La culture générale pour briller en société.
Curieux depuis 2012 0% publicité 100% passionnés
étale ta
culture.

Moins on en a…
plus on en découvre.

Surprends-moi
← Littérature

La "nouvelle" réforme de l'orthographe décortiquée...

Excusez-moi l'expression, mais on entend beaucoup de c*** sur la réforme de l'orthographe... Accusée des pires maux, elle simplifierait atrocement la langue française, nivelant par le bas l'apprentissage des subtilités de notre…

la-reforme-de-l-orthographe

Excusez-moi l'expression, mais on entend beaucoup de c*** sur la réforme de l'orthographe... Accusée des pires maux, elle simplifierait atrocement la langue française, nivelant par le bas l'apprentissage des subtilités de notre si belle langue...

Tout d'abord, il faut bien se rendre compte que cette réforme dite "de février 2016" date en fait du... 6 décembre 1990. Eh oui, l'ensemble du rapport sur les rectifications orthographiques ont d'abord été proposées par le Conseil supérieur de la langue française puis apraprouvées à l’unanimité le 3 mai 1990 par l’Académie française. Elles furent publiées dans le Journal officiel le 6 décembre 1990.

C'est Maurice Druon en personne (excusez du peu) qui fut le président du groupe de travail. Malheureusement, ce dernier décéda en 2009, et il ne peut donc participer aux récents débats pour défendre ses propositions... Je pense que tous ces débats l'auraient bien fait rigoler...

Néanmoins, dans sa lettre ouverte au Premier Ministre servant de préambule à son rapport, l'auteur des Rois maudits met tout de suite dans l'ambiance :

Perdrait-elle ces caractères qui l’ont faite universelle, notre langue verrait son audience et son emploi se réduire dans le monde. C’est pourquoi, écartant tout projet d’une réforme bouleversante de l’orthographe qui eût altéré le visage familier du français et dérouté tous ses usagers répartis sur la planète, vous nous avez sagement invités à proposer des retouches et aménagements, correspondant à l’évolution de l’usage, et permettant un apprentissage plus aisé et plus sûr.

Cette réforme de 1990 fut publiée dans une relative indifférence, et les préconisations du rapport furent peu appliquées. Tout changea il y a quelques mois, quand le Bulletin officiel de l'Education nationale du 26 novembre 2015 indique, pour la première fois :

L’enseignement de l’orthographe a pour référence les rectifications orthographiques publiées par le Journal officiel de la République française le 6 décembre 1990.

Patatras !
Le 3 février 2016 (soit plus de deux mois après la publication du Bulletin... bravo la réactivité), certains médias se réveillèrent et un déferlement médiatique eut lieu, chacun se faisant le défenseur de la belle, la noble, l'unique langue française.

- Toucher à la langue française ?
Impossible, Monsieur ; mon sang se coagule
En pensant qu’on y peut changer une virgule...

Tout le monde en parle, bien peu la connaissent vraiment... Survolons, en dix points principaux, les principales nouveautés de cette réforme :
(j'invite d'ailleurs le lecteur intéressé à lire l'intégralité du rapport, qui n'est pas si long que ça)

1/ Les nombres composés

La règle était simple : on ne met un trait d'union qu'entre les dizaines et les unités (c'est-à-dire pour les numéraux inférieurs à cent), sauf quand elles étaient liés par "et".
Exemple : "quatre-vingt-douze"

A partir de maintenant, on pourra lier TOUS les termes d'un nombre composé grâce au trait d'union :
"cent cinquante et un" devient "cent-cinquante-et-un"
"mille sept cent quatre-vingt-quatorze" devient "mille-sept-cent-quatre-vingt-quatorze"

Il est vrai que, comme le précise le rapport, absolument rien ne justifie l'emploi du trait d'union uniquement pour les numéraux inférieurs à cent.
Par contre, la nouvelle graphie est assez moche, cette succession de traits d'union alourdissant considérablement l'impact visuel du nombre.

Mais bon, de là à crier à l' "assassinat de la langue de Molière", faut pas pousser...

2/ Les mots composés

Vous vous rappelez des casse-têtes ignobles quand il s'agissait d'accorder les noms composés ? Eh bien c'est fini, tout ça ! Quand ils sont composés de "verbe + nom" ou de "préposition + nom", le second élément prend systématiquement un "s".
Simple, pratique, efficace.
Des après-midis, des abats-jours, des perce-neiges, des porte-paroles.

Personnellement, ça ne me dérange pas plus que ça... Mais je peux comprendre la nostalgie de certains qui aimaient se creuser la cervelle pour trouver le bon accord...

3/ L’accent grave

Dorénavant, certains accents aigus se transforment en accents graves. Trois cas se présentent :

- les inversions interrogatives. Avant, on écrivait "puissé-je", "aimé-je", etc. On écrit ça maintenant "aimè-je" ou "puissè-je". Il suffit de le savoir.
- les verbes qui, au futur et au conditionnel, se conjuguent sur le modèle de "céder". On écrira maintenant "je cèderai", "j'altèrerai", etc.
Vous voulez que je sois franc ? J'ignorais même qu'il fallait un accent aigu ici... c'est, à mon sens, une anomalie dont la correction est bienvenue...
- Certains mots listés exhaustivement dans le rapport : évènement, règlementaire… Même remarque que précédemment !

4/ L’accent circonflexe

Ouh !!!! Que n'a-t-on lu sur la supposée mort de l'accent circonflexe ces derniers mois sur le net ! À en écouter certains, en supprimant l'accent circonflexe, c'est Molière qu'on assassine...
Bon, que ces gens-là se rassurent, il n'a JAMAIS été question de supprimer l'accent circonflexe...
Il est maintenu sur les voyelles "a", "e" et "o", sans modification. Par contre, il devient facultatif sur les "i" et les "u"... sauf lorsque cela crée de la confusion, comme dans ce cas :

jeune-et-jeune-reforme-orthographe

Ici, donc, l'accent circonflexe demeure obligatoire... tout comme dans dû, vôtre, côte, mûr, sûr car ces mots possèdent les homonymes du, votre, cote, mur et sur... Par contre, on pourra s'en passer dans boite, buche, cout, maitresse, il parait, j'entraine, etc. car aucune ambiguïté n'est possible.
Pour différencier certaines formes verbales : il fut (passé simple), qu’il fût (subjonctif imparfait) ; tu crois (verbe croire), tu croîs (verbe croitre), il est, là encore, maintenu.

Mon avis : beaucoup de bruit pour pas grand chose... Certes, en supprimant l'accent circonflexe de certains mots ne prêtant (ou prétant ?) pas à confusion, on oublie peu à peu les origines des mots. Ainsi, une "boite" vient du latin buxida ayant évolué en buxdia, bustia, bostia puis boiste (en ancien français). L'accent circonflexe se posait, comme souvent, en héritier du "s" disparu.
J'ai un avis réservé sur cette décision, mais Darwin est très clair sur la question : les appendices inutiles ont vocation à disparaître (ou disparaitre ? mince, j'en sais plus rien, moi, maintenant...), c'est ainsi...

5/ Le tréma

Là encore, je trouve la démarche tout à fait saine. Jusqu'à présent, on écrivait aiguë, ambiguë et ambigüité.
C'est complètement illogique ! Autant mettre le tréma systématiquement, et en toute circonstance, sur le "u"...

Par contre, il va vraiment falloir s'habituer à rencontrer des "gageüres". Certes, cela éclaircira sa prononciation : on dit bien [gajure] et non [gajeure]. Mais, franchement, c'est moooooche !!!!

Dans les mots comportant les syllabes -guë- et -guï-, le tréma est déplacé sur la voyelle "u" pour indiquer qu’elle se prononce. La nouvelle orthographe autorise donc d'écrire aigüe, ambigüe et ambigüité.

6/ Les verbes en -eler ou -eter

Jusqu'à présent, il y avait deux types de verbes. Ceux, comme "peler" ou "acheter", qui se conjuguent avec un accent grave : je pèle, j'achète.
Et ceux, comme "ruisseler" ou "étiqueter", qui se conjuguent avec deux t ou deux l : je ruisselle, j'étiquette
Dorénavant, tous les verbes seront logés à la même enseigne et se conjugueront avec un accent grave.
On écrira donc je ruissèle et j'étiquète.

Idem pour les adverbes : un ruissellement devient un ruissèlement...

Simple, efficace, pas cher. Franchement, ça ne me perturbe pas plus que ça...

7/ Les mots empruntés

Un scenario, des scenarii.
Un colombarium, des colombaria
Un sandwich, des sandwichEs

Jusqu'à présent, le pluriel des mots empruntés à l'étranger (latin, anglais,...) suivaient les règles de leur pays d'origine. J'ai toujours trouvé cette règle absurde...
Et hop, la réforme permet maintenant d'écrire des scenarios, des colombariums, des sandwichs,...

Eh bien si vous voulez mon avis, c'est une très bonne chose.

Il en va de même pour les accents... Ils n'existent pas en anglais ou en latin, par exemple. On pourra désormais les intégrer dans les mots qui en sont tirés...
Exemple : un sénior, un révolver.

La règle est logique, mais il faut bien admettre que certains mots vont devenir très moches...
(sénior ? vraiment ?)
(question d'habitude, certainement)

8/ Les noms en -illier et -illière

Quatre mots sont concernés, pas un de plus : joaillier, marguillier, quincaillier, serpillière.
Ils vont perdre, dorénavant, leur deuxième i et deviendront joailler, marguiller, quincailler, serpillère.

Selon la réforme, il s'agit là de corriger des anomalies, c'est-à-dire des graphies non conformes aux règles générales.

Why not...

9/ l'accord de laisser + infinitif

Amis lecteurs, j'ai une question pour vous : on écrit "elle s'est laissée mourir" ou "elle s'est laissé mourir" ?

Vous n'en savez rien ? Eh bien j'ai une bonne nouvelle pour vous : vous n'aurez plus à vous poser la question.
Pour info, jusqu'à présent, une page complète d'explications était nécessaire pour comprendre le bon accord.

Désormais, le participe passé de "laisser" suivi d’un infinitif peut rester invariable en toutes circonstances. On écrira, au choix : "elle s’est laissée mourir" ou "elle s’est laissé mourir".

10/ Modification de l'orthographe de certains mots

Oignon / Ognon : le mot de la discorde !
C'est le seul mot que beaucoup de médias ont retenu de cette réforme pourtant très complète...

Il s'agit d'une anomalie venant de l'ancien français. À l'époque, on écrivait besoigne (« besogne »), estraigne (« étrange ») ou montaigne (« montagne »). Seul l'oignon, allez savoir pourquoi, garde trace de cette particularité encore aujourd'hui.

Vouloir supprimer une anomalie et harmoniser les graphies de la langue française partait d'un bon sentiment... Mais je suis pour ma part favorable à la conservation du mot "OIGNON". Parce que c'est un mot très utilisé, parce qu'il est beau, parce que c'est rigolo d'entendre encore des gens prononcer "ouagnon" (ben quoi, y'a un "i", c'est bien pour le prononcer, non ?), parce qu'absolument TOUT LE MONDE sait écrire ce mot correctement, parce que je suis un con attaché à mes petites habitudes...

De là à parler de "massacre" de la langue française, il faut raison garder...

Une centaine de mots ont également été retouchés de la sorte, dans l'indifférence générale... Certains mots me choquent encore plus. Oui, voir écrit "exéma" au lieu de "eczéma", franchement, ça me fait saigner les yeux...

reforme-orthographe

Par contre, d'autres modifications sont bienvenues parce qu'elles sont "logiques". Il en est ainsi de :

boursoufler devient boursouffler (cf. souffler)
bonhomie devient bonhommie (cf. homme)
combatif devient combattif (cf. combattre)
chariot devient charriot (cf. la racine latine carrus)
dissous devient dissout (cf. le féminin dissoute)
imbécillité devient imbécilité (cf. imbécile)
nénuphar devient nénufar (cf. l’origine persane nilufar)
persifler devient persiffler (cf. siffler)
relais devient relai (cf. balai et délai)

CONCLUSION

Que penser de cette réforme ?
D'une part, que les médias se réveillent un peu tard... elle a quand même été publiée il y a plus de 26 ans...
D'autre part, qu'elle ne revêt aucune forme obligatoire... Pour preuve, depuis 26 ans qu'elle existe, on voit toujours le mot "oignon" écrit dans tous les livres de cuisine...
Enfin, qu'il est faux de dire que cette réforme est SIMPLIFICATRICE, comme on le voit écrit un peu partout. Elle supprime parfois certaines règles d'exceptions, certes, mais en complique d'autres...

Il faut comprendre qu'une langue est une entité vivante, qui évolue avec le temps. Nous ne parlions ni n'écrivions de la même façon aujourd'hui qu'il y a trois-cents ans... Peut-on pour autant dire que la langue française se soit simplifiée au fil des siècles ? Ce serait une grossière erreur, à mon avis.

LA CONVERSATION CONTINUE

Vos commentaires.

20 commentaires
Ethaniel

En réponse à un commentaire précédent

Pour le 2/, je pense que Jonathan fait référence à « Jusqu’à présent, on écrivait […] ambigüité. », l’orthographe traditionnelle étant en fait « ambiguïté ».

Ellie

En réponse à un commentaire précédent

Mighty useful. Make no mistake, I apcatpiree it.

Jeffrey George

Moi, j'aimerais voir la francisation des emprunts. Ex. «Foutebol» pour «football», «spaguetti» pour «spaghetti»... Pourquoi pas «ouiquènede» et »vagon»! Cela serait une bonne chose de supprimer le e inutile. Pourquoi »incendiE», c'est un mot masculin! idem pour «muséE», «trophéE» Par contre, «cléE», oui!

philipine. Lycée

très bel article.

Isabelle Cusimano

Bonjour qu'il s'écrive ruissellement ou ruissèlement, à partir du moment où il y a un déterminant devant c'est un nom ... et non un adverbe ... la terminaison en "- ment" n'en fait pas un adverbe. Voir aussi : un règlement, un élément, etc.
Ceci dit merci pour cet article qui pose bien les choses. Très instructif ! Félicitations !

À VOTRE TOUR

Partagez votre point de vue.

Votre commentaire sera publié après validation. Votre prénom ou pseudonyme sera visible ; aucune adresse e-mail n’est demandée.