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Les paroles de la Marseillaise à la loupe

Aux armes, citoyens ! Le lecteur averti qui se penchera sur les paroles de La Marseillaise , cet hymne national faisant la fierté de la nation française, y trouvera quelques anomalies croustillantes... Qui plus est, point besoin…

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Aux armes, citoyens !

Le lecteur averti qui se penchera sur les paroles de La Marseillaise, cet hymne national faisant la fierté de la nation française, y trouvera quelques anomalies croustillantes... Qui plus est, point besoin d'aller fouiller dans les obscurs couplets qui composent ce long chant patriotique et que personne ne connaît... les premiers vers suffiront !

Une formulation étrange...

Allons enfants de la Patrie,
Le jour de gloire est arrivé !
Contre nous de la tyrannie,
L'étendard sanglant est levé, (...)

Rien ne vous choque dans les deux derniers vers ? Rouget de Lisle, l'auteur des paroles, veut bien sûr dire: "L'étendard sanglant de la tyrannie est levé contre nous" (sinon, la phrase n'aurait aucun sens...). Mais, allez savoir pourquoi, il préfère s'exprimer à la façon d'un maître Yoda avant l'heure en mélangeant complètement les éléments de la phrase. Parler dans un français approximatif dans l'hymne national, c'est tout de même dommage, admettez-le !

Pire, faites l'expérience chez vous : demandez à l'un de vos proches comment il interprète le sens de ce couplet à la grammaire douteuse... vous aurez à coup sûr une réponse qui détourne complètement la pensée de l'auteur ! La formulation peut en effet laisser penser, si on n'y prête garde, que ce sont les révolutionnaires qui lèvent "l'étendard sanglant", en signe de menace aux tyrans. C'est pourtant l'inverse : les révolutionnaires ne cherchent qu'à se défendre de ce fameux "étendard" levé par la "tyrannie".

Mais dans la Marseillaise, d'autres anomalies il y a !

Quand les soldats "mugissent"...

Passons aux deux vers suivants, si vous le voulez bien...

Entendez-vous dans les campagnes
Mugir ces féroces soldats ?

Mugir ? Sérieusement ? T'avais pas bu un p'tit coup de pinard en trop, mon cher Rouget de Lisle ? Que les choses soient bien claires... Dans un chant guerrier comme la Marseillaise, on s'attend à ce que des soldats rugissent comme des lions, pas qu'ils mugissent comme des bovins !

Revenons à la définition du dictionnaire, celle du CNTRL (Centre National de Ressources et Lexicales).

Mugir
A.− [Le suj. désigne un animal de l'espèce bovine] Pousser le cri prolongé, vibrant, grave et sonore qui lui est propre. Synon. beugler, meugler.
"L'onagre a-t-il crié, le bœuf a-t-il mugi quand ils ont eu de l'herbe ?" (Hugo, Fin Satan, 1885, p. 906)

B.−Par analogie
Émettre un cri ou un bruit comparable à un mugissement.
Faire entendre un bruit ou un son puissant et prolongé.
Au figuré :
[Le sujet désigne un élément de la vie intellectuelle ou morale] S'exprimer, se manifester avec violence.
[Le sujet désigne une personne] Pousser des cris violents; parler ou chanter avec une force excessive. Mugir de joie.

Selon la définition d'aujourd'hui, le verbe mugir peut donc être employé, par analogie au cri du bœuf, pour désigner une personne qui pousse des cris violents. Tout va bien. SAUF QUE... ce n'était pas le cas à l'époque où les textes ont été écrits par Rouget de Lisle !

Les dictionnaires de l'époque ne mentionnent que le sens premier du verbe, à savoir le cri de l'animal :

Jean Nicot : Le Thresor de la langue francoyse (1606)
MUGIR neutr. acut. Comme crient les bœufs et taureaux, Mugire, dont il vient,

Jean Nicot : Le Thresor de la langue francoyse (1606)

Dictionnaire de l'Académie française, première édition (1694)
MUGIR. v. n. Meugler. Il se dit proprement de la voix & du cry que font les taureaux, les bœufs, les vaches. "On entendoit mugir les taureaux." - "Cette vache mugit aprés son veau."
Au figuré : Il se dit du bruit que font la mer, & les flots quand ils sont agitez. "On entendoit mugir les flots."

Jean-François Féraud : Dictionaire critique de la langue française (1787-88)
MUGIR, v. n. MUGISSEMENT, s. m. MUGISSANT, ANTE, adj.
Ils expriment le cri des taureaux, des bœufs et des vaches. "On entendait mugir les taureaux."
"Des bœufs mugissans, les vaches mugissantes; le mugissement des taureaux."
Ils se disent, figurément, des vents et des flots. "Les vents déchaînés mugissoient avec fureur dans les voiles." Les aventures de Télémaque, Fénelon, 1699
"La chicane en fureur mugit dans la Grand'Salle." Satire VIII, Boileau, 1667
"Le mugissement de la mer, des vagues, des flots." La mer mugissante, les flots mugissans.

Comme l'atteste le texte de Fénelon de 1699, le verbe mugir pouvait parfois être utilisé au sens figuré, mais pour parler poétiquement de bruits non humains : bruit du vent, bruit de la mer, etc.

Certes, l'emploi de ce verbe pour qualifier le cri des soldats peut être une simple licence poétique de la part de l'auteur, mais il est plutôt surprenant ! Rien de bien grave néanmoins, le mot apporte même une petite touche campagnarde bienvenue...

"Le sang impur" : nous y voilà !

Viens maintenant le moment que vous attendiez tous (si, si) : LA phrase qui fait débat et pour laquelle deux camps s'affrontent férocement (certains allant même jusqu'à réclamer le changement pur et simple de l'hymne national) :

Qu’un sang impur
Abreuve nos sillons !

Un sang impur ? Ô mon Dieu, quelle horreur ! Notre hymne national serait donc bêtement raciste ? La France, cette terre d'accueil historique, serait en réalité le vivier d'une xénophobie écœurante ?

(c'est décidé, je pars m'installer en Belgique !)

Voilà, en substance, l'analyse dont certains commentateurs se livrent de façon, osons le mot, assez simpliste... car, nous le verrons, ce raisonnement est anachronique ! Néanmoins, pour contrer cette vision "raciste" du chant, les partisans de la Marseillaise osent également des arguments peu convaincants... selon eux, le "sang impur", sous la plume de Rouget de Lisle, ne représente absolument pas l'étranger mais au contraire celui du peuple de France. Le sang impur serait celui du monde paysan, par opposition à celui de la noblesse au sang pur, au sang bleu.

Et toc. Bien envoyé.

C'est bien tenté, mais c'est également totalement faux ! L'histoire qui se cache derrière la rédaction de la Marseillaise en témoigne : à l'origine, la Marseillaise a été écrite comme chant de guerre pour les armées partant en guerre contre l'Autriche (et s'appelait d'ailleurs Chant de guerre pour l'armée du Rhin). Et franchement, comment le peuple pourrait-il chanter à tue-tête le souhait de voir son propre sang abreuver la terre ? Sauf à faire des Français de l'époque des djihadistes en puissance heureux de mourir pour leur patrie, cette théorie s'écroule d'elle-même, ne résistant pas à l'analyse du texte et du contexte historique.

Bon, ce sang impur, il faut le prendre comment ?

Qu'on se le dise, le sang impur cité dans le texte représente bien le sang de l'étranger (en l'occurrence de l'Autrichien). Mais, évidemment, la notion de "race" est absente de la pensée de l'auteur.

Dans les 6 couplets écrits par Rouget de Lisle (et un septième écrit plus tard par un auteur inconnu), il n'y a d'ailleurs aucune référence raciste. Mieux, il y a même, au cinquième couplet, un appel à la clémence envers l'ennemi :

Épargnez ces tristes victimes,
À regret s'armant contre nous.

La Marseillaise, 5è couplet

Ce "sang impur" est une figure de style pour désigner non le peuple autrichien dans son ensemble, mais bien celui de ses dirigeants. Le quatrième couplet clarifie la pensée de l'auteur en ce sens :

Tremblez, tyrans, et vous, perfides,
L'opprobre de tous les partis,
Tremblez ! vos projets parricides
Vont enfin recevoir leurs prix ! (bis)
Tout est soldat pour vous combattre,
S'ils tombent, nos jeunes héros,
La terre en produit de nouveaux,
Contre vous tout prêts à se battre !

La Marseillaise, 4è couplet

Dès lors, la réappropriation du chant par les Révolutionnaires était aisée : qu'ils soient Autrichiens ou Français, c'est bien la haine des "tyrans" qui est ici mise en avant.

N'oublions pas que le caractère racial du sang n'existe pas en tant que tel au XVIIIe siècle. C'est à parti des "travaux" du Français Arthur de Gobineau et son Essai sur l'inégalité des races humaines (1853-1855) que de telles théories vont se développer en Europe, reprises ensuite par le nazisme.

Rouget de Lisle chantant la Marseillaise pour la première fois à Strasbourg

Rouget de Lisle chantant la Marseillaise (ou plutôt le Chant de guerre pour l'armée du Rhin...) pour la première fois à Strasbourg chez son ami Dietrich en 1792.

La France doit-elle garder la Marseillaise comme hymne national ?

Aucune idée. Il est vrai que cet hymne surprend à bien des égards... Mais l'hymne allemand ("L'Allemagne au-dessus de tout"), l'hymne anglais ("Que Dieu sauve le roi") ou encore l'hymne italien ("Nous sommes prêts à mourir, l'Italie nous appelle.") incarnent-ils mieux les valeurs du XXIe siècle ? Ça se discute...

(Bon OK ! La réponse "nos voisins font pas mieux que nous donc tout va bien" n'est pas super niveau argumentation !)

À mon avis, changer les paroles de l'hymne national serait contre-productif et source de division plutôt que d'unité. Il renverrait aussi immanquablement à un moment de notre histoire que nous souhaitons tous oublier, lorsque Vichy en supprima le premier couplet pour être en cohérence avec sa politique de collaboration avec l'Allemagne.

Ce que nous pouvons tous faire, par contre, c'est l'écouter ou le chanter avec le recul historique nécessaire pour en comprendre la portée et non l'instrumentaliser à des fins politiques. En connaissant le contexte dans lequel il a été écrit, par exemple.

La veuve des six lions ?

Pour détendre l'atmosphère, notons au sujet de ce couplet une anecdote qui ne manque pas de saveur. Lors de la révolution de 1848, le peuple français, peu instruit, braille à tue-tête le chant révolutionnaire. Mais la plupart, ne sachant ni lire ni écrire, apprennent les paroles "à l'oreille"... "Qu'un sang impur abreuve nos sillons" devient ainsi "Qu'un sang impur, la veuve des six lions !"

Non, ça ne veut rien dire ; oui, c'est ridicule... Mais pas plus ridicule que lorsqu'on bredouille les paroles de notre chanson américaine préférée sans en comprendre un traître mot ! Nous, en plus, n'avons pas l'excuse d'être illettrés !

La renommée du soldat Séféro

Dans le même esprit, je ne résiste pas à l'envie de partager avec vous une anecdote qui nous vient de Guy Breton. Alors qu'un instituteur demande à ses élèves leur personnage historique préféré, les noms d'illustres héros fusent de toute part - Jules César, Alexandre, Hannibal, Napoléon, Jeanne d'Arc et j'en passe. Un enfant au fond de la classe veut participer lui aussi et lance un timide : "le soldat Séféro, M'sieur"! L'instituteur, n'ayant jamais entendu parler de ce ce soldat au nom étrange, demande à l'élève d'approfondir.

"Ben oui, le soldat Séféro, quoi..." Et le voilà qui fredonne la Marseillaise :

"Entendez-vous, dans nos campagnes, mugir Séféro, ce soldat"...

Je ne sais pas si l'anecdote est véridique, mais elle est révélatrice du fait que la Marseillaise est, encore aujourd'hui, un chant dont le sens réel est encore largement méconnu par le plus grand nombre !

Polémique sur le nombre de couplets

S'il est possible de trouver facilement sur le net le texte de 15 couplets de la Marseillaise, le site officiel de l'Elysée, lui, mentionne qu'il n'existe que 6 couplets officiels écrits par Rouget de Lisle, et un septième (dit "couplet des enfants") qui fut rajouté par un auteur anonyme en 1792. Les couplets 8 à 15 ont également été rédigés à l'époque, sans qu'on en connaisse le ou les auteurs avec précision.

Seuls les 7 couplets premiers sont donc officiels et forment aujourd'hui l'hymne français. Il est vrai qu'on voit mal comment le couplet 8 pourrait faire partie d'un hymne républicain et laïque, lui qui est une ode à Dieu !

Dieu de clémence et de justice
Vois nos tyrans, juge nos cœurs
Que ta bonté nous soit propice
Défends-nous de ces oppresseurs (bis)
Tu règnes au ciel et sur terre
Et devant Toi, tout doit fléchir
De ton bras, viens nous soutenir
Toi, grand Dieu, maître du tonnerre.

La Marseillaise, couplet 8 (ne faisant plus partie de l'hymne officiel français)

Clap de fin pour la Marseillaise ? C'est leurs auteurs qui le réclament !

Les quatre derniers vers du chant (couplet 15) sont magnifiques et injustement méconnus :

Soyons unis ! Tout est possible ;
Nos vils ennemis tomberont,
Alors les Français cesseront
De chanter ce refrain terrible.

Couplet 15 et derniers vers de la Marseillaise

Voilà peut-être le meilleur des arguments pour ceux qui veulent changer d'hymne national : les auteurs révolutionnaires avouent eux-mêmes que le refrain est "terrible" et n'est pas destiné à être chanté quand la situation de la France se sera apaisée, que les hommes seront "unis".

Chiche ?

Texte mis à jour le 17/08/2019

LA CONVERSATION CONTINUE

Vos commentaires.

208 commentaires
Pianto

« C'est au Dieu des armées que nous adressons nos vœux : notre désir est d'abreuver nos frontières du sang impur de l'hydre aristocrate qui les infecte : la terreur est chez eux et la mort part de nos mains. Citoyens ! nous serons vainqueurs. »
— Lettre écrite par 45 volontaires du 3e bataillon de la Meurthe à la municipalité de Lunéville, le 10 août 1792.
« J’ai démontré la nécessité d’abattre quelques centaines de têtes criminelles pour conserver trois cent mille têtes innocentes, de verser quelques gouttes de sang impur pour éviter d’en verser de très-pur, c’est-à-dire d’écraser les principaux contre-révolutionnaires pour sauver la patrie. »
— Jean-Paul Marat, Journal de la République française, le 7 novembre 1792.
« Cette partie de la République française présente un sol aride, sans eaux et sans bois; les Allemands s'en souviendront, leur sang impur fécondera peut-être cette terre ingrate qui en est abreuvée. »
— Discours de Dumouriez devant la Convention nationale, le 10 octobre 1792.
« Nous sommes ici à exterminer le restant des chouans, enfouis dans des bois ; le sang impur des prêtres et des aristocrates abreuve donc nos sillons dans les campagnes et ruisselle à grands flots sur les échafauds dans nos cités. Jugez quel spectacle est-ce pour un républicain animé, comme je le suis, du plus pur amour du feu le plus sacré de là liberté et de la patrie qui brûle dans mes veines. »
— Lettre de Cousin à Robespierre, à Cossé le 27 nivôse an II (16 janvier 1794).
« Eh bien, foutre, il n'en coûtera pas plus pour anéantir les traîtres qui conspirent contre la République. La dernière heure de leur mort va sonner; quand leur sang impur sera versé, les aboyeurs de l'aristocratie rentreront dans leurs caves comme au 10 août. »
— Jacques-René Hébert, Le Père Duchesne
« Quel espoir peut rester à l’empereur et au roi d’Espagne depuis que la justice nationale a scellé la liberté française par le sang impur de ses tyrans? »
— Discours de Jacques Nicolas Billaud-Varenne devant la Convention nationale, le 20 avril 1794.
« Par toute la France le sang a coulé mais presque partout cela a été le sang impur des ennemis de la Liberté, de la Nation et qui depuis longtemps, s'engraissent à leurs dépens. »
— Napoléon Bonaparte, lettre écrite à son frère Joseph, le 9 août 1789.

L'interprétation que vous donnez vient d'un homme politique d'extrême droite, il a inondé le net de sa version et s'il exact que le sang pur a pu désigner les nobles et le sang impur, les non-nobles, l'explication ne tient pas la route une seule seconde, d'une part au niveau du sens de l'expression qui est au même moment employée pour désigner le sang de l'ennemi (voir citations) d'autres part, parce que même en étant hyper convaincu, le sacrifice tout ça, tout ça, les soldats souhaitaient davantage faire couler le sang de l'ennemi que le leur (c'est fou, hein ?).

Toujours se méfier quand on reçoit une explication à contre courant, voir d'où elle vient, chercher dans quel but elle a été donnée...

Pianto

En réponse à un commentaire précédent

« C'est au Dieu des armées que nous adressons nos vœux : notre désir est d'abreuver nos frontières du sang impur de l'hydre aristocrate qui les infecte : la terreur est chez eux et la mort part de nos mains. Citoyens ! nous serons vainqueurs. »
— Lettre écrite par 45 volontaires du 3e bataillon de la Meurthe à la municipalité de Lunéville, le 10 août 1792.
« J’ai démontré la nécessité d’abattre quelques centaines de têtes criminelles pour conserver trois cent mille têtes innocentes, de verser quelques gouttes de sang impur pour éviter d’en verser de très-pur, c’est-à-dire d’écraser les principaux contre-révolutionnaires pour sauver la patrie. »
— Jean-Paul Marat, Journal de la République française, le 7 novembre 1792.
« Cette partie de la République française présente un sol aride, sans eaux et sans bois; les Allemands s'en souviendront, leur sang impur fécondera peut-être cette terre ingrate qui en est abreuvée. »
— Discours de Dumouriez devant la Convention nationale, le 10 octobre 1792.
« Nous sommes ici à exterminer le restant des chouans, enfouis dans des bois ; le sang impur des prêtres et des aristocrates abreuve donc nos sillons dans les campagnes et ruisselle à grands flots sur les échafauds dans nos cités. Jugez quel spectacle est-ce pour un républicain animé, comme je le suis, du plus pur amour du feu le plus sacré de là liberté et de la patrie qui brûle dans mes veines. »
— Lettre de Cousin à Robespierre, à Cossé le 27 nivôse an II (16 janvier 1794).
« Eh bien, foutre, il n'en coûtera pas plus pour anéantir les traîtres qui conspirent contre la République. La dernière heure de leur mort va sonner; quand leur sang impur sera versé, les aboyeurs de l'aristocratie rentreront dans leurs caves comme au 10 août. »
— Jacques-René Hébert, Le Père Duchesne
« Quel espoir peut rester à l’empereur et au roi d’Espagne depuis que la justice nationale a scellé la liberté française par le sang impur de ses tyrans? »
— Discours de Jacques Nicolas Billaud-Varenne devant la Convention nationale, le 20 avril 1794.
« Par toute la France le sang a coulé mais presque partout cela a été le sang impur des ennemis de la Liberté, de la Nation et qui depuis longtemps, s'engraissent à leurs dépens. »
— Napoléon Bonaparte, lettre écrite à son frère Joseph, le 9 août 1789.

RobindesForums

On ne peut contredire ces écrits, mais à y réfléchir…

Premièrement, ils ont été écrits après la composition des couplets par Rouget de Lisle. A part peut-être ceux de Napoléon, qui, faut-il le dire, à cette époque, a fait couler beaucoup de sang dans les terres françaises à cause des mauvaises récoltes et des demandes du peuple.

Donc, déjà, les écrits de Napoléon vont plus dans le sens du sang des paysans que de celui des étrangers. Ah, zut alors !
Ensuite, les autres écrits, écrits après, ne vont nullement dans le ton employé par Rouget de Lisle, qui lui appelle à plutôt à défendre « Français, en guerriers magnanimes, portez ou retenez vos coups ! Epargnez ces tristes victimes… » et « Tremblez ! vos projets parricides Vont enfin recevoir leurs prix ! (bis) Tout est soldat pour vous combattre, S'ils tombent, nos jeunes héros, La terre en produit de nouveaux, Contre vous tout prêts à se battre ! ».
Tremblez, vos projets parricides vont enfin recevoir leurs prix : Ceux qui viennent faire couler le sang en feront couler, car nos jeunes héros viendront les combattre, et s’ils tombent, la terre (abreuvée de leur sang) en produira de nouveau. Re zut !

On voit donc là un fort exemple que l’interprétation faite il y a plus de 200 ans par certains se retrouve de nos jours et depuis. Rien, strictement rien ne va dans le sens du ton employé par Rouget de Lisle. Des détracteurs cherchent des preuves dans des références historiques inexistantes avant, que de toute façon un poète ne consulte pas ou peu, alors que les défenseurs ne se tiennent qu’à deux choses ; le poète et le texte en entier.

Quant à l’homme politique d’extrême-droite, c’est une défense de notre temps qui n’a strictement rien à voir. Mais si ça vous fait plaisir pour défendre votre point de vue, pourquoi pas. Ceci dit, restons-en au texte lui-même, et là, c’est vous qui ne tenez pas la route une seconde.

Il faut tout lire pour comprendre et juger, et ne pas lire que ce qui nous intéresse. Sinon on tombe dans les programmes politiques.

Pianto

En réponse à RobindesForums

le ton de Rouget de Lisle, il n'est pas là pour le dire, c'est vous qui le décidez à partir de votre interprétation de son texte.

Si le fait que des contemporains du même milieu que l'auteur emploient cette expression dans le sens "sang de l'ennemi" ne vous convainc pas, je ne peux rien faire pour vous, il n'y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

J'essaie un dernier argument : Y compris quand on est extrêmement patriote et prêt à se sacrifier pour sa patrie, je suis quasiment certain que les soldats préfèrent faire couler le sang de leurs ennemis que le leur, même si le kamikazisme est en vogue, ce n'était pas le cas à l'époque...

Imaginer que les soldats partent à la guerre en chantant qu'ils souhaitent que leur propre sang abreuve les sillons c'est hyper capillotracté.

Mais bon, tout ceci ne contredit absolument pas que le sang pur a aussi désigné le sang des nobles et le sang impur celui des pas-nobles, mais pas là, c'est assez évident pour peu qu'on ne soit pas convaincu d'avance du contraire. De par l'utilisation de l'expression à l'époque (voir exemple) et de par le contexte du chant (on ne donne pas du courage en promettant de mourir).

Le fait que l'homme soit d'extrême droite est d'importance non pas parce que ça signifie que ce qu'il dit est forcément faux, parce que ce passage est souvent incriminé pour parler du racisme supposé de la chanson et que ce soit un homme politique, d'une part, et d'extrême droite d'autre part qui monte au créneau pour défendre ce sang impur est loin d'être anodin et loin d'être un hasard.

Par ailleurs, ce supposé racisme est également une imbécillité, c'est anachronique, RDL n'avait pas les connaissances en génétiques nécessaires pour parler d'une pureté d'une supposée race française, c'est clairement une métaphore, impur désigne les adversaires, comme on pourrait les qualifier d'affreux même s'ils ne sont pas repoussants et même si affreux désigne un homme laid d'après tout un tas de dictionnaires.

RobindesForums

Il suffit de lire. Pourquoi l'auteur demande d'être magnanime et d'épargner, alors que vos arguments parlent d'être sanguinaire avec l'ennemi ? L'interprétation ne va nullement dans le sens de l'auteur.

Je suis d'accord pour dire qu'on ne motive pas ses trouves en leur disant sacrifiez-vous. Mais le texte est avant tout une poésie, et on a bien souvent lu et entendu que Rouget de Lisle était plutôt gêné de l'écrire. Puis là aussi, il faut lire... tout rapporte au sang que fait ou veut faire couler l'ennemi... tout en disant à l'ennemi que les héros sont prêt à se sacrifier. Pourquoi, dans une seule et unique phrase, irait-il dire de faire couler le sang de l'ennemi ? Ca n'a aucun sens, ou alors expliquez-moi.
En +, comme dit dans un autre post, l'auteur fait aussi référence aux nobles traîtres qui viennent se battre contre le peuple... Sang pur, sang impur !!!!!

Voilà, on en revient au racisme de la chanson. les notions d'ennemis ou d'étrangers se mêlent. Ah zut, à lire le texte, on voit que l'auteur fait référence à des Français ayant fuit le pays qui reviennent pour se battre. Des étrangers français nobles de sang impur ! Wouahh, L'auteur était humoriste en plus !

On va monter un One Man Show...

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