
La Chine s'est toujours un peu crue le centre du monde. Cette représentation est bien antérieure à Qin Shi Huang, l'empereur mégalo qui s'est fait construire un complexe funéraire de 56 km² avec une armée de 7000 soldats en terre cuite pour lui tenir compagnie1.

D'ailleurs nous, on l'appelle "la Chine", mais eux, ils s'appellent "l'Empire du Milieu"2. Genre, ils se sont crus dans un roman de Tolkien.

Au XIXe siècle, nos amis les Chinois se rendent compte qu'ils ne sont peut-être pas la nation toute-puissante qu'ils pensaient être. Non, car les Anglais sont aux portes de l'Empire du Milieu et comptent bien leur apprendre qui sont les patrons.
Tout commence en 1839. L'empereur Daoguang (littéralement "Splendeur de la raison"...) est le huitième souverain de la dynastie Qing.

Les Qing, d'origine mandchoue, s'installèrent à Pékin en 1644, après la chute de la dynastie Ming. Et aujourd'hui, Daoguang a fort à faire, car tout son pays est en train de partir en vrille :
1/ La famine sévit (favorisée notamment par la forte croissance de la population),
2/ les paysans se révoltent (que les pécores prennent les armes contre leur souverain semble être une constante dans toutes les civilisations),
3/l'État centralisé peine à faire exécuter les lois (la petite noblesse des provinces en profite),
4/ l'argent, compté en liangs, se raréfie et renchérit par rapport à la monnaie de cuivre (la sapèque), employée pour les paiements courants... sauf que les sapèques ne valent plus tripette. Et le poids des impôts augmente3, ce qui explique aussi peut-être le 2/...
5/ un fléau gangrène tout le pays... l'opium.
Alors l'opium, c'est une drogue obtenue à partir du latex fourni par le pavot somnifère. La plante ressemble comme deux gouttes d'eau au coquelicot, et il suffit d'inciser la capsule avant maturité pour recueillir le précieux produit4. Une fois le latex séché, on obtient une résine brunâtre que l'on peut fumer pour s'envoler au septième ciel (réduction de l'anxiété, ralentissement de la respiration, sédation,... ce qui explique, bien sûr, que les fumeries d'opium étaient équipées de couchettes)

Qu'on soit bien clair, l'opium est une drogue ancestrale, connue dès l'Antiquité. En Chine, elle est consommée abusivement dès le XVIIe siècle, ce qui conduit un empereur à interdire l'opium à fumer en 17295. Une interdiction bien peu suivie...
Cet empêcheur de tourner en rond de Napoléon est enfin mis hors de course sur l'île de Saint-Hélène en 1815. L'Angleterre peut enfin se consacrer à l'expansion de son empire colonial. C'est l'âge d'or de la Compagnie anglaise des Indes Orientales qui rayonne dans toute l'Asie. Toute l'Asie ? Non ! Les irréductibles Chinois refusent encore et toujours le libre-échange, mettant en place un protectionnisme insupportable pour les Britanniques. Ces derniers achètent à la Chine une quantité colossale de thé, le tea time étant déjà très en vogue à l'époque. En échange, ils aimeraient refourguer leurs produits en provenance de leurs autres colonies, d'Inde notamment. Mais rien à faire, les Chinois s'obstinent à limiter l'accès des marchands occidentaux à Canton... Le déficit de la balance commerciale des Britanniques est catastrophique. Il faut agir, et vite6 !

La solution est rapidement trouvée : puisque les ventes de produits légaux ne suffisent pas, les Britanniques vont l'inonder de produits... illégaux. Et voilà des quantités incroyables d'opium qui franchissent les frontières chinoises... Ce commerce est florissant : les profits de la revente en Chine sont considérables... Dans les années 1830, ce sont ainsi des sommes considérables que les Anglais se mettent dans la poche, pendant qu’une partie de la population chinoise passe son temps dans les fumeries d'opium à se défoncer le cerveau. Toutes les couches de la population sont touchées, et notamment les élites chinoises qui deviennent de plus en plus accros. Les milieux mafieux deviennent quant à eux de plus en plus forts, et peuvent même menacer le pouvoir en place... La corruption est reine et la législation, pourtant de plus en plus sévère contre les trafiquants, ne parvient évidemment pas à endiguer le fléau...
L'heure est grave !

À la cour de Daoguang, la "Splendeur de la Raison" est en pleine réflexion. Certains conseillers pensent que la légalisation est la seule réponse possible. D'autres pensent au contraire qu'il faut durcir, durcir encore la lutte, et prendre des mesures coercitives même contre les simples consommateurs7.
Légalisation d'un côté, durcissement de l'autre : c'est la sempiternelle ritournelle qui se répète au fil des siècles...
Et nous voilà en 1839. L'option "légalisation" est écartée et l'empereur organise (enfin !) la riposte. Il a nommé Lin Zexu commissaire impérial de la province du Guangdong (le cœur du trafic) et lui donne carte blanche pour endiguer le fléau.
Bilan des courses : environ 1700 trafiquants arrêtés, 70.000 pipes d'opium confisquées, et, surtout, 20.283 caisses remplies d'opium détruites8 ! C'est plusieurs millions de livres qui partent en fumée pour les Britanniques...
Comment vont réagir les Anglais face à cet affront ? La guerre qui semble inévitable va-t-elle être sanglante et explosive ? Et, surtout, Cindy va-t-elle enfin répondre aux avances de John malgré le désaccord de Priscilla ?
Vous le découvrirez au prochain épisode !

(non, je déconne)
Bon bah, en fait, les Anglais sont pas contents-contents de la réaction des Chinois. On n'a pas idée de les empêcher de trafiquer de la drogue, franchement. Alors, PAF, c'est la guerre.
Ne faisons pas durer le plaisir inutilement, les Chinois vont se prendre une raclée monumentale. On a déjà vu mieux que des jonques en bois pour lutter contre des navires de guerre renforcés et bardés de canons9. Voilà les Anglais aux portes de l'Empire, sur l'île de Hong-Kong, menaçant de s'emparer de Canton, une des principales villes du pays.
Deux-trois infos sur Hong-Kong avant de poursuivre :
- Ça signifie littéralement "port parfumé". Ça sert à rien de le savoir, mais maintenant vous le saurez quand même.
- Quand on dit "l'île" de Hong Kong, c'est pas genre une île perdue au fin fond de l'océan... Elle est en réalité située à moins de 1000 mètres des côtes chinoises ! On comprend la panique qui se saisit des autorités chinoises quand elles virent les Anglais s'emparer de l'île...
En août 1842, c'est (presque) la fin. Les Anglais remontent le fleuve Yangzi Jiang jusqu’à Nankin, la capitale du Sud. L’Empereur est acculé et n'a plus d'autre choix que de signer le Traité de Nankin (1842), aux clauses catastrophiques pour son pays :
– la cession de l’île de Hong Kong aux Anglais (qui la gardèrent plus de 150 ans, ne la rendant qu'en 199710…)
- 5 ports sont ouverts : Xiamen, Canton, Fuzhou, Ningbo et Shanghai. Les Britanniques ont maintenant le droit de s'y installer.
- des indemnités et remboursements ÉNORMES : 21 millions de dollars d’argent11.
- avec les accords complémentaires de 1843, si un Britannique est responsable d'un crime sur le territoire chinois, c'est le droit britannique qui lui sera appliqué
- et autres trucs du genre qui piétinent totalement la souveraineté chinoise. "Vae victis !" aurait crié Brennus...

Étonnamment, le commerce de l'opium n'est pas pour autant légalisé dans le traité ! Il demeure donc, en toute logique, illégal.
En 1856, les Britanniques lanceront une nouvelle guerre contre la Chine. La deuxième guerre de l'opium durera quatre ans et se soldera par un nouvel échec cuisant12.
Ce n'est donc pas pour rien que la période 1839-1949 est, aujourd'hui encore, surnommée le "siècle de la honte" par les Chinois...
Notes
- Les 56 km² désignent l’ensemble funéraire : tertre, fosses, tombes annexes et vestiges architecturaux. L’UNESCO recense près de deux cents fosses d’accompagnement et plus de six cents sites ou vestiges dans cet ensemble. Les milliers de figures militaires ne constituent donc qu’une partie d’une véritable cour impériale destinée à l’au-delà.↩ Retour au texte
- L’expression chinoise Zhongguo, souvent rendue par « pays du Milieu », est bien antérieure à l’empire unifié. Elle figure dans l’inscription du vase rituel He zun, datant du début des Zhou occidentaux, environ mille ans avant notre ère. Son sens territorial a évolué : cette attestation ne désigne pas encore l’État chinois dans ses frontières actuelles.↩ Retour au texte
- Le liang, souvent appelé taël dans les sources européennes, est une unité de poids et de compte de l’argent. Les sapèques servent surtout aux transactions quotidiennes. Lorsque davantage de cuivre est nécessaire pour obtenir la même quantité d’argent, les contribuables payés en cuivre peinent à acquitter les impôts calculés en argent : la charge peut croître sans modification du taux nominal.↩ Retour au texte
- Les effets recherchés ne résument pas ceux du produit. Les opioïdes issus du pavot ont des effets antalgiques et sédatifs, mais leur usage répété peut entraîner dépendance et tolérance. Leur action sur la respiration explique aussi le danger des surdoses. Les couchettes des fumeries ne doivent donc pas faire imaginer une consommation sans risque.↩ Retour au texte
- L’interdiction de 1729 concerne notamment le madak, mélange d’opium et de tabac fumé à des fins récréatives. Une étude doctorale de l’université de Warwick rappelle qu’un usage pharmaceutique de l’opium reste alors admis. Les interdictions ultérieures se durcissent : il faut distinguer les usages médicinaux, les préparations fumées et les règles d’importation plutôt que leur attribuer une seule date.↩ Retour au texte
- La Compagnie des Indes vend l’opium produit en Inde à des négociants privés, qui l’introduisent en contrebande en Chine. L’argent obtenu permet ensuite de financer l’achat de thé destiné au marché britannique. Son monopole du commerce avec la Chine prend fin en 1834 ; son rôle dans la production indienne subsiste. La Compagnie, les trafiquants et le gouvernement britannique sont donc des acteurs liés, mais distincts.↩ Retour au texte
- En 1839, Lin Zexu adresse à la reine Victoria une lettre qui oppose les marchandises chinoises exportées vers l’Europe au poison apporté en retour. Le texte est un plaidoyer moral et diplomatique contre le trafic, non un constat neutre. Sa réception personnelle par Victoria n’est pas établie ; l’UCLA rappelle que la plupart des spécialistes doutent qu’elle lui soit parvenue.↩ Retour au texte
- À Humen, en juin 1839, l’opium est brisé puis traité dans de grandes fosses avec de l’eau, du sel et de la chaux, avant évacuation vers la mer. Il n’est donc pas simplement brûlé. Charles Elliot avait pris en charge les stocks des négociants au nom du gouvernement britannique : ce transfert permet ensuite à Londres d’en réclamer l’indemnisation.↩ Retour au texte
- Le Nemesis illustre l’avantage technique britannique : ce vapeur à roues et à coque de fer participe aux opérations de janvier 1841 près de Canton. Son commandant William Hutcheon Hall avait étudié les machines à vapeur avant la guerre. Ce bâtiment célèbre ne doit toutefois pas faire imaginer que toute la flotte britannique possède déjà une coque métallique.↩ Retour au texte
- Le territoire de Hong Kong se constitue par étapes : l’île est cédée en 1842, une partie de Kowloon en 1860, puis les Nouveaux Territoires sont loués pour quatre-vingt-dix-neuf ans en 1898. L’échéance de ce dernier bail explique le calendrier de 1997 ; l’île elle-même n’avait pas été simplement louée pour cette durée.↩ Retour au texte
- Les articles IV à VII du traité répartissent les vingt et un millions de dollars en trois postes : six millions pour l’opium livré en 1839, trois millions pour des dettes de marchands hong insolvables et douze millions pour les frais de guerre. Le paiement doit s’échelonner jusqu’en 1845. L’opium figure donc bien dans le texte, même si son commerce n’y est pas légalisé.↩ Retour au texte
- L’incident de l’Arrow, navire chinois enregistré à Hong Kong, sert de déclencheur à l’intervention britannique de 1856. La France rejoint ensuite l’expédition, invoquant notamment la mort d’un missionnaire. Le conflit se termine en 1860 après la prise de Pékin ; l’incendie du palais d’Été fait partie des violences de cette campagne. Il dépasse donc largement une opposition entre Londres et Canton.↩ Retour au texte




en principe, j' ai bien remis en mode public....... voyez aussi mon lien sur mon commentaire Facebook, j' espère que ça va marcher !!
Mouahahah!
Encore un pan inconnu de l'histoire pour moi, que je découvre en riant.
Toujours au top ;)
Cette ''Histoire'' me laisse perplexe. Je ne suis pas étonné par les agissements de la ''Perfide Albion'' car ils ont toujours été ce qu'ils sont encore aujourd'hui (voir le ''Brexit'') ! Est-ce une maladie due au fait d'être une ''grande île'' qui a toujours fait partie de l'Europe mais qui voudrait un statut à part ? Je n'en sais rien mais je compare un peu avec l'attitude des Corses que j'aime pourtant beaucoup ! L'opium, est une calamité ! Pourtant il fait partie de l'un de mes médicaments que je dois prendre à vie et je m'en trouve très bien !! Pour précision, il comporte, entre autre, 300 mg de paracetamol, 40 mg de caféine et seulement 10 mg d'opium ! Par contre, apprendre que le tombeau de Qin Shi Huang, avec ses 7000 soldats de terre cuite, fait 56 Km² m'a laissé stupéfait ! Alors, je réfléchis...
Bonsoir Eurosix, ça m'a surpris aussi quand je l'ai appris ! Mais le site de l'UNESCO est formel...
http://whc.unesco.org/fr/list/441/
il faut aussi préciser qu' on doit bien différencier le tombeau de l' empereur, non encore fouillé à ce jour, de " l' armée enterrée de terre cuite", qui se situe à 1500 m du tombeau, et comprend 7 fosses dispersées....... Celle qui se visite, qui révèle 6 à 7000 statues de guerriers, n' est que la fosse n°1..... le reste des fosses est encore à l' étude.....
"La tombe elle-même se trouve à environ 1,5 kilomètre à l'ouest de l'armée enterrée. Elle est enfouie sous une pyramide de terre de 75 m à 115 m de haut selon les sources, et d'environ 350 mètres de côté. Ce tumulus couvre une superficie de plus de 12 hectares. Il est protégé par deux enceintes périphériques rectangulaires. Le périmètre de l'enceinte extérieure mesure environ 6 km, pour une superficie de plus de deux kilomètres carrés (d'après le plan sur le site de l'UNESCO).
Selon les sources historiques, la tombe contiendrait, outre le corps de l'empereur Qin Shi Huangdi, une reproduction de son empire, avec des rivières de mercure coulant éternellement, et un plafond constellé de perles, pour représenter la voûte étoilée. On dit aussi que la tombe de l'empereur contiendrait les tombes de 48 concubinesN 3, enterrées vivantes avec lui. Deux chariots de bronze somptueux ont déjà été déterrés près du tumulus contenant la tombe6.
La tombe elle-même n'a pas encore été fouillée. L'État souhaite en effet attendre le développement de technologies qui garantissent que le contenu, en particulier la momie de l'empereur, ne subira aucun dommage. De plus, les archéologues cherchent à s'assurer que les pièges et les trappes équipées d'arbalètes, installées, pense-t-on, par l'empereur pour protéger sa dépouille des pillards, ne constituent pas un danger.............
Les fosses et l'« armée enterrée »
La fosse no 1, qui fait 230 m de long sur 62 m de large14, renferme l'armée principale avec plus de 6 000 guerriers de terre cuite (taille légèrement plus grande que nature et fonction de leurs grades), et deux modèles réduits (à l'échelle 1/2) de chars en bronze doré, peint et laqué. On y a trouvé aussi une fosse contenant du foin, pour les chevaux et des animaux rares (certains inhumés dans des cercueils de terre cuite) et six cents à sept cents chevaux des écuries impériales, sacrifiés, sous l'œil de leurs palefreniers de terre cuite15. La fosse no 1 comporte 11 couloirs, qui ont en majorité plus de 3 m de largeur et sont pavés de petites briques et couverts d'un plafond de bois porté par des piliers et des poutres. Les plafonds en bois étaient couverts de claies de roseau et de couches d'argile pour l'étanchéité puis chargés d'une couche de terre de façon à ce qu'ils dépassent de 2 ou 3 m le niveau du sol16. Selon des estimations officielles, à la date de 2012, il resterait encore 6 000 statues de guerriers et de chevaux à déterrer dans la seule fosse no 117.
La fosse no 2 renferme 1 400 sujets : cavaliers à côté de leurs chevaux, et fantassins : « l’armée de gauche ».
La fosse no 3 contient 68 soldats, un char et quatre chevaux : le poste de commandement avec ses officiers de haut rang.
La 4e, vide, prévue pour l’ « armée du centre », n’aurait pas été terminée.
La 5e renfermait des sculptures de pierre calcaire : armures (les plaques d’armure étant retenues par des fils de cuivre), casques, un caparaçon et un harnais. Au sud, une fosse de 48 × 12 m contenait dans trois cellules des sabots de chevaux en bronze et un énorme vase à trois pieds (zhan).
La fosse 6 contenait plusieurs personnages de terre cuite et les os d’une vingtaine de chevaux immolés.
La fosse 7 renfermait des personnages dans des poses diverses et difficilement identifiables, certains semblent ramer, d’autres pêcher, ainsi que de splendides bronzes, grandeur nature, d’oiseaux aquatiques.
Enfin une autre fosse, en forme de caractère zhong, contenait des chevaux et des personnages dont 8 en costumes qui pourraient représenter des fonctionnaires civils 18.
Certains des personnages retrouvés dans les fosses 1 et 2 présentaient des traces d’incendie. En outre, on y a trouvé des solives de plafond brûlées19, ce qui, joint à l’absence d’armes, est interprété comme étant le résultat du pillage par Xiang Yu et de l’incendie qui s’ensuivit. Celui-ci aurait entraîné l’effondrement des toitures et l’écrasement des personnages en terre cuite. Ceux qui sont exposés actuellement sont en fait remontés à partir des morceaux retrouvés sur place.........."
Autant dire qu' en fait, c' est encore plus gigantesque que ce que vous dites...........
ça laisse rêveur , hein ?? :)