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Alboin, le roi qui transformait les crânes en coupes de vin... mais qui tomba sur un os

Une sombre histoire de crâne transformé en coupe de vin nous propulse en des temps très reculés... Nous sommes en l'an de grâce 560. L'Empire romain d'Occident s'est effondré un siècle plus tôt, laissant les royaumes dits…

Une sombre histoire de crâne transformé en coupe de vin nous propulse en des temps très reculés...

Nous sommes en l'an de grâce 560. L'Empire romain d'Occident s'est effondré un siècle plus tôt, laissant les royaumes dits "barbares" s'entre-déchirer pour la conquête de nouveaux territoire.
Le nord de l'Italie, notamment, est très convoité.

Petit contexte historique

Odoacre, l'homme fort d'Italie qui déposa le dernier empereur romain d'Occident Romulus Augustule en 476, se fait assassiner 20 ans plus tard par les Ostrogoths de Théodoric envoyés par l'empereur byzantin Zénon.
Officiellement reconnu "roi d'Italie" par Zénon, Théodoric tente tant bien que mal d'être un bon roi pour ses sujets, tentant de faire cohabiter les Italiens de souche avec son propre peuple. Ce "dualisme" entre Romains et Goths ne dure qu'un temps et, à vouloir contenter tout le monde, Théodoric finit par ne plus contenter personne. À sa mort, en 526, l'empire ostrogothique est en pleine crise.

C'est le moment que choisit Justinien, nouvel empereur byzantin, pour partir à la reconquête de l'Italie. L'opération est un succès... mais un succès qui lui coûte très cher : vingt années d'une guerre terrible laissant le pays totalement ruiné. L'Histoire se rappellera de ce conflit sous le nom de Guerre des Goths (535-555).

Les Lombards, peuple à la frontière Nord-Est de l'Italie, sentent qu'ils ont un coup à jouer : les Romains exsangues, c'est peut-être l'occasion de se faire une place sous le soleil italien...
Mais avant ça, ils doivent s'occuper d'un autre voisin qui leur tape sur le système : les Gépides.

Lombards vs. Gépides : le combat du siècle

Installés depuis plusieurs décennies à la frontière Nord-Est de l'Italie, les Lombards sont en conflit avec leur voisin, les Gépides.
Qui étaient les Gépides ? Oh, c'est très simple, il n'y a qu'à questionner Wikipedia à ce sujet :
Les Gépides sont un peuple germanique du rameau ostique installé en basse Vistule, puis dans le bassin des Carpates durant le Haut Moyen Âge.

Ne nous voilà guère plus avancés... Mais nous retiendrons surtout que les Gépides étaient autrefois alliés aux Huns d'Attila qui mirent l'Europe à feu et à sang dans les années 450 et que, pour de sombres querelles territoriales, les Lombards et les Gépides ne s'aiment pas. Mais alors, pas du tout.

Et ne pas s'aimer, c'est une raison souvent bien suffisante pour partir en guerre.

Les Lombards, menés par leur roi Alboin, s'allient avec l'empereur byzantin pour obtenir une victoire beaucoup plus facile. La stratégie marche au-delà de leur espérance : plus qu'une victoire, c'est un véritable génocide. En 567, des dizaine de milliers de Gépides sont massacrés ou réduits en esclavage et leur roi, un certain Cunimond, est tué sur le champ de bataille.

Quelques survivants parviendront bien à s'enfuir et à fonder de petites communautés éparpillées aux quatre coins de la Transylvanie, mais on perd totalement la trace du peuple gépide quelques décennies plus tard.

Ce qui distingue le conflit Lombardo-Gépide parmi le flot incessant de guerres à cette époque, c'est la cruauté dont fait part Alboin, le roi lombard. Selon une légende tenace, il aurait décapité le corps de Cunimond et gardé son crâne en guise de trophée. Quant à la princesse Rosemonde, la fille de Cunimond, il la force à se marier avec lui. Elle accepte péniblement et tente, pour survivre, de cacher la haine qu'elle voue à son nouveau mari.

Les mois passent...

Alboin continue sa politique guerrière et se retourne contre son ancien allié byzantin. Son véritable objectif, c'est bien l'Italie, les Gépides n'étant qu'un obstacle sur sa route.

Nous l'avons vu, la guerre des Goths a considérablement affaibli l'Italie. Certes, le puissant empereur byzantin a réussi à réaffirmer son pouvoir sur la péninsule, mais sa domination y est très fragile : le pays est exsangue, ses habitants ruinés, son armée épuisée.
C'est dans ce contexte qu'Alboin fait migrer tout son peuple vers les terres fertiles de la plaine du Pô, le lundi de Pâque de l'an 568. N'allons pas jusqu'à dire que sa campagne militaire est une promenade de santé, mais en tout cas elle y ressemble fortement. Les habitants, usés par des renversements successifs de pouvoir, semblent résigner. Que ce soient les Lombards ou un autre, ma foi,...

Ravenne et Rome lui résistant, il installe la capitale de son nouveau royaume à Vérone.

La vengeance est un plat qui se mange froid

Alboin exulte ! Toutes les conquêtes militaires qu'il a entreprises se sont soldées par de brillantes victoires. Surtout, il vient d'offrir à son peuple un nouveau territoire qui leur permet d'envisager l'avenir sereinement.

Pour fêter l'événement, Alboin organise un banquet en son nouveau palais de Vérone. Pour l'occasion, il ressort le crâne de Cunimond, soigneusement mis de côté, et demande à ce qu'on le transforme en coupe à boire. Il force ensuite son épouse à boire le vin de la victoire dans le crâne de son propre père...

Rosemonde ne subira pas beaucoup plus longtemps les excentricités de son mari. Quelques mois plus tard, en 572, elle le fait assassiner pendant sa sieste.

Alors, cette histoire de crâne, légende ou vérité historique ? Difficile de trancher définitivement... Ce qui est sûr, c'est que le fameux crâne de Cunimond refait surface près de 150 ans plus tard, vers 788, dans l'ouvrage Historia Langobardorum (Histoire des Lombards) de Paul Diacre, un des principaux chroniqueurs de cette époque. L'auteur affirme avoir vu le crâne de ses propres yeux :

"Et comme cela pourrait paraître impossible, moi disant la vérité dans le Christ, j'atteste que j'ai vu cette coupe à un certain jour de fête, entre les mains de Ratchis qui la montrait à ses convives."
(texte intégral)

Paul Diacre étant moine bénédictin, et son travail étant par ailleurs digne de confiance, difficile de remettre sa parole en doute quand il jure sur le Christ...

Malgré tout, il y a dans cette histoire beaucoup d'éléments qui semblent tirés par les cheveux...

Probabilité de véracité de cette légende : 50%

Ah tiens, ça me fait penser... Il faudra sans doute que je vous parle un jour de Zénon, cet empereur byzantin qui fut, dit-on, enterré vivant par sa propre épouse... Une sombre histoire de vengeance, là encore !

LA CONVERSATION CONTINUE

Vos commentaires.

6 commentaires
Persee

Y'a pas, a l'époque, un guerrier ça avait de la gueule !

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