Pas inspiré, aujourd’hui?

Manque d'inspiration!

Je dois avouer que je suis en panne d’inspiration aujourd’hui… Mais rassurez-vous, cela arrive même aux plus grands! Vous ne me croyez pas? Lisez plutôt ce magnifique poème de Joaquim du Bellay (issu de son recueil Les Regrets, 1558)!

Las, où est maintenant ce mépris de Fortune?

Où est ce cœur vainqueur de toute adversité,

Cet honnête désir de l’immortalité,

Et cette honnête flamme au peuple non commune?

Où sont ces doux plaisirs qu’au soir sous la nuit brune

Les Muses me donnaient, alors qu’en liberté

Dessus le vert tapis d’un rivage écarté

Je les menais danser aux rayons de la Lune?

Maintenant la Fortune est maîtresse de moi,

Et mon cœur, qui soulait être maître de soi,

Est serf de mille maux et regrets qui m’ennuient.

De la postérité je n’ai plus de souci,

Cette divine ardeur, je ne l’ai plus aussi,

Et les Muses de moi, comme étranges, s’enfuient.

Le pauvre Joachim du Bellay a été abandonné par les Muses… Paradoxalement, il nous livre là un de ses poèmes les plus inspirés… Quel escroc, ce Joaquim!

Un de ces quatre, il faudra d’ailleurs que je vous ponde un petit article sur les Muses. Mais pas aujourd’hui. Aucune inspiration, j’vous dis!

Pour approfondir…

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18 Réponses

  1. Franken dit :

    Très bon choix de poésie. Du Bellay est un de mes poètes préférés.
    Il a écrit de si beaux sonnets… (« Heureux qui comme Ulysse », « Las, où est maintenant », « France, mère des Arts » et j’en passe.)
    Merci de m’avoir redonné l’occasion de relire ces quelques vers (que je connais d’ailleurs par coeur)

  2. Barjoe dit :

    Dites, Mister Djinnz, j’ai le droit d’étaler ma culture? Oui? C’est gentil!

    Le sonnet est une forme de poésie qui répond à des normes strictes. Il est apparu en France en 1536, et du Bellay est d’ailleurs l’un de ses précurseurs).
    Personne ne sait qui a réellement inventé cette forme de poésie. C’est Clément Mart qui utilise ce terme pour la première fois en 1536, pour exprimer le fait que c’est un poésie chantante (« sonnante »)

    A quoi on reconnait un sonnet?
    Facile: il a toujours 14 vers (2 quatrains puis deux tercets) et le schéma de rimes doit respecter:
    ABBA ABBA CDC DCD
    (il existe des variantes concernant les rimes des deux tercets.)

    J’espère que c’est clair pour tout le monde 🙄
    C’est une forme assez classique: tous les vers sont des alexandrins (c’est à dire 12 pieds).
    En général, le tout dernier vers sert à la chute finale, qui est souvent assez brutale. L’exemple le plus frappant st Le Dormeur du Val, d’Arthur Rimbaud (« Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit »)

    (J’ai pas beaucoup de confiture alors je l’étale comme je peux lol)

  3. Paul Parato dit :

    Je profite de cet article un peu moins fourni que les autres pour sortir de l’ombre et poster mon premier commentaire.
    Cela fait plusieurs mois que je vous lis avec plaisir presque tous les jours.
    Continuez sur cette lancée et vous deviendrez bientôt un incontournable de la culture générale (et de la culture tout court d’ailleurs) dans la blogosphère française.
    Du moins, c’est tout le mal que je vous souhaite et vous le méritez vraiment!

    Cordialement,
    Paul

  4. Mastoc dit :

    Le plus beau sonnet de tous les temps pour moi:

    Paul VERLAINE
    Nevermore

    Souvenir, souvenir, que me veux-tu? L’automne
    Faisait voler la grive à travers l’air atone,
    Et le soleil dardait un rayon monotone
    Sur le bois jaunissant où la bise détone.

    Nous étions seul à seule et marchions en rêvant,
    Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent.
    Soudain, tournant vers moi son regard émouvant:
    « Quel fut ton plus beau jour? » fit sa voix d’or vivant,

    Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique.
    Un sourire discret, lui donna la réplique,
    Et je baisai sa main blanche, dévotement.

    – Ah! les premières fleurs, qu’elles sont parfumées!
    Et qu’il bruit avec un murmure charmant
    Le premier oui qui sort de lèvres bien-aimées!

  5. Rembrandt dit :

    Puisque tout le monde y va de son petit sonnet, je me permets de m’y mettre aussi. (souvenir du bac français, quant tu nous tiens)

    Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
    J’ai chaud extrême en endurant froidure :
    La vie m’est et trop molle et trop dure.
    J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

    Tout à un coup je ris et je larmoie,
    Et en plaisir maint grief tourment j’endure ;
    Mon bien s’en va, et à jamais il dure ;
    Tout en un coup je sèche et je verdoie.

    Ainsi Amour inconstamment me mène ;
    Et, quand je pense avoir plus de douleur,
    Sans y penser je me trouve hors de peine.

    Puis, quand je crois ma joie être certaine,
    Et être au haut de mon désiré heur,
    Il me remet en mon premier malheur.

    J’avais fait l’étude détaillée de cette poésie… J’ai malheureusement beaucoup oublié. 🙁

    • Benjamin dit :

      De Louise Labé 🙂 également l’un de mes préférés !

  6. Joachim dit :

    J’y vais de ma petite contribution. Un poème (ou poésie? je sais pas la différence :oops:) que j’ai découvert, je l’avoue à ma honte, après que Ridan (et non Zidane!) l’ait mis en chanson. – Attention, musique qui reste gravée dans la tête des jours et des jours! – Je vous aurais prévenus!

    J’aime beaucoup la musique et le clip est très mignon! (Bon, OK, j’imagine que du Bellay se retourne dans sa tombe mais on s’en fout!)

    Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
    Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
    Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
    Vivre entre ses parents le reste de son âge !

    Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
    Fumer la cheminée, et en quelle saison
    Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
    Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?

    Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,
    Que des palais Romains le front audacieux,
    Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine :

    Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
    Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
    Et plus que l’air marin la doulceur angevine.

    Joachim du Bellay, Les Regrets

    D’après les recherches que j’ai faites, c’est un sonnet autobiographique qui parle en fait du séjour du poète à Rome, ville qu’il n’a pas du tout aimé (bizarre, bizarre… la ville est pourtant magnifique et hautement culturelle… bref)

    • Langlois dit :

      La musique et la voix du chanteur, c’est pas mon truc…
      Mais l’animation est magnifique

  7. Djinnzz dit :

    Hello Joachim! (j’imagine que ce n’est pas ton vrai nom ;))
    J’ajouterai simplement à ton précédent commentaire que Ridan a écrit de toutes pièces les deux derniers couplets de sa chanson:

    J’ai traversé les mers à la force de mes bras,
    Seul contre les dieux,
    perdu dans les marées;
    Retranché dans la cale
    et mes vieux tympans percés
    Pour ne plus jamais entendre
    Les sirènes et leur voix.

    Nos vies sont une guerre
    où il ne tient qu’à nous
    De se soucier de nos sorts,
    de trouver le bon choix,
    De nous méfier de nos pas
    et de toute cette eau qui dort
    Qui pollue nos chemins soi-disant pavés d’or!

    Loin d’être un sacrilège, je considère plus cela comme un hommage. C’est une très bonne initiative que de faire revivre des textes multi-séculaires et de les remettre au goût du jour.

    [3615 MaVie] À l’époque où la chanson est sortie, je roulais énormément. La chanson passait en boucle à la radio et je me rappelle que je la chantais parfois à tue-tête dans ma voiture! Les gens devaient me prendre pour un dingue… 😆 [/3615 MaVie]

    Très bonne initiative ma foi que de poster ici vos poèmes préférés. À qui le tour? 🙂

  8. Djinnzz dit :

    @Paul Parato: Merci beaucoup, c’est tout le mal que je souhaite à ce site également! 😉

  9. OuiChef dit :

    France, mère des arts, des armes et des lois,
    Tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
    Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
    Je remplis de ton nom les antres et les bois.

    Si tu m’as pour enfant avoué quelquefois,
    Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?
    France, France, réponds à ma triste querelle.
    Mais nul, sinon Écho, ne répond à ma voix.

    Entre les loups cruels j’erre parmi la plaine,
    Je sens venir l’hiver, de qui la froide haleine
    D’une tremblante horreur fait hérisser ma peau.

    Las, tes autres agneaux n’ont faute de pâture,
    Ils ne craignent le loup, le vent ni la froidure :
    Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau.

    Du Bellay (Les Regrets)

  10. Lune dit :

    Tant pis, ce n’est pas un sonnet, mais, depuis que je l’aie appris au Cm1, je la connais encore par coeur et chaque fois que je l’entend, je peux pas m’empêcher de le réciter:

    L’Albatros

    Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
    Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
    Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
    Le navire glissant sur les gouffres amers.

    À peine les ont-ils déposés sur les planches,
    Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
    Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
    Comme des avirons traîner à côté d’eux.

    Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
    Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid!
    L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
    L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait!

    Le Poète est semblable au prince des nuées
    Qui hante la tempête et se rit de l’archer;
    Exilé sur le sol au milieu des huées,
    Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

    Charles Baudelaire.

    Bon, la ponctuation est très absente ici, parce que j’écris de mémoire, et donc je ne me souviens plus de la place de chaque virgule, mais je suis absolument sûre du texte en revanche, puisque nous venons avec ma classe d’étudier ce poème (pour mon plus grand plaisir).

    Note de Djinnzz: je me suis permis de rajouter la ponctuation manquante 😉

  11. Djinnzz dit :

    Très bon choix! C’est également un de mes poèmes préférés des Fleurs du Mal…

  12. Albatros dit :

    Juste pour l’information, Léo Ferré a mis en chanson ce poème de Baudelaire. Je trouve le résultat assez mièvre et moins beau que le texte brut (mais ça n’est que mon avis)

    Note de Djinnzz: Bien vu! Ci-dessous la version en question:

  13. branko dit :

    moi j’aime bien :
    Frères humains qui après nous vivez,
    N’ayez pas vos cœurs durcis à notre égard,
    Car si vous avez pitié de nous, pauvres,
    Dieu aura plus tôt miséricorde de vous.
    Vous nous voyez attachés ici, cinq, six:
    Quant à notre chair, que nous avons trop nourrie,
    Elle est depuis longtemps dévorée et pourrie,
    Et nous, les os, devenons cendre et poussière.
    De notre malheur, que personne ne se moque,
    Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

    Si nous vous appelons frères, vous n’en devez
    Avoir dédain, bien que nous ayons été tués
    Par justice. Toutefois vous savez
    Que tous les hommes n’ont pas l’esprit bien rassis.
    Excusez-nous, puisque nous sommes trépassés,
    Auprès du fils de la Vierge Marie,
    De façon que sa grâce ne soit pas tarie pour nous,
    Et qu’il nous préserve de la foudre infernale.
    Nous sommes morts, que personne ne nous tourmente,
    Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

    La pluie nous a lessivés et lavés
    Et le soleil nous a séchés et noircis;
    Pies, corbeaux nous ont creusé les yeux,
    Et arraché la barbe et les sourcils.
    Jamais un seul instant nous ne sommes assis;
    De ci de là, selon que le vent tourne,
    Il ne cesse de nous ballotter à son gré,
    Plus becquétés d’oiseaux que dés à coudre.
    Ne soyez donc de notre confrérie,
    Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

    Prince Jésus qui a puissance sur tous,
    Faîtes que l’enfer n’aie sur nous aucun pouvoir :
    N’ayons rien à faire ou à solder avec lui.
    Hommes, ici pas de plaisanterie,
    Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.

    • branko dit :

      ou si vous préférez 😉

      Frères humains qui apres nous vivez
      N’ayez les cuers contre nous endurciz,
      Car, se pitié de nous pauvres avez,
      Dieu en aura plus tost de vous merciz.
      Vous nous voyez cy attachez cinq, six
      Quant de la chair, que trop avons nourrie,
      Elle est pieça devoree et pourrie,
      Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
      De nostre mal personne ne s’en rie :
      Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre!

      Se frères vous clamons, pas n’en devez
      Avoir desdain, quoy que fusmes occiz
      Par justice. Toutesfois, vous savez
      Que tous hommes n’ont pas le sens rassiz;
      Excusez nous, puis que sommes transis,
      Envers le filz de la Vierge Marie,
      Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
      Nous préservant de l’infernale fouldre.
      Nous sommes mors, ame ne nous harie;
      Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

      La pluye nous a débuez et lavez,
      Et le soleil desséchez et noirciz:
      Pies, corbeaulx nous ont les yeulx cavez
      Et arraché la barbe et les sourciz.
      Jamais nul temps nous ne sommes assis;
      Puis ça, puis la, comme le vent varie,
      A son plaisir sans cessez nous charie,
      Plus becquetez d’oiseaulx que dez à couldre.
      Ne soyez donc de nostre confrarie;
      Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

      Prince Jhesus, qui sur tous a maistrie,
      Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie :
      A luy n’avons que faire ne que souldre.
      Hommes, icy n’a point de mocquerie;
      Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre.

      en vieux français

    • branko dit :

      après il est plus beau en vieux français

  14. branko dit :

    ou si vous préférez 😉

    Frères humains qui apres nous vivez
    N’ayez les cuers contre nous endurciz,
    Car, se pitié de nous pauvres avez,
    Dieu en aura plus tost de vous merciz.
    Vous nous voyez cy attachez cinq, six
    Quant de la chair, que trop avons nourrie,
    Elle est pieça devoree et pourrie,
    Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
    De nostre mal personne ne s’en rie :
    Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre!

    Se frères vous clamons, pas n’en devez
    Avoir desdain, quoy que fusmes occiz
    Par justice. Toutesfois, vous savez
    Que tous hommes n’ont pas le sens rassiz;
    Excusez nous, puis que sommes transis,
    Envers le filz de la Vierge Marie,
    Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
    Nous préservant de l’infernale fouldre.
    Nous sommes mors, ame ne nous harie;
    Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

    La pluye nous a débuez et lavez,
    Et le soleil desséchez et noirciz:
    Pies, corbeaulx nous ont les yeulx cavez
    Et arraché la barbe et les sourciz.
    Jamais nul temps nous ne sommes assis;
    Puis ça, puis la, comme le vent varie,
    A son plaisir sans cessez nous charie,
    Plus becquetez d’oiseaulx que dez à couldre.
    Ne soyez donc de nostre confrarie;
    Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

    Prince Jhesus, qui sur tous a maistrie,
    Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie :
    A luy n’avons que faire ne que souldre.
    Hommes, icy n’a point de mocquerie;
    Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre.

    en vieux françaix

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