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"Continuer à" ou "continuer de" ? Le plus grand dilemme de tous les temps enfin résolu.

Aujourd'hui, on va s'attaquer à l'un des plus grands dilemmes de l'humanité. Vous aussi, j'en suis sûr, vous vous êtes déjà cette épineuse question : On dit "continuer à" ou "continuer de" ? (le cerveau en ébullition, vous…

continuer-à-continuer-de

Aujourd'hui, on va s'attaquer à l'un des plus grands dilemmes de l'humanité. Vous aussi, j'en suis sûr, vous vous êtes déjà posé cette épineuse question :

On dit "continuer à" ou "continuer de" ?

(le cerveau en ébullition, vous agrémentez en général cette question par un superbe "put** de bor*** de m*** !")

Eh bien soyez heureux, chers lecteurs, car bientôt la règle n'aura plus aucun secret pour vous !

Pour ouvrir les hostilités, faisons tout de suite une annonce fracassante : les deux formes existent1.
(BIM, dans ta face)
(je suis sûr que tu t'y attendais pas, à celle-là)

Ce qui va nous faire préférer une préposition à une autre, c'est donc notamment le rythme de la phrase.
(et c'est là que les choses se compliquent)
(ah, ah, tu pensais vraiment que j'allais te donner une réponse simple à retenir, hein ?)
(ben si t'es pas content, va te plaindre à l'Académie française)

Bon, tu sembles dubitatif, là, derrière ton écran. Du coup, florilège de petites citations et d'extraits en tout genre :
(mais va vraiment falloir que t'apprennes à me faire confiance, un jour)

Les partisans du "continuer à" :

“Le bonheur, c’est de continuer à désirer ce qu’on possède.”
(propos attribué à saint Augustin)
(qui ne savait probablement pas qu'un nouvel iphone sortirait tous les ans)

“Le secret de la longévité, c’est de continuer à respirer.”
(propos attribué à ce gros troll de Bruce Lansky)
(écrivain et poète encore vivant, preuve que sa technique fonctionne)

continuer-à-bruce-lansky-secret-longévité

Les partisans du "continuer de" :

"Bien que la fenêtre fût ouverte, il continuait de faire chaud"
(Émile Zola, La Bête humaine2)
(LA citation qui sert absolument à rien)

“La stratégie consiste à continuer de tirer pour faire croire à l'ennemi qu'on a encore des munitions.”
(propos attribué à Henry Monnier, créateur du célèbre personnage M. Prudhomme3)
(si tu connais pas, t'inquiète, on en reparlera un jour)

henry-monnier-prudhomme

Et donc ?

Donc, les deux formes existent, et ce qui nous motivera pour choisir l'une plutôt que l'autre, ce peut être une nuance de style.
Selon une distinction traditionnelle, on dit "continuer à" pour parler d'une action commencée et qui se poursuit.
"Continuer de", dans cette distinction, s'emploierait plutôt pour parler d'une action qu'on a l'habitude de faire.

Un petit exemple et tout s'éclaire :
Si vous dites à votre collègue de bureau qu'il continue à boire, vous pouvez lui signifier qu'il est en train de poursuivre une action qu'il a commencée un peu plus tôt, à savoir boire son verre d'eau.

Par contre, si vous lui dites qu'il continue de boire, là, il y a de fortes chances qu'il le prenne mal : le contexte peut laisser entendre que c'est un alcoolo4...

MAIS comme rien n'est simple dans ce bas-monde, cette distinction ne constitue pas une règle absolue... On pourra choisir indifféremment l'une ou l'autre des prépositions pour éviter un hiatus (rencontre de deux voyelles appartenant à des syllabes différentes), ou toute répétition de sons qui ne sonnerait pas très bien à l'oreille5.

Ainsi, on évitera de préférence de continuer à ânonner, à appeler, à accomplir, à aboyer, etc.
Mais on continuera d'ânonner, d'appeler, etc.

En attendant, je continue de chercher des sujets intéressants, et j'espère que vous continuerez à me lire !
(désolé, fallait que je la sorte, celle-là)

Notes

  1. L’Office québécois de la langue française donne les deux prépositions comme correctes devant un infinitif. Dans l’usage courant, on ne peut donc pas déduire une différence de sens obligatoire du seul choix entre « à » et « de ».
    ↩ Retour au texte
  2. La phrase se trouve au premier chapitre de La Bête humaine : Zola décrit la chaleur qui persiste dans la chambre où Roubaud et Séverine déjeunent. Cet exemple littéraire illustre la continuité d’un état, sans constituer une prise de position du romancier sur les deux prépositions.
    ↩ Retour au texte
  3. Joseph Prudhomme apparaît dans les Scènes populaires de Monnier en 1830. Dessinateur, écrivain et acteur, Monnier incarne lui-même ce personnage bourgeois : le Louvre conserve notamment son portrait en Prudhomme, daté d’avril 1860. Cette identification ne suffit toutefois pas à authentifier la citation militaire qui lui est attribuée ici.
    ↩ Retour au texte
  4. L’Académie écrivait déjà en 1835 : « Si vous continuez à boire, vous ruinerez votre santé. » Le même « à » peut donc accompagner une habitude nocive. La préposition ne permet pas, à elle seule, de distinguer le verre d’eau de la consommation habituelle d’alcool.
    ↩ Retour au texte
  5. L’euphonie est une préférence de sonorité. Le Bureau de la traduction du Canada recommande de tenir compte aussi des prépositions voisines : « de » peut alléger une suite de « à », tandis que « à » évite parfois plusieurs « de ». Cela guide une formulation, sans transformer l’autre construction en faute.
    ↩ Retour au texte
LA CONVERSATION CONTINUE

Vos commentaires.

12 commentaires
D8mon

Complètement délirant mais non moins intéressant, continuez à nous faire rire maitre Djinnzz !

(à moins qu'on dise, continuez DE nous faire rire? Mince, j'ai rien compris, en fait)

:p

Djinnzz

Sinon, vous pouvez jouer ça à pile ou face, ça marche aussi.

Djinnzz

En réponse à D8mon

Merci Mister D8mon ! :)

Iphis

Merci pour cet article, je me posais la question depuis assez longtemps !

Protoche

“Le bonheur, c’est de continuer à désirer ce qu’on possède.”
(Saint Augustin)
(qui ne savait probablement pas qu’un nouvel iphone sortirait tous les ans)

TELLEMENT VRAI !!!!
xD