Tiens, tiens, voilà un mot bien amusant qui fait la Une de la Presse ce matin... (article du Nouvel Obs)
"Plouc"1.
À la fin du XIXe siècle, une vague de paysans bretons viennent tenter leur chance à Paris (on estime entre 115.000 et 130.000 le nombre de Bretons à Paris et dans sa banlieue vers 1900)2.
Selon une explication courante, quand on leur demande d'où ils viennent, ces drôles de gens à l'accent bizarre répondraient d'un bled en plou-quelque chose.

Plougastel, Plouguerneau, Plougonver, Ploumoguer, Plouzané, Plouvara... la liste est longue3 !
Il n'en aurait pas fallu plus pour affubler les Bretons du surnom de "ploucs"...
Quant à Bécassine, une héroïne de bande dessinée simplette et candide créée en 19054, elle n'arrange pas les choses... Son origine bretonne renforce l'idée que les Bretons sont... des ploucs. (ben oui)
Cette Bécassine énerve tellement certains Bretons que le 18 juin 1939, trois Bretons de Paris organisent une "expédition punitive" et détruisent sa statue de cire exposée au Musée Grévin5...

Maintenant, vous savez !
Notes
- L’Académie française donne à plouc le sens d’une personne rustre et juge son origine incertaine. Le dictionnaire universitaire Usito retient, lui, une attestation en 1880 et un rapprochement avec les noms bretons en Plou- ou Ploug-. Le lien avec ces noms est donc une explication lexicographique connue ; la petite scène parisienne racontée ici ne constitue pas, à elle seule, une preuve de la naissance du mot.↩ Retour au texte
- Les estimations varient selon que l’on compte Paris seul ou aussi sa banlieue, et selon la définition d’un Breton. La Mission Bretonne souligne le rôle du chemin de fer dans cette migration. Montparnasse en devient un lieu de sociabilité important, mais les migrants ne se concentrent pas tous dans ce seul quartier.↩ Retour au texte
- Plou- vient du latin tardif plebs, au sens de communauté de fidèles, puis de paroisse. Avec ses variantes Plé-, Plo-, Plu- ou Pleu-, cet élément entre dans les noms de plus de 150 communes bretonnes. Il peut être suivi d’un nom de personne ou d’un terme descriptif : dans Plougastel, kastell évoque le château.↩ Retour au texte
- Bécassine paraît le 2 février 1905 dans le premier numéro de La Semaine de Suzette : Jacqueline Rivière écrit cette première histoire, Joseph Pinchon la dessine. Caumery reprend ensuite les scénarios et développe le personnage. La Cité internationale de la bande dessinée rappelle que cette héroïne devient aussi infirmière, cheftaine scoute et pilote d’avion. Sa naïveté comique ne résume donc pas toutes ses aventures, même si sa réception a nourri des stéréotypes sur les Bretonnes.↩ Retour au texte
- L’action a lieu le dimanche 18 juin, et les journaux la relatent le lendemain. Elle s’inscrit dans les protestations contre l’image dévalorisante attribuée à Bécassine, alors qu’un film lui est consacré. Selon le récit du Journal spécial des sociétés, les auteurs de la destruction sont rapidement interpellés. Cet épisode témoigne d’une contestation militante, plutôt que d’un rejet unanime du personnage en Bretagne.↩ Retour au texte




Euh.. Parce que ça rime ? :p
Ne vous inquiétez pas... on le vit très bien aujourd'hui. ;)
Pour aller plus loin : https://www.amazon.fr/Fils-ploucs-pays-gens-vie/dp/2737352940
très bon bouquin.
Nouvellement débarquée en Bretagne, je viens d'acheter ce livre, afin de m'imprégner de l'ambiance générale...
Merci pour le conseil de lecture !