Aujourd'hui, nous allons découvrir le Château Gaillard au travers d'une anecdote fort sympathique, qui devrait ravir petits et grands.
Commençons par les présentations de base : le château Gaillard est une forteresse médiévale, aujourd'hui en ruines, située à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Paris dans la commune des Andelys.
À ne pas confondre, donc, avec la commune de Château-Gaillard située dans l'Ain, à quelque 600 kilomètres de là !

C'est Richard Cœur de Lion en personne qui décide de sa construction en 1196. Qu'un roi d'Angleterre fasse construire un château dans le duché de Normandie peut paraître surprenant, si on oublie qu’il était aussi duc de Normandie1. Sa puissance familiale doit également beaucoup à Aliénor d'Aquitaine... Cette dernière, après l’annulation de son mariage avec Louis VII, alla se consoler dans les bras d’Henri Plantagenêt, futur roi d’Angleterre. Nous sommes alors en 1152, et, par le jeu des possessions familiales, Aliénor associe ainsi ses domaines aquitains à ceux d’Henri et fait entrer le ver dans le fruit !
Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos cœurs de lion...
En deux petites années (un exploit en soi), le chantier est bouclé2. Lorsqu'il vit pour la première fois la construction achevée, Richard Cœur de Lion se serait exclamé, selon la légende : "Que voilà un château gaillard !"... le nom est resté.
C'est vrai qu'il semble costaud, ce château. Perché à environ 90 mètres d'altitude, il surplombe la Seine et permet de contrôler toute la région. Cette situation géographique privilégiée et sa masse imposante lui permettent très vite de se tailler une solide réputation d'imprenabilité3...
Hélas, le bon Richard ne profitera pas bien longtemps de son beau château, il mourra l'année suivante, en 1199, laissant son trône à son frère, Jean sans Terre le mal-aimé.
Et c'est maintenant que les choses sérieuses vont commencer !
Philippe Auguste commence à en avoir assez de l’autorité des Plantagenêt sur les fiefs qu’il revendique. En 1203, il passe ses troupes en revue et décide de passer à l'action... Des milliers d'hommes en armes, des "Français", se dirigent vers le château Gaillard, bien décidés à "bouter les Anglais hors de France".
(si vous me permettez, bien sûr, le réemploi de cette expression attribuée à Jeanne d'Arc, qui ne verra le jour que deux siècles plus tard !)
Hélas, le château semble fidèle à sa réputation. Arrivés au pied de la colline, il faut se rendre à l'évidence : lancer un assaut immédiat paraît trop risqué. Le siège est la seule solution possible4... Bon gré mal gré, le roi de France fait creuser deux larges fossés tout autour du château qu'il hérisse de quatorze beffrois. Une technique semblant tout droit empruntée à Jules César quand il assiégea Alésia !
Une longue bataille d'usure commence, chacun des deux camps attendant que l'ennemi présente des signes de faiblesse. Les semaines, les mois passent.
Les Anglais vont être les premiers à craquer. À court de vivres, ils doivent sacrifier les bouches inutiles. Environ 1200 habitants du voisinage, selon les récits anciens, qui avaient trouvé refuge au château avant l'arrivée des troupes de Philippe Auguste vont en faire les frais. Chassés du château, les malheureux se retrouvent coincés entre les deux camps et seront nombreux à mourir de faim et de froid… Triste sort qui rappelle, une fois encore, la prise d’Alésia par Jules César durant laquelle un groupe d’hommes et de femmes fut lui aussi expulsé puis repoussé par les assiégeants5 !
(l'histoire est un éternel recommencement)
(il paraît)
Philippe Auguste est sans doute partagé entre le plaisir de voir son ennemi ainsi affaibli et le spectacle horrible de centaines de malheureux hurlant, se lamentant, implorant la pitié de l'un des deux camps...

L'attente, ça n'a jamais vraiment été le fort de Philippe Auguste. Depuis des mois, il scrute les murailles, inspecte les moindres recoins pour tenter de trouver le moyen de percer les défenses ennemies. La clef de la réussite, c'est un certain Bogis, un soldat, qui va lui donner... Selon le récit du siège, ce dernier parvient à s’infiltrer par une ouverture près de la chapelle… Une fois dans cette enceinte, il permet l’entrée de compagnons ; la dernière défense cède après un nouvel assaut, le 6 mars 1204, et les survivants sont faits prisonniers6...
Une belle histoire, n'est-ce pas ? Malheureusement, l'épisode des latrines semble peu crédible... Une entrée par une fenêtre de la chapelle est notamment proposée ; la prise finale exigea encore un assaut7. Mais qu'importe ! Une belle légende vaut parfois mieux qu'une histoire un peu fade...
Notes
- Être roi d’Angleterre et duc de Normandie relevait de deux titres distincts. La possession du duché plaçait les Plantagenêt dans les rapports féodaux du royaume de France. Le conflit avec Philippe Auguste ne correspond donc pas exactement à une guerre entre deux États-nations aux frontières actuelles.↩ Retour au texte
- Le programme fortifié se met en place entre 1196 et 1198. Richard bâtit sur un domaine de l’archevêque de Rouen ; un accord du 16 octobre 1197 régularise la cession en échange d’autres domaines. Derrière l’exploit architectural se trouve donc aussi une négociation foncière et politique.↩ Retour au texte
- Château-Gaillard était un élément d’un ensemble constitué d'un bourg fortifié, d'un pont sur la Seine, d'un château dans l’île et d'un barrage de pieux qui contribuaient à verrouiller la navigation vers Rouen. Les recherches de Dominique Pitte invitent à lire la forteresse dans cet ensemble défensif, plutôt que comme un château isolé sur sa falaise.↩ Retour au texte
- Un ordre de Jean sans Terre à Roger de Lacy et à la garnison, conservé dans les sources du projet universitaire Magna Carta, demande de défendre le château de toutes leurs forces. Il prévoit toutefois le cas où tenir deviendrait impossible.↩ Retour au texte
- Les récits de Château-Gaillard décrivent plusieurs expulsions : certains groupes franchissent les lignes, d’autres restent bloqués. Pour Alésia, César raconte au livre VII, chapitre 78, l’expulsion de l'oppidum d'Alésia des Mandubiens, le peuple autochtone qui accueillait Vercingétorix et son armée.↩ Retour au texte
- Roger de Lacy, qui commandait la défense, survit à la prise. Les travaux universitaires sur sa carrière rapportent sa captivité puis sa libération contre rançon. Le château tombe le 6 mars 1204 après des attaques successives sur ses défenses.↩ Retour au texte
- L’identification exacte du passage a suscité des lectures divergentes. Christian Corvisier évoquait encore des latrines en 2000 ; Jean Mesqui soulignait en 2003 que les travaux de Dominique Pitte démontaient ce récit. Dans d’autres travaux, c'est le passage par une fenêtre liée à la chapelle qui est avancé.↩ Retour au texte




tres bien sa ma aide pour faire un exposee
Génial ! Merci pour ce joli moment d'histoire dit avec humour qui m'a fait passer un bon moment tout sourire !