La culture générale pour briller en société.
Curieux depuis 2012 0% publicité 100% passionnés
étale ta
culture.

Moins on en a…
plus on en découvre.

Surprends-moi
← Le saviez-vous?

Les Arabes arrêtés à Poitiers... Dommage ?

Comme tout bon français qui a été à l'école, vous savez que Charles Martel a arrêté les Arabes à Poitiers en 732. Votre professeur d'histoire vous a très certainement vanté les mérites de cette fameuse bataille de Poitiers...…

Comme tout bon français qui a été à l'école, vous savez que Charles Martel a arrêté les Arabes à Poitiers en 732.

Votre professeur d'histoire vous a très certainement vanté les mérites de cette fameuse bataille de Poitiers... Grâce à Charles Martel, nous avons échappé aux affreux Arabes. Quel soulagement ! Merci, Charles ! Sauf que... Vous vous en doutez, la réalité n'est pas aussi manichéenne... L'Islam du VIIè et VIIIè siècle est l'une civilisation brillante qui comprend les plus grands savants et poètes de l'époque. La ville de Bagdad est une vraie merveille, loin devant les villes crasseuses européennes.

Dans un manuel d'histoire de 1932 destiné aux écoliers (Petite Histoire du Peuple français, d'Henri Pomot et Henri Besseige - encore disponible dans certaines librairies en ligne), on trouve même cette étrange phrase :

Si les Arabes avaient été les plus forts, ils auraient rendus la France plus forte et plus riche. En effet, les Arabes étaient plus civilisés que les Francs d'alors.

Étonnant, n'est-ce pas ? Attention cependant, cette phrase, qui semble remplie de bon sens et d'honnêteté, est à replacer dans son contexte ! La France de 1932 est en pleine période coloniale et cherche une légitimité historique à ses agissements... En affirmant qu'il aurait été positif d'être colonisé par les Arabes au VIIIè siècle, la France d'entre-deux-guerres sous-entend qu'il est aujourd'hui légitime de coloniser l'Afrique !

Alors, si la France, tout comme l'Espagne, avait été colonisée par les Arabes, y aurait-elle gagné au change ? Probablement... Mais de telles uchronies sont difficiles à écrire. Une chose est sûre en tout cas, méfiez-vous des raccourcis des manuels d'Histoire ! Car l'Histoire a ceci de pratique qu'on peut lui faire dire - à peu près - ce que l'on veut...

LA CONVERSATION CONTINUE

Vos commentaires.

130 commentaires
Vava12

En réponse à un commentaire précédent

Parfois c'est bien aussi d'aiguiser la curiosité et de laisser le lecteur faire ses propres recherches! ;-)

Histomanie

En réponse à un commentaire précédent

Hé! A une époque, c'était mon rôle de servir de contradicteur dans les commentaires de ce blog! :razz:
Je suis content que la communauté s'enrichisse de personnes aussi intéressantes et cultivées!

Pervenche, c'est vrai que vos arguments sont convaincants, mais il faut admettre que vous avez l'esprit de contradiction avec ce pauvre Plantu qui n'a pas trop réussi à en placer une :smile:

Concernant Bouvines et Lépante, je suis plutôt d'accord avec lui.
Concernant Poitiers, je ne m'étais jamais posé la question, mais il faut admettre que ses contre-arguments valent la peine d'être étudiés et pas directement être classés sous la rubrique "négationnisme".

(terme mal choisi au passage car je rappelle que le négationnisme est utilisé exclusivement à propos de l'holocauste ou des génocides divers et variés (arméniens, Rwanda, Khmers,...) - fin de la parenthèse)

Pervenche

Merci de nous avoir lus avec cette attention !
On se sert souvent de l'histoire pour justifier une action présente ou un projet futur. Il n'y a rien de mal à "instrumentaliser l'histoire", comme disent ceux à qui telle ou telle utilisation de l'histoire ne convient pas… mais qui ne se gênent pas pour s'en servir eux-mêmes. Au fond, il n'y aurait guère d'histoire ni d'historiens si les puissants de ce monde n'en avaient pas eu besoin pour se justifier. C'est ensuite aux historiens d'expliquer aux puissants que, pour prendre de bonnes décisions, mieux vaut s'appuyer sur une histoire aussi consciencieusement écrite que possible et non sur des légendes complaisantes.
Or ces légendes complaisantes, que notre âge de progrès croyait reléguer dans un passé pré-scientifique, renaissent sans arrêt. Après le nationalisme romantico-révolutionnaire qui a abouti à 14-18, l'Eurocentrisme et j'en passe, on voit maintenant la bonne conscience Américaine, l'Afrocentrisme, la légende merveilleuse d'Al-Andalous et de sa tolérance idéalisée, qui complète une bonne conscience musulmane dont on ne peut avoir idée qu'en discutant longuement avec ceux qui en sont imprégnés.

Histomanie a raison de vouloir restreindre l'emploi de "négationnisme" à la négation des génocides (à la liste on pourrait ajouter celle des Ukrainiens sous Staline, l'Holodomor, qu'une historienne communiste française s'acharne à nier). Comme l'histoire sert souvent à justifier les actions présentes, ma véhémence est motivée par la crainte qu'une histoire erronnée, déformée, biaisée ne conduise à de nouveaux massacres. Les horreurs du 20e siècle s'estompent dans le passé, et les nouvelles générations en perdent peu à peu le sens.

PdV

"Instrumentaliser" l'Histoire, non je ne peux pas être d'accord avec ça.
Par honnêteté, il faut autant que possible se cantonner aux faits avec le plus d'objectivite possible. Un exercice périlleux, je le conçois, notamment pour des périodes comme celles-ci, les "historiens" de l'époque étant plutôt des chroniqueurs payés par un camp ou l'autre pour glorifier des faits d'armes ou au contraire noircir un ennemi.

C'est d'ailleurs particulièrement vrai pour les premiers empereurs romains, Tibere, Caligula ou même Neron qui, heureusement, sont réhabilités aujourd'hui par des historiens sérieux...

Quoi qu'il arrive, cet article relève de l'uchronie ("et si les Musulmans avaient envahi la France") et, comme toute uchronie, cela amène des débats sans fin...

Pervenche

En réponse à PdV

Il y a deux sortes d’uchronie :
- celle qui consiste à imaginer un passé impossible ("si Ramses II avait eu Internet"…). Ça relève du roman.
- celle qui reconstitue les divers scenarios qui étaient réellement envisagés à l'époque, "l'éventail des possibles". Imaginer « si les Musulmans avaient envahi la France » est réaliste, puisqu'ils avaient conquis l'Espagne et tenaient déjà une partie du Sud de la France. Tout comme imaginer la Grande Guerre si les Allemands avaient pris Verdun. Ce sont des moments de "bascule" ou deux issues sont également possibles.
On peut même dire que tout historien travaille en ayant à l'esprit ce genre d'alternatives. Car si, au contraire, tout était déterminé, il n'y aurait simplement aucun intérêt à faire de l'histoire !