
QUI SUIS-JE ?
(Version longue)
Laissez-moi me présenter :
Je m’inscris dans la continuité d’une large esplanade et mène le passant vers une avenue prestigieuse.
Mon unique arche de 107 mètres de long franchit la Seine sans aucun autre point d’appui1. Avec mes 40 mètres, je suis un des ponts les plus larges de Paris.
Je suis en acier et fais partie des grandes constructions d’architecture métallique de mon époque.
La longueur de mon "tablier" (plate-forme intégrale) atteint 160 mètres.
Avec une décoration parfois un peu exubérante, je suis un des derniers témoins de "la Belle Époque" (style Beaux-Arts) :
- Chacune de mes entrées nord et sud est surveillée par 2 groupes de lions, chacun conduit par un enfant.
- Quatre pylônes de 17 mètres de haut encadrent les entrées de ma structure. À leurs sommets, quatre statues en bronze doré attirent immanquablement votre regard : ce sont les "Renommées" (figures allégoriques ailées personnifiant la reconnaissance publique ou sociale et qui divulguent les secrets des mortels). Elles tentent de retenir Pégase, cheval ailé au service de Zeus et compagnon ou monture de la Renommée. Elles symbolisent ici les Arts, les Sciences2, le combat et la guerre.
- Quatre statues à la base de mes pylônes symbolisent la France à quatre époques : Moyen Âge (Charlemagne), Renaissance, sous Louis XIV et la France contemporaine de ma construction.
- Trente-deux candélabres en bronze (seize de chaque côté) m’illuminent le soir.
- Des Amours entourés de guirlandes dansent autour des quatre principaux candélabres à mes extrémités.
- Quatre gracieux génies des eaux vous attendent sur mon parapet au pied de chaque pylône : la Néréide, l’enfant au dauphin avec son trident, la fillette à la coquille et l’enfant au crabe et poisson fantastique.
- En mon centre, des Nymphes tournent leur visage vers la Seine, symbolisant les rivières des deux pays alliés à l’origine de ma naissance3.
- Mes faces tournées vers le fleuve sont également d’une grande richesse sculpturale et décorative que malheureusement vous ne pouvez voir qu’en bateau.
Ma double symétrie est/ouest et nord/sud me donne un aspect grandiose et équilibré.
Nous pourrions encore passer beaucoup de temps ensemble, car je n’ai pas pu tout vous expliquer tant je suis riche d’ornements et de symboles. Mais j’ai peur de lasser votre attention par un discours trop long... et vous en savez déjà largement assez pour trouver mon identité !
Un dernier point : je fus classé "Monument Historique" en avril 1975 et restauré en couleur grise originale en 19984.
LA SOLUTION !
Je suis, je suis, je suis... le pont Alexandre III, bien sûr !
Je relie les Invalides aux Grand et Petit Palais puis aux Champs-Élysées.
C’est le Tsar Nicolas II qui posa ma première pierre en octobre 1896 et le nom de son père Alexandre III, qui avait engagé l’alliance avec la France dès 18915, me fut donné.
Mon inauguration fut faite par le Président Émile LOUBET en avril 1900 en même temps que l’ouverture de la cinquième exposition universelle6.
En réciprocité, un Pont de la Trinité a été construit sur la Néva à Saint-Pétersbourg. Il vit sa première pierre posée par le Président Félix Faure et le Tsar Nicolas II en août 1897, et fut inauguré en 1903.

Des anecdotes avant de nous quitter !
J’ai abrité une boîte de nuit sur ma rive droite de la fin 2006 à février 2017 : le Showcase, aménagé dans un hangar à bateau désaffecté. Comme quoi le moderne et l’ancien peuvent se marier de façon inattendue !
En mars 2013, des trafiquants de métaux me dépouillèrent de 2 plaques de bronze sculptées. L’art n’arrête pas les malfrats7...
Le 27 juillet 2016, la presse annonce qu’une statue d’un de mes piliers a perdu un bras... Sans doute les bras lui en sont-ils tombés, mais avec du retard !
Pour ceux qui en veulent toujours plus
Je vous conseille fortement cet excellent blog tenu par une amoureuse de Paris, où vous découvrirez de nombreuses et très belles photos de moi : maplumefeedansparis.com
Notes
- L’ouvrage doit ménager la vue vers les Invalides tout en laissant passer les bateaux. Sa faible hauteur impose donc un arc très aplati, qui exerce une forte poussée sur les rives. La fiche de l’Association française de génie civil décrit quinze arcs en acier moulé à trois articulations, appuyés sur d’importantes culées. Celles-ci ont été fondées grâce à des caissons à air comprimé.↩ Retour au texte
- Les deux groupes de la rive droite sont dus à Emmanuel Frémiet : la Renommée des Arts et celle des Sciences, identifiées ainsi dans les collections photographiques du ministère de la Culture. Les désignations des groupes de la rive gauche varient selon les publications : Combat et Guerre, mais aussi Commerce et Industrie. Cette variation de vocabulaire ne doit pas faire apparaître une cinquième statue.↩ Retour au texte
- Ces groupes de Georges Récipon associent les nymphes de la Seine aux armes de Paris, en amont, et celles de la Néva aux armes de la Russie, en aval. L’AFGC les décrit comme des sculptures en cuivre martelé : tout le décor métallique du pont n’est donc pas en bronze, malgré une apparence qui peut le laisser penser.↩ Retour au texte
- Le classement est précisément daté du 29 avril 1975 dans la base Mérimée du ministère de la Culture. La remise en couleur grise intervient en 1998, après plusieurs changements de teinte. Classement juridique et restauration matérielle constituent ainsi deux étapes distinctes de la conservation du pont.↩ Retour au texte
- L’alliance se forme par étapes : accord politique en 1891, convention militaire en 1892, puis ratification russe à la fin de 1893 et française au début de 1894. Ce rapprochement permet à la République française de sortir de son isolement diplomatique face à l’Allemagne, malgré la différence de régime avec l’autocratie des tsars. Le pont transforme cette alliance stratégique en un monument visible au cœur de Paris.↩ Retour au texte
- Il s’agit de la cinquième Exposition universelle organisée à Paris, après celles de 1855, 1867, 1878 et 1889. L’inscription d’un pylône rappelle la double cérémonie du 14 avril 1900 : Émile Loubet ouvre l’Exposition et inaugure le pont. Celui-ci prolonge l’esplanade des Invalides vers les nouveaux Grand et Petit Palais ; l’ensemble est conçu comme un parcours monumental.↩ Retour au texte
- La conservation du décor exige parfois un travail proche de la carrosserie. En septembre 2018, l’entreprise Métafer intervient sur les Nymphes de la Néva pour le compte des Ateliers Tollis : des parties de cuivre abîmées sont découpées, remplacées, martelées puis brasées sur place. Son compte rendu mentionne les effets du temps, mais aussi des chocs et des tentatives d’arrachement.↩ Retour au texte




Ce pont est vraiment très beau, la vue sur la Tour eiffel avec l'ange en premier plan est une obligation syndicale pour tous les touristes de passage à Paris...
J'apprécie le style et je loue le travail de recherches derrière, mais les monuments parisiens ne me passionent pas pour la simple raison que je n'y mettrai certainement jamais les pieds...
Déjà quatre monuments sur Paris, un peu pour la province, diantre !
Le raisonnement "je n'irai jamais donc ça ne m'intéresse pas" est vraiment limite... Que vous y alliez ou non, que vous y viviez ou non, Paris est une des villes les plus visitées au monde, qui a le rayonnement culturel le plus important, etc...
Donc c'est normal qu'on en parle... Après vous êtes pas obligés de le lire
Vos petites ballades parisiennes sont toujours un plaisir à lire... Elles m'ont permis de re-découvrir la Tour Saint Jacques, la fontaine Saint Michel et, maintenant, le pont Alexandre !
J'aime beaucoup les choses "cachées", ou plutôt les choses que sont visibles par tous mais qui ne dévoilent leur sens qu'aux seuls "initiés"...
Oui, j'adore, j'en veux encore !!!