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[2 minutes pour comprendre] Pâques, son origine, ses œufs, ses cloches...

Pâques célèbre la Résurrection du Christ. Elle est sans doute la fête la plus importante du christianisme. Ce qui est sûr en tout cas, c'est qu'elle est la plus ancienne : on célèbre ce moment depuis le IIe siècle, soit près de…

Pâques célèbre la Résurrection du Christ. Elle est sans doute la fête la plus importante du christianisme. Ce qui est sûr en tout cas, c'est qu'elle est la plus ancienne : on célèbre ce moment depuis le IIe siècle1, soit près de deux cents ans avant Noël...

Pourquoi "Pâques" prend un "s" ?

Cette graphie la distingue de la fête juive, la Pessa'h (ou Pâque en français). Les deux fêtes portent presque le même nom, mais elles ne commémorent pas le même événement : les Juifs ne fêtent évidemment pas la résurrection du Christ, mais l'Exode du peuple juif hors d'Égypte (Moïse, la mer Rouge qui s'ouvre en deux pour leur permettre de passer puis qui se referme sur les troupes armées de Pharaon, etc.)

Que la fête juive et chrétienne se chevauchent, par contre, ce n'est pas très étonnant... Tout simplement parce que si Jésus et ses apôtres sont réunis lors de la Cène, c'est, selon les Évangiles synoptiques, pour fêter la Pessa'h2...

Le jour même, Jésus se rendra au jardin de Gethsémani où il sera arrêté par des soldats et des gardes envoyés par les grands prêtres, selon l'évangile de Jean.

La fête de Pâques rappelle les événements centraux du récit chrétien : la Passion, la crucifixion et la Résurrection du Christ.

La Passion du Christ

Un petit mot sur la Passion, peut-être ? Il s'agit tout simplement des événements ayant précédé et accompagné la mort du Christ. Elle commence à partir de l'arrestation de Jésus, trahi par son disciple Judas, dans la nuit du jeudi au vendredi (juste après la Cène, donc, comme on vient de le voir). Elle se poursuit le lendemain, quand Jésus est présenté devant le préfet Ponce Pilate avant d'être condamné à mort puis crucifié le même jour sur le mont Golgotha.

Voilà, ces souffrances vécues par le Christ s'appellent très joliment la Passion. Symboliquement, elle est, pour les Chrétiens, l'occasion de réfléchir sur le sacrifice ultime que fit le Christ en rémission des péchés de l'humanité...

L'histoire aurait pu s'arrêter à la crucifixion du Christ... Mais non, évidemment.

Le miracle de la Résurrection

Selon Jean, alors qu’il est encore sur la croix, un soldat romain perce de sa lance le côté de Jésus, déjà mort...
(cette Sainte-Lance deviendra d'ailleurs elle-même une des reliques de la Passion du Christ)

Le corps de Jésus est ensuite décroché de la croix et porté dans un tombeau fermé par un lourd rocher.
(ce tombeau identifié par la tradition, que l'on nomme aujourd'hui le Saint-Sépulcre, est encore visible aujourd'hui dans l'Église du Saint-Sépulcre à Jérusalem3)

Deux jours après qu'il fut porté au tombeau, c'est-à-dire le troisième jour, la Résurrection a lieu selon les Évangiles : Jésus revient à la vie4, manifestant pour les chrétiens sa nature divine. "Le troisième jour"... C'est bien pour cette raison que les Chrétiens célèbrent la résurrection du Christ le dimanche de Pâques, soit deux jours après le Vendredi saint ! Le Vendredi saint marquant lui-même le jour de sa crucifixion...

Le Vendredi Saint est d'ailleurs férié dans un grand nombre de pays de tradition chrétienne (notamment en Allemagne et au Canada), mais pas dans le calendrier national français, avec une exception dans certaines communes d’Alsace-Moselle.

(peut-être tout simplement pour une raison pratique : rendre férié le Vendredi Saint ET le lundi de Pâques, cela signifie quatre jours consécutifs non travaillés... Pas bon pour l'économie !)

Et le lundi de Pâques, dans tout ça ?

Résumons : Le Christ se fait crucifier le Vendredi Saint, puis a lieu la Résurrection le Dimanche de Pâques.
Bien.

MAIS ALORS, QUE VIENT FAIRE LE LUNDI DE PÂQUES DANS CETTE HISTOIRE ????

Eh bien, pour fêter comme il se doit la Résurrection, et afin de la solenniser, le calendrier liturgique prévoit une Octave de Pâques, c'est-à-dire huit jours qui commencent avec la fête pascale, du dimanche de Pâques au dimanche suivant (aussi appelé le dimanche de Quasimodo5).
(un nom que Victor Hugo reprendra dans Notre-Dame de Paris6)
(en fait, l'expression quasimodo est formée à partir des premiers mots latins qui commencent l'introït de ce jour : "Quasi modo geniti infantes, alleluia : rationabile, sine dolo lac concupiscite" - "Comme des enfants nouveau-nés, alleluia : désirez ardemment le pur lait spirituel")
(mais depuis l'an 2000, le dimanche de Quasimodo est aussi appelé le dimanche de la divine Miséricorde)

Bien, revenons-en à notre octave. Pendant les huit jours de l’octave de Pâques, donc, chaque messe célèbre le jour de Pâques, histoire de bien marquer le coup.

De cette octave, on a surtout retenu le lundi de Pâques.
(Non mais oh ! Vous ne pensiez tout de même pas qu'on allait vous offrir une semaine entière de jours fériés !)

Les cloches, les œufs, les lapins, les poules... C'est quoi toute cette ménagerie ??!!

Avant de faire mes recherches, j'étais persuadé que la tradition des œufs de Pâques était purement commerciale.
(encore un coup du lobby des chocolatiers pour gonfler leur chiffre d'affaires !)

Mais en fait, non.

L'œuf de Pâques est bel et bien un symbole chrétien. Traditionnellement, c'était un vrai œuf dur que l'on décorait à la peinture7. Avec le temps, ces œufs ont été imités en sucre ou en chocolat.
Il faut le voir comme un cycle de vie. La poule pond l'œuf, de l'œuf naît la poule...
(mais cela ne nous dit toujours pas qui des deux est venu le premier)

Dans le christianisme, le poussin qui sort de l'œuf symbolise la résurrection du Christ et sa sortie du tombeau. Il paraîtrait même que la tradition de s'offrir des œufs remonte à l'Antiquité. Ça portait chance, et c'était un symbole de renouveau.

Et les cloches ? Tu les expliques comment, les cloches ?

Du Gloria du Jeudi saint à celui de la Vigile pascale, les cloches sont condamnées au silence, en signe de deuil. On n'y fait plus trop attention, aujourd'hui, surtout si on habite en ville. Mais dans une société très rurale où la vie était ponctuée par le tintement des cloches (souvenez-vous l'Angélus, par exemple), leur silence était... assourdissant.

Alors, pour expliquer l'absence des cloches pendant cette période, on racontait aux enfants que les cloches partaient à Rome8, où elles se faisaient bénir par le Pape avant de revenir.
(c'est pas beau de jouer avec la crédulité des enfants)

Dans la nuit du samedi au dimanche de Pâques, elles carillonnaient joyeusement pour annoncer la joie de la résurrection du Christ. Histoire de faire plaisir aux enfants, on leur racontait qu'elles revenaient chargées de bonbons, qu'elles déversaient dans les jardins... Et la chasse aux œufs de Pâques était lancée !

Voilà, je crois vous avoir tout dit sur Pâques et ses traditions... Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter de joyeuses fêtes pascales !

Notes

  1. Il s’agit ici de la fête annuelle. Les premières communautés chrétiennes célébraient déjà chaque dimanche la mort et la Résurrection du Christ. Le cycle pascal annuel se développe au IIe siècle, tandis que celui de Noël et de l’Épiphanie apparaît au IVe siècle... Le calendrier liturgique s’est construit au fil des siècles ! 
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  2. Matthieu, Marc et Luc présentent la Cène comme un repas pascal. Chez Jean, en revanche, les autorités n’ont pas encore mangé la Pâque lorsque Jésus est conduit devant Pilate ; sa mort survient le jour de la Préparation. 
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  3. Le sanctuaire ne date pas de la vie de Jésus : un premier ensemble monumental est édifié sous Constantin et inauguré en 335. Détruit et remanié à plusieurs reprises, il associe aujourd’hui les lieux traditionnellement identifiés au Calvaire et au tombeau.
    ↩ Retour au texte
  4. L’Ascension est une autre fête. Dans les Actes des Apôtres, Jésus apparaît à ses disciples pendant quarante jours après sa Passion, avant d’être élevé au ciel. La liturgie distingue ainsi le dimanche de Pâques et l’Ascension, célébrée au quarantième jour en comptant Pâques lui-même.
    ↩ Retour au texte
  5. Ce dimanche est aussi appelé in albis, en référence aux vêtements blancs des nouveaux baptisés. La nuit pascale était un moment privilégié pour le baptême ; les jours suivants prolongeaient l’entrée dans la communauté chrétienne. L’octave n’est donc pas seulement une fête prolongée, elle est aussi liée à l’initiation des nouveaux fidèles.
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  6. Dans le livre IV du roman, Claude Frollo recueille l’enfant le dimanche de Quasimodo. Le narrateur propose deux sens à ce nom : le souvenir du jour où il a été trouvé et une allusion à son apparence, comme celle d’un être à peine ébauché. Le jeu littéraire s’appuie donc sur une appellation liturgique déjà ancienne.
    ↩ Retour au texte
  7. Une explication souvent avancée relie ces dons aux restrictions alimentaires du Carême : les œufs, autrefois écartés de l’alimentation à cette période dans de nombreux usages chrétiens, revenaient sur les tables à Pâques. Cela aide à comprendre leur abondance à la fête, sans établir à soi seul une origine unique de toutes les coutumes européennes de l’œuf décoré.
    ↩ Retour au texte
  8. Le messager change suivant les régions : dans les traditions germaniques, un lièvre, puis un lapin de Pâques apporte les œufs. Cette coutume est également présente en Alsace. Cloches et lapin sont des personnages de récits populaires régionaux et n'apparaissent évidemment pas dans les Évangiles.
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LA CONVERSATION CONTINUE

Vos commentaires.

16 commentaires
missK

Il y a beaucoup de liens (je ne veux pas en mettre un en particulier je vous laisse le choix) sur Ostara et la christianisation de cette fête païenne. On y trouve l'origine du lapin et aussi des oeufs ...
Merci pour cet article, on ne savait pas pourquoi Vendredi Saint, et on trouve qu'il se serait passé quelque chose le samedi ça aurait été sympa aussi !! :D (enfin pour les travailleurs mosellans et alsaciens :P )

FREDI83

En réponse à un commentaire précédent

on trouve aussi ceci sur "histoire pour tous" :
Des cloches et des œufs
Pour ceux qui n’ont pas de culture religieuse Pâques est en premier lieu un jour férié et une fête où l’on mange du chocolat à volonté et sous diverses formes dont en particulier des cloches et des œufs. Ils ignorent parfois que même cette facette de la fête est profondément ancrée dans la tradition chrétienne. En effet la fête de Pâques marque la fin du carême, une période de quarante jours durant laquelle les Chrétiens ont jeûnés. Pâques marque donc la rupture d’un long jeûne et se concrétise par le retour de tous les produits gras et sucrés dont on s’était privé jusque là !
Quant aux œufs on suppose que fut un temps on mangeait à Pâques tous les œufs mis de côtés pendant le carême. La thématique est restée mais les œufs de poules sont devenus des œufs en chocolat !
Mais Pâques c’est aussi la fin de la semaine sainte durant laquelle les Chrétiens commémorent la Passion du Christ depuis l’entrée à Jérusalem (fête des Rameaux) jusqu’à ladite Résurrection. Or à partir du vendredi saint, qui rappelle la mort de Jésus, et jusqu’à Pâques l’Eglise est en deuil et les cloches ne sonnent plus. Le jour de Pâques les cloches donnent à nouveau : voilà pourquoi l’on parle du retour des cloches ! Pour de nombreux enfants les cloches qui étaient « parties » reviennent soudainement le même jour que les friandises d’où une imagerie populaire des cloches ailées déversant les œufs en chocolat dans les jardins !
Mais au final, bien que récupérés par une multitude d’enseignes agro-alimentaires inondant les rayons de supermarchés des semaines à l’avance, bien que parfois consommés sans conscience de leur origine, les cloches et les œufs en chocolat sont avant tout l’héritage de notre culture judéo-chrétienne !

Lecteur

En réponse à missK

l'Égypte antique est la source de toutes connaissances absolues confondues... faites vos recherches vous connaîtrez la vérité, trop de choses modifiées ou falsifiées qui en réalité viennent d'Afrique...

Benj

Merci pour cet article assez complet qui fait bien le tour de Pâques.
J'avais vaguement entendu des explications pour les oeufs et les cloches, mais là ça me semble plus clair !

isabelle

L'Eglise a tenté de donner une explication chrétienne à ces symboles de Pãques mais en réalité la fête de Pâques est en réalité une tradition basée sur d’antiques rites de fertilité. Passons en revue quelques-unes des caractéristiques de Pâques.
Lièvres et lapins : Ces symboles de fertilité « tirent leur origine de cérémonies et de symboles rattachés à d’anciennes fêtes païennes du printemps célébrées en Europe et au Moyen-Orient » (Encyclopædia Britannica).
Œufs : Selon un ouvrage, la chasse aux œufs (soi-disant déposés par le lapin de Pâques) « n’est pas simplement un jeu pour enfants, mais le vestige d’un rite de fertilité » (Funk & Wagnalls Standard Dictionary of Folklore, Mythology and Legend). Dans certaines cultures, on croyait que l’œuf de Pâques, tout décoré, « apportait, par magie, le bonheur, la prospérité, la santé et la protection » (Fêtes traditionnelles [angl.]).
Nouveaux habits : « On considérait qu’il était insolent, et donc que cela portait malheur, de saluer la déesse scandinave du Printemps, Eastre, vêtu autrement que d’un habit neuf » (Le grand livre des superstitions [angl.]).
Offices au lever du soleil : Ces offices se rattachent aux rites que pratiquaient dans l’Antiquité les adorateurs du soleil « lors de l’équinoxe de printemps [...] pour accueillir le soleil et son magnifique pouvoir de redonner vie à toute végétation » (Célébrations. Le grand livre des fêtes américaines [angl.]).
Son nom dans d’autres langues : Le nom français de cette fête laisse entendre qu’il s’agit d’une version christianisée de la Pâque juive. Mais on lit dans Le livre des superstitions. Mythes, croyances et légendes : « Le rite pascal a des antécédents païens : c’est Eastre, la déesse du Printemps et de la Renaissance de la nature des Saxons, qui a donné le mot Easter (Pâques en anglais) *. » Certains associent également ce nom anglais à Astarté, déesse phénicienne de la fertilité, ou encore à son équivalente babylonienne Ishtar.
Le Guide américain des fêtes (angl.) explique bien l’origine de Pâques : « Il ne fait aucun doute qu’à ses débuts, l’Église a adopté d’antiques coutumes païennes et leur a donné une signification chrétienne. »