet et ont insulté Jésus à ce propos.