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[Monuments du monde] Royale, mais sans roi ; 400 ans, mais sans rides

QUI SUIS-JE ? (Version longue) Rectangle de 140 x 127 mètres pour une surface de 18.000 mètres carrés, entouré de bâtiments à façades presque identiques, avec un jardin en son centre orné par la statue du roi Louis XIII, je suis…

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QUI SUIS-JE ?
(Version longue)
Rectangle de 140 x 127 mètres pour une surface de 18.000 mètres carrés, entouré de bâtiments à façades presque identiques, avec un jardin en son centre orné par la statue du roi Louis XIII, je suis la plus ancienne place royale de Paris1.
Mon Roi fondateur m’a voulue lieu de fêtes et de promenades pour les Parisiens, à l’écart de l’agitation de la ville.
Mes 36 pavillons : 9 par côté, intègrent au centre sud le Pavillon du Roi et au centre nord, celui de la Reine2, tous les deux surélevés par rapport aux autres, majesté oblige.
Ces pavillons sont en briques encadrées de pierres blanches et reposent sur une suite d’arcades formant galeries. J’y abrite des magasins, mais surtout les entrées des logements. Ils comprennent deux rangées de hautes fenêtres surmontées de combles recouverts d’ardoise.

Si je n’ai pas pris beaucoup de rides au travers des siècles et n'ai jamais été reconstruite, je dois reconnaître, noblesse oblige, que j’ai tout de même quelques défauts :
Observez-moi bien : vous remarquerez que si toutes les façades des pavillons se ressemblent, elles ne sont pas totalement identiques. Cela fait partie de ma coquetterie : elles n’ont pas toutes la même largeur qui peut varier jusqu’à 1,50 m pour une moyenne de 15 m, cela étant dû aux dimensions des terrains sur lesquels elles ont été bâties. De même les dimensions de mes arcades varient quelque peu.
Les fenêtres des combles ne sont pas toutes symétriques et peuvent varier selon les bâtiments.
Mes balcons peuvent couvrir une, deux, voire quatre fenêtres et comporter des ferronneries d’époques différentes.
Par endroits les briques sont des peintures sur plâtre en trompe-l’œil avec, en conséquence, une couleur quelque peu différente.

Parcourez-moi
 : Parcourir mes galeries va vous réserver quelques surprises !
Vous ne trouverez que 28 numéros pour les 36 pavillons (des numéros sont décalés du fait que certains hôtels particuliers se sont parfois étendus sur les pavillons voisins),
vous repérerez au n° 1 le Pavillon du Roi, comme il se doit, la figure de mon roi côté jardin et son monogramme côté rue, bien qu’il n’ait jamais occupé cet endroit,
à l’opposé au n° 28 (le dernier), le Pavillon de la Reine, un médaillon au-dessus de l’arcade centrale porte l’emblème de ma reine : le soleil,
l’aile nord (côté Pavillon de la Reine) laisse passer deux rues et se trouve séparée de l’ensemble des bâtiments. Elle déborde en fait ma place d’une rangée de fenêtres sur la gauche et de 3 rangées sur la droite. Un pavillon chevauchait la rue au nord-est ; son pendant à l’ouest ne fut jamais construit.

Tant de grands noms s’attachent à chacun de mes hôtels particuliers (dont vous ne voyez au final que les façades) que je n’en citerai que quelques-uns :
- au n° 1 bis à la droite du Pavillon de mon Roi, en le regardant depuis la place, naquit en 1626 la marquise de Sévigné qui y a écrit une partie de ses « Lettres »3,
- sur la gauche, côté pair, au n° 6, Victor Hugo se rappellera à votre bon souvenir, y ayant séjourné entre 1832 et 18484.
- l’actrice Rachel a habité au premier étage du n° 9 (1856-58) actuellement siège de l’Académie d’Architecture5,
- plus récemment, DSK a habité ici au n° 13 et Jack Lang, ancien ministre de la culture et initiateur de la fête de la musique, au n° 17.

Pour terminer cette rapide visite, j’ajouterai que j’abrite de nombreux appartements souvent très vastes, mais beaucoup ont été également morcelés en petits lots pour pouvoir être loués.
Si vous souhaitez me quitter de façon moins classique que vous n’êtes entré, filez sur le n° 7 : une porte vous mènera dans un jardin, arrière d’un Hôtel célèbre, celui de SULLY6, qui lui-même donne sur une rue très passante.

J’espère vous avoir donné envie de venir me rendre visite.

C'EST PAS FINI
Vous m’avez donc repérée ?
Non ? Alors je vous donne encore quelques précisions historiques :
Mon roi fondateur est bien évidemment Henri IV, ça vous vous en doutiez.
Je fus construite sur l’ancien emplacement de la "Maison Royale des Tournelles" où ont séjourné plusieurs rois de France7. Juste avant ma construction, mon terrain servait de marché aux chevaux et les parties boisées étaient un véritable repaire de brigands.
L’on profita de mon inauguration en avril 1612 sous le nom de « Place Royale » pour annoncer les fiançailles de Louis XIII avec Anne d’Autriche. Un grand carrousel, dit "des chevaliers de la gloire", y fut présenté8.
Dès cette époque, je fus fréquentée par l’aristocratie et la riche bourgeoisie, mais aussi par les voleurs et malfrats de tout genre. Je devins aussi un lieu de jeux d’argent et de prostitution.
J’ai vu édifier une première statue équestre de Louis XIII par Richelieu en 1639, mais celle-ci fut détruite à la Révolution. La statue actuelle date de 18299.
L’emblème du soleil au-dessus de l’arcade centrale du Pavillon de la Reine est celui des Médicis, Henri IV ayant épousé Marie de Médicis en seconde noces en 1600.
J’ai une "petite sœur", née en même temps que moi, à Charleville-Mézières dans les Ardennes : la place DUCALE10.

SOLUTION DE l'ÉNIGME
J’ai changé plusieurs fois de nom depuis ma naissance. Après avoir été baptisée "PLACE ROYALE" jusqu’à la Révolution et reçu quelques noms éphémères tels que "Place des Fédérés" et "Place de l’Indivisibilité", je suis devenue, mais oui, "PLACE DES VOSGES" en 1800, en l’honneur du département des Vosges qui fut le premier à avoir acquitté à ce moment-là ses contributions à l’État11. Ces deux noms alterneront en fonction des régimes en place et je redeviendrai finalement Place des Vosges en 1870.

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[Devinette proposée par un lecteur du site qui souhaite pour le moment rester anonyme… Merci à lui !]

Notes

  1. Le projet lancé sous Henri IV en 1605 associait d’abord une manufacture de soieries à des logements. La vocation résidentielle l’emporta : les maisons des ouvriers furent remplacées en 1607 par neuf pavillons. L’unité des façades conserve la trace de cette entreprise d’aménagement royal.
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  2. Ce nom ne signifie pas que la reine possédait l’édifice. Le pavillon septentrional, construit pour répondre au pavillon du Roi, n’appartenait pas à la Couronne : son appellation vient de cette symétrie architecturale.
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  3. Née Marie de Rabutin-Chantal en 1626, elle resta longtemps liée au Marais, où elle occupa plusieurs demeures. Elle s’installa à l’hôtel Carnavalet en 1677. Ce dernier logement, aujourd’hui musée de l’histoire de Paris, constitue donc une autre adresse majeure de sa vie parisienne.
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  4. Victor Hugo louait le deuxième étage de l’hôtel de Rohan-Guéménée, au numéro 6. Le parcours muséal actuel évoque les étapes de sa vie à partir de ses meubles et objets ; il ne faut pas le prendre pour un appartement demeuré intact depuis son départ.
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  5. L’hôtel de Chaulnes conserve notamment des décors de 1788, avec faux marbres et ornements de plâtre. L’Académie en acquit les locaux en 1967 et les fit restaurer entre 1967 et 1969 : derrière la façade régulière se trouve ainsi une histoire intérieure bien différente.
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  6. L’hôtel ne fut pas commandé par Sully. Mesme Gallet en lança la construction en 1624 ; l’ancien ministre d’Henri IV l’acheta dix ans plus tard et en acheva le décor. Le nom d’un propriétaire célèbre a ainsi éclipsé celui du premier commanditaire.
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  7. Henri II mourut aux Tournelles le 10 juillet 1559, après avoir été blessé dans un tournoi. Une estampe de Tortorel et Perrissin, publiée en 1570 et conservée au musée national de la Renaissance, montre sa mort et le cérémonial qui l’entoura. Elle témoigne de la mémoire du drame autant que du décor de la résidence royale.
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  8. Les fêtes des 5, 6 et 7 avril 1612 célébraient une double alliance : Louis XIII avec Anne d’Autriche, et sa sœur Élisabeth avec le futur Philippe IV d’Espagne. Le carrousel réunissait notamment ballets équestres et quadrilles. Certaines images rassemblent dans une même scène des moments survenus au cours des trois journées.
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  9. Le premier monument, en bronze, fut fondu en 1792. Pour son remplacement en marbre, Charles Dupaty conçut un modèle en 1816, puis Jean-Pierre Cortot réalisa la sculpture en 1821 ; l’inauguration eut lieu en 1829. Le tronc placé sous le ventre du cheval soutient le poids du marbre, dont les contraintes diffèrent de celles du bronze.
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  10. La place Ducale fut édifiée de 1606 à 1624 selon les plans de Clément Métezeau. Ses 27 pavillons associent brique, ardoise et pierre jaune de Dom-le-Mesnil. Ses dimensions, environ 127 mètres sur 90, montrent que la parenté avec la place parisienne n’en fait pas une copie aux mêmes proportions.
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  11. Les changements de nom suivent les ruptures politiques : parc d’Artillerie, puis place des Fédérés en août 1792, place de l’Indivisibilité en juillet 1793. Le nom des Vosges fut attribué le 13 septembre 1800 pour honorer le département qui avait payé le premier ses contributions annuelles.
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LA CONVERSATION CONTINUE

Vos commentaires.

2 commentaires
Jerome

Concept toujours aussi sympa :)

Aa

En réponse à Jerome

J'y passe au moins une fois par mois et je n'avais jamais remarqué tous les détails dont vous parlez lol