
Tout le monde connaît la fête de la Toussaint (1er novembre), généralement confondue avec le jour des Morts (2 novembre), puisque c’est à la Toussaint que les cimetières sont envahis. Eh oui, alors que la Toussaint est un jour férié, généralement chômé, le jour des Morts, lui, ne l'est pas !
Essayons d'y voir plus clair...
La Toussaint en deux mots
La Toussaint est célébrée chez nous le 1er novembre, mais le premier dimanche après la Pentecôte par les Orthodoxes et les catholiques de tradition byzantine. Elle honore tous les saints connus et inconnus, canonisés ou non1.
(il ne faut oublier personne y compris les illustres saints inconnus du Paradis !)
La Toussaint est ainsi censée rappeler à tous les fidèles qu’ils ont vocation à la sainteté. L'Évangile des Béatitudes lu ce jour-là à la messe rappelle les bases de cette sainteté.

La Toussaint est donc une fête "joyeuse" (oui, oui !), celle de la "Communion des Saints", c’est-à-dire de tous les hommes réunis en Dieu par la foi, qu’ils soient vivants ou morts.
ORIGINE : la fête des Martyrs
Dès le IIème siècle2, les Chrétiens ont commencé à honorer ceux qui sont morts en martyrs pour leur foi, censés avoir déjà rejoint le Christ en Paradis. Dans le même temps, ils se sont mis à les prier pour qu'ils intercèdent auprès du Christ afin d’obtenir la satisfaction de leurs vœux sur terre.
(donnant / donnant !!)
L’Eglise d’Orient décide au IVème siècle de fêter ses martyrs le premier dimanche après la Pentecôte. En Occident, une célébration collective des martyrs est liée à la dédicace du Panthéon par le pape Boniface IV, le 13 mai 6093. Vous connaissez le Panthéon, ce magnifique édifice reconstruit au cœur de Rome au IIe siècle de notre ère dédié à toutes les divinités de la religion antique ? Par un tour de passe-passe, Boniface balaya les anciens Dieux pour y substituer Marie et tous les martyrs. Le Panthéon devint sépulture des martyrs chrétiens et sera désormais appelé "Sainte-Marie aux Martyrs".

Le 1er novembre : la Toussaint
Les pèlerins arrivèrent alors en foule au pied du Panthéon. Pardon. Au pied de Sainte-Marie aux Martyrs.
(c'est dur de s'y faire)
Au VIIIème siècle, le pape Grégoire III dédia une chapelle à tous les saints. Le choix du 1er novembre aurait permis, selon une explication avancée, aux pèlerins de se nourrir correctement, les vendanges et moissons étant faites. Il est possible également que cette date ait été retenue pour s’ajuster sur une pratique déjà existante en Irlande où les moines auraient bâti un rituel catholique sur les bases d’une ancienne fête religieuse qui marquait le début de la "saison sombre" début novembre (la fête du Samain). Des coutumes de déguisements et de lumières se sont mêlées aux célébrations chrétiennes au fil des siècles... Halloween pourrait avoir la même origine4.
Par la même occasion, le pape consacra cette célébration à la mémoire de tous les saints, et non plus seulement à celle des seuls martyrs chrétiens.
Enfin, en 835, l’empereur Louis le Pieux, sur le conseil du pape Grégoire IV, étendit cette date à l’Empire carolingien.
La Toussaint est donc une fête instituée par l’Église, sans date prescrite dans le Nouveau Testament !
Le 2 novembre : le jour des Morts
De façon assez logique, la célébration de la Toussaint fut suivie d’un office pour tous les défunts. En effet, si l’on priait tous les saints connus et inconnus, il ne fallait pas non plus oublier tous les fidèles défunts qui ne bénéficiaient d’aucune prière ni aumône pour leur salut !
Ainsi durant l’abbatiat d’Odilon (994-1049), une fête des Trépassés fut initiée par les moines de Cluny. Au Moyen Âge, les monastères utilisaient les "rouleaux des Morts", sorte de longs parchemins sur lesquels étaient inscrits le nom du religieux décédé ainsi qu'un hommage rendu par ses frères. Le parchemin circulait ensuite à travers le pays, d'abbayes en monastères, de couvents en églises. Chacun inscrivait un petit mot à la mémoire du frère disparu... Le rouleau pouvait prendre des dimensions gigantesques : citons par exemple celui de Saint Vital, abbé de Savigny, qui atteignit 9,5 mètres de long5!

La prière pour les défunts fut élargie par Odilon, l’abbé de Cluny de 994 à 1049, qui voulait offrir des hommages funéraires à TOUS les défunts, afin d'intercéder en leur faveur et d’implorer pour eux la miséricorde divine. C'est dans cet esprit qu'il créa par décret la fête des Trépassés (aujourd'hui Jour des Morts), au lendemain de la Toussaint6. Mais ce n’est qu’au XIVe siècle qu’elle entra dans la liturgie de Rome.
Et aujourd'hui ?
L’Eglise prie pour l’ensemble des défunts et les fidèles demandent le salut pour les morts qui leur sont chers !
Toussaint et Jour des Morts sont aujourd'hui largement confondus, la faute sans doute au calendrier qui n'a rendu férié que le 1er novembre... À noter qu'en France, la fête de la Toussaint figure dans la liste des 11 jours fériés dans le Code du Travail, au même titre que Noël ou le lundi de Pâques. Elle n'est pas obligatoirement chômée (à la différence du 1er mai, sauf exceptions), mais le chômage est largement pratiqué par les entreprises.
Chandelles et bougies ont été pendant des siècles allumés dans les cimetières (et le sont encore dans certains lieux et pays) ce jour-là. Depuis le XIXème siècle, elles ont été souvent remplacées par le dépôt de fleurs (souvent des chrysanthèmes venus d’Asie et qui résistent bien aux intempéries) sur les tombes7. Lumières et fleurs symbolisent la vie après la mort et la mémoire des vivants pour leurs défunts.
Notes
- Dans la tradition byzantine, le dimanche de tous les saints suit la Pentecôte : la sainteté y apparaît comme un fruit de l’action de l’Esprit. Ce calendrier est notamment celui de l’Église orthodoxe et de l’Église gréco-catholique ukrainienne. « Catholique d’Orient » désigne cependant plusieurs traditions liturgiques, et pas un calendrier unique.↩ Retour au texte
- Le Martyre de Polycarpe, au chapitre 18, décrit la conservation des ossements du martyr et le rassemblement des fidèles à l’anniversaire de sa mort. Le récit présente cet anniversaire comme une naissance et comme un encouragement à imiter sa fidélité. C’est un témoignage ancien de commémoration locale, bien antérieur à l’établissement d’une fête commune à tous les saints.↩ Retour au texte
- L’inscription d’Agrippa sur la façade rappelle le premier édifice, élevé au Ier siècle avant notre ère. Elle ne date pas la rotonde actuelle : le monument a été reconstruit sous Hadrien, au début du IIe siècle. Sa transformation en église a contribué à sa conservation exceptionnelle. Sources : ministère italien de la Culture et basilique Sainte-Marie-aux-Martyrs.↩ Retour au texte
- Halloween signifie la veille de la Toussaint. La filiation avec Samain est souvent proposée, mais ne suffit pas à expliquer toutes les pratiques modernes. L’historien Michael Carter, pour English Heritage, rappelle aussi les traditions chrétiennes médiévales : prières pour les morts, dons de nourriture et quêtes de petits pains dits soul cakes. Plusieurs héritages ont ainsi pu se combiner, sans transmission simple et continue d’un rituel celtique inchangé.↩ Retour au texte
- Vital de Savigny meurt en 1122, plus de soixante-dix ans après Odilon. L’édition de son rouleau par Léopold Delisle rassemble 207 inscriptions recueillies en 1122-1123 dans des églises de France et d’Angleterre. Le document rend visible un réseau de solidarité et de prière entre communautés ; il montre aussi que la circulation des rouleaux n’a pas disparu avec la commémoration collective des défunts.↩ Retour au texte
- L’année 998 est traditionnellement retenue pour l’institution clunisienne du 2 novembre. La datation reste toutefois discutée : Dominique Iogna-Prat la situe dans les années 1030. Le Liber Tramitis, coutumier rédigé entre 1027 et 1033, décrit cette liturgie et les distributions aux pauvres qui l’accompagnent. Il s’agit d’abord d’une pratique du réseau clunisien, dont l’adoption ailleurs est progressive.↩ Retour au texte
- La Ville de Paris souligne le rôle des commémorations de 1919 dans l’association française entre chrysanthèmes et souvenir des morts : ces fleurs automnales furent utilisées pour les monuments de la Grande Guerre. Cet épisode a renforcé un usage funéraire, sans constituer l’origine de tout dépôt de fleurs sur les tombes. Leur floraison tardive explique aussi leur présence au début de novembre.↩ Retour au texte




Très interessant, comme toujours !
Par contre, le site n'est plus responsive, c'est devenu une galère pour lire depuis un portable...
Dans notre société de plus en plus individualiste, c'est bon de savoir que le respect de nos morts existe encore.
Meme si la jeune génération semble peu concernée par cette tradition.
Euh... Le texte sur les Béatitudes, c'est un peu de la m'a impulsion de masse, non ? En gros, ça dit aux gens de se réjouir d'être malheureux et pauvre sur terre, car ils trouveront grâce aux yeux de Dieu.
Pratique pour les "castes" dirigeantes (nobles, clergé) pour éviter toute révolte du petit peuple !
Non, j'ai rien dit, ça remarche bien... Peut-être un problème de mise en cache temporaire... L'essentiel est que ça remarche.
La bise
C'est une hérésie ce que vous écrivez !!! Les Béatitudes sont un texte biblique écrit par Mathieu sous l'inspiration divine.