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[L'expression du jour] En pincer pour quelqu'un

- Tu sais, Chris, ça fait longtemps que je voulais te dire... - Oui ? - Ben voilà... Je... J'en pince pour toi. Voilà, c'est dit. - Hein ? - Je dis : j’en pince pour toi. - Tu m'énerves quand tu utilises tes expressions bizarres ! -…

- Tu sais, Chris, ça fait longtemps que je voulais te dire...
- Oui ?
- Ben voilà... Je... J'en pince pour toi. Voilà, c'est dit.
- Hein ?
- Je dis : j’en pince pour toi.
- Tu m'énerves quand tu utilises tes expressions bizarres !
- Et toi, quand tu fais semblant de ne pas comprendre ! Allez, je vais te faire un dessin, puisque ça semble nécessaire. Imagine un guitariste : pour chaque note, il pince les cordes de façon différente1.
- Oui, et alors ?
- Les vibrations de la musique ainsi générée provoquent en nous des sensations, voire de véritables émotions...
- Oui, c'est vrai.
- Eh bien, n'as-tu jamais trouvé que, quand tu avais le béguin pour quelqu'un2, tes émotions pouvaient être comparables à celles que la musique pouvait provoquer si les cordes étaient bien "pincées" ?
- Si tu le dis.
- Ben voilà.
- ...
- ...
- Oh, mais attends ! T'es en train de me dire que tu me kiffes3, c’est ça ? Haha ! Tu pouvais pas le dire tout de suite ? Bolosse, va !
- Bolosse ?
- Idiot, couillon... Bouffon, quoi4!
- Tu me fends le cœur.
- Mais non, tu sais bien que je ne fais que le pincer !

****

En pincer pour quelqu'un

Expression française du XIXème siècle issue de l’argot de l’époque5.
Tomber sous le charme, ressentir des sentiments amoureux pour quelqu'un. Aimer quelqu'un ou quelque chose, peut-être en référence aux vibrations produites par un instrument à cordes qui s'apparentent symboliquement (ou réellement !) aux "vibrations" du cœur de l'amoureux...

Notes

  1. Le sens musical de « pincer » est bien antérieur au XIXe siècle : le dictionnaire de l’Académie de 1718 cite déjà la guitare, le luth et la harpe. Il décrit le geste des doigts sur les cordes, par opposition à une autre manière de les faire sonner.
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  2. Le béguin était d’abord une coiffe, notamment celle des béguines, puis un bonnet d’enfant. L’expression amoureuse rejoint l’image d’une personne « coiffée » de quelqu’un : un même vocabulaire de la tête sert ainsi à parler de l’engouement.
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  3. « Kiffer » dérive de « kif », d’origine arabe. Le nom emprunté a donné un verbe français : on peut désormais le conjuguer, comme ici dans le dialogue.
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  4. Bolos, boloss et bolosse coexistent. Une étude linguistique publiée en 2023 relève ces variantes jusque dans les dictionnaires : Larousse choisit « bolos », tandis que Le Robert admet plusieurs graphies. Les chercheuses confrontent aussi les formes écrites à des corpus de rap et à une enquête auprès d’adolescents. Le mot peut même prendre une valeur amicale entre proches, suivant le contexte. Son orthographe et son sens ne se déduisent donc pas uniquement de sa définition comme insulte.
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  5. Dans son dictionnaire de 1865, Lorédan Larchey rapporte un exemple de Brazier daté de 1809 où « en pincer » signifie apprécier le spectacle. Il distingue ensuite l’extension amoureuse. La locution a donc pu exprimer le goût pour une activité, sans viser nécessairement une personne.
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Vos commentaires.

3 commentaires
Bijou

Premier article de Dell ?
C'est pas l'article du siècle, mais c'est prometteur :-)

Guppy

Moi, j'en pince pour ce site formidable :)
Et cet article est tout à fait dans l'esprit du blog et de Djinzzzz.
Tout ce que je vous demande, on vous demande... c'est de continuez à nous apprendre sans vous prendre au sérieux. Cela fait un bien fou.

Guppy

En réponse à Guppy

*..de continer