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[Question existentielle] "Je vous serais gré" OU "Je vous saurais gré" ???

La question existentielle Aujourd'hui, une bonne fois pour toute, on va répondre à une question que tout le monde s'est posée au moins une fois dans sa vie : Dit-on : "Je vous serais gré" OU "Je vous saurais gré" ??????? Pour…

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La question existentielle

Aujourd'hui, une bonne fois pour toutes, on va répondre à une question que tout le monde s'est posée au moins une fois dans sa vie :

Dit-on : "Je vous serais gré" OU "Je vous saurais gré" ???????

Pour donner de la consistance à cet article, et donner l'impression d'un vrai travail de fond,
(je suis un dingue, je vous révèle mes techniques secrètes)
j'ai mené un sondage auprès des personnes de mon entourage. Je m'apprête à vous livrer ici le résultat détaillé de cette étude.

[roulement de tambour]

Résultat du sondage scientifique

(Nous y voilà)

TOUTES les personnes à qui j'ai posé la question
(c'est-à-dire deux personnes, en comptant mon chien)
ont été unanimes : on dit "je vous serais gré" !
(sauf mon chien qui m'a juste regardé en remuant la queue)
(qu'il est con, mon chien, parfois)

Le résultat de cette enquête d'investigation a donc donné une victoire écrasante du "serais" contre le "saurais".
Impressionnant, non ?

Mais ne faisons pas durer le suspense plus longtemps... contre toute attente, la bonne réponse est en réalité : "je vous SAURAIS gré"1.
(mon entourage est complètement nul)

Eh oui, "savoir gré" est une expression vieille de près d'un millénaire dans laquelle le mot gré est synonyme de gratitude, de reconnaissance2. Selon l'Académie française, une trace ancienne de cette expression dans la littérature se trouve dans un poème médiéval intitulé La Vie de Saint Alexis (XIe siècle)3:

Un fil lor donet, si l’en sovrent bon gret

qu'on pourrait traduire en :

Il (Dieu) leur donna un fils, ils lui en surent bon gré

[HORS-SUJET]
Saint Alexis est un saint dont l'existence historique n'est pas établie4, mais sa vie n'en reste pas moins très intéressante... Selon la légende, fils d'une riche famille romaine, il quitte sa femme le soir de ses noces pour gagner l'Orient, et mène ensuite une vie de mendiant à Édesse (actuelle Turquie) pendant dix-sept ans. Mais bientôt, sa sainteté commence à être connue et une foule pieuse de plus en plus importante se presse à ses pieds, attirée par la pureté de sa démarche.

Fuyant les honneurs, ne cherchant qu'à se consacrer à Dieu dans le dénuement le plus total, notre brave Alexis quitte Édesse pour Rome où il se cache sous l'escalier de la maison de son propre père... Ce dernier ne reconnaît pas son fils mais, apitoyé par la misère de l'homme, donne l'ordre à ses serviteurs de le nourrir chaque jour. Il en va ainsi pendant dix-sept nouvelles années5...

Sentant sa fin proche, Alexis couche enfin sur papier les détails de sa vie. Par diverses pirouettes scénaristiques qui varient selon les versions, le document atterrit entre les mains du pape en personne. Et voilà notre Alexis qui devient SAINT Alexis, dont le crâne présumé
(le crâne attribué à un homme dont l'existence n'est pas établie, si vous suivez bien...)
est vénéré aujourd'hui encore dans le monastère de Sainte Laure, dans le nord du Péloponnèse6.

[FIN DU HORS-SUJET !]
(désolé)

Conclusion

Bon.
Si vous voulez éviter d'écorcher les oreilles de votre interlocuteur, je vous saurais donc gré d'éviter de lui dire que vous lui seriez gré de quelque chose.
Dites-lui plutôt que vous lui en sauriez gré. Est-ce bien clair ?

Si vous n'avez rien compris à ce qui précède, j'ai la solution. Dites-lui plutôt, à ce satané interlocuteur, que vous lui en seriez reconnaissant. Ça veut dire la même chose, et vous êtes sûr de ne pas vous planter...
(ne me remerciez pas)

Notes

  1. Gré est ici un nom, et non un adjectif qui se construirait avec être. Pour retrouver le bon verbe, on peut quitter le conditionnel : « je vous sais gré », « nous vous savons gré ». L’Académie explique la confusion par la ressemblance de serais et saurais, mais aussi par l’influence de la tournure « être reconnaissant ».
    ↩ Retour au texte
  2. Le nom gré vient du latin gratum. Il a conservé plusieurs sens : la reconnaissance dans savoir gré, mais aussi le consentement ou ce qui plaît, comme dans de son plein gré et au gré de ses envies. Sa présence dans ces expressions explique qu’un même mot puisse évoquer tantôt le remerciement, tantôt la volonté.
    ↩ Retour au texte
  3. La version ancienne est traditionnellement datée du milieu du XIe siècle. Elle compte, dans la forme répertoriée par Arlima, 125 strophes de cinq décasyllabes assonancés, soit 625 vers. Plusieurs remaniements médiévaux existent ensuite, notamment en octosyllabes et en alexandrins : il faut distinguer ces versions successives du poème cité ici.
    ↩ Retour au texte
  4. Le dossier ne commence pas avec le poème français. Une Vie syriaque raconte déjà l’histoire d’un « homme de Dieu » anonyme à Édesse ; ses plus anciens manuscrits remontent au VIe siècle. Des versions grecques puis latines développent le récit avant sa diffusion dans les langues européennes. Cette longue transmission documente l’histoire d’un culte et de ses récits, sans garantir chaque épisode de la biographie.
    ↩ Retour au texte
  5. Les détails varient selon les traditions. Dans la Vie diffusée par l’Église orthodoxe d’Amérique, le père installe le mendiant dans une cellule de sa cour ; le texte lui fait également passer dix-sept ans chez ses parents. L’escalier appartient donc à une forme du récit, plutôt qu’à un détail établi indépendamment de la légende.
    ↩ Retour au texte
  6. Il s’agit du monastère d’Agia Lavra, près de Kalavryta. Le monastère indique que le crâne attribué à Alexis lui aurait été donné par l’empereur Manuel Paléologue en 1398 ; il précise que le chrysobulle impérial confirmant cette donation a disparu dans un incendie. Ce témoignage renseigne la tradition de conservation de la relique, sans en établir l’identité biologique.
    ↩ Retour au texte
LA CONVERSATION CONTINUE

Vos commentaires.

14 commentaires
Djinnzz

En réponse à un commentaire précédent

Bonjour kelkundote !
Ça peut se discuter, en effet...
Les deux formes sont correctes, mais je pense qu'il y a une petite nuance :

- l'emploi du futur indique que la personne FERA ce qu'on lui demande de faire, quoi qu'il arrive. On la brusque donc un peu, en niant son libre-arbitre.
- le conditionnel permet de "lisser" un peu : si vous faites ce que je vous demande, alors je seraiS plein de gratitude à votre égard... A privilégier, je pense, pour donner "l'illusion du choix" à son interlocuteur !

baaz

En réponse à un commentaire précédent

Exhiber ainsi son animal de compagnie dans sa plus stricte intimité, je ne suis pas fier de vous. Et puis on voit bien que cette chienne est maltraitée...
J'appelle tout de suite la SPA !

:p

Eurosix

Le début de votre article, Djinnzz, m'a donné des sueurs froides. J'ai crû, en effet que j'avais passé ma vie dans l'erreur ! Bon gré, mal gré, j'ai continué à le lire et j'ai commencé à me rétablir. Et, de gré ou de force, j'ai fini par le lire en entier ! Heureusement pour moi, tout le long de cet article, le gré à dépassé la force. je vous ''serais gré'', pardon, je vous saurais gré de me ménager à l'avenir. Par contre, mais me tromperais-je, j'ai retrouvé votre style qui me pousse à lire ! Merci de l'avoir déployé... !

Djinnzz

En réponse à Eurosix

Ahah, désolé pour cette frayeur cher Eurosix !
Et sachez que je guette à chaque fois les commentaires pour voir si vous m'avez laissé un petit quelque chose à lire !

Kelkundote

En réponse à Djinnzz

Ok, je saisi la petite nuance... .

Cependant, ce n'est pas le bon exemple que vous me donnez, parce que là, justement, il faut utiliser le futur : "si vous faites ce que je vous demande, alors je serAI plein de gratitude à votre égard…" ( à la troisième personne ça donne : Si vous faites ce qu'il vous demande, il sera plein de gratitude... et pas il serait...)
C'est à cause de la concordance des temps : "si + présent + futur" mais "si+imparfait+conditionnel."
"Si vous faisiez ce que je vous demandais, je serais plein..."
Qui plus est, dans un cas on exprime une quasi certitude (présent) et dans l'autre une hypothèse (imparfait). Le français est bien tordu parfois!
Mais je chipote un peu là, parce qu'en fait j'ai saisi l'idée. :)

Ps : La coquille est toujours là : un "sous" pour "vous"! ;) dans l'extrait où vous dites que votre entourage est nul.