Les gargouilles: entre mythes, fantasmes et réalité

Faisons les présentations

Les gargouilles : n’avez-vous jamais ressenti un sentiment de malaise ou tout simplement un questionnement devant ces créatures étranges ?

Sylvain Tesson écrit dans son livre Aphorismes sous la lune et autre pensées sauvages (2008)  qu’elles sont chargées de surveiller les hommes… Et si on essayait d’en savoir un peu plus ?

Tout d’abord, un peu d’étymologie ! Le mot « gargouille » est composé du préfixe « garg- » (du grec gargareôn : luette ou gorge, que l’on retrouve par exemple dans « gargarisme ») et de -gouille, provenant du mot latin gula : gueule.

Étymologiquement, le mot est donc à lui seul une sorte de pléonasme, faisant doublement référence à la gorge et à la gueule ! Par extension, on comprend la référence au bruit de l’eau restituée par le gosier… rapport à la fonction première des gargouilles : évacuer les eaux de pluie à bonne distance des murs.

Une tradition médiévale

La tradition des gargouilles voit le jour au début du XIIIe siècle, avec l’essor du style gothique en France. La première cathédrale à voir ses façades ornées de ces monstres effrayants est probablement celle de Laon, vers 1220. Mais les gargouilles sont encore peu nombreuses, larges et composées uniquement de deux parties : l’une servant de rigole et l’autre de recouvrement.

Au cours du XIIIe siècle, les gargouilles vont augmenter en nombre. Les architectes pensent à diviser les chutes d’eau : cela pour éviter les longues pentes dans les chéneaux et réduire ainsi chacune des « grosses » chutes en de minces filets d’eau ne nuisant plus aux constructions inférieures. On multiplia en conséquence les gargouilles qui devinrent plus fines… mais également plus décorées !

Quelques gargouilles de Notre-Dame de Paris…

Le Physiologus

Initialement, donc, les gargouilles représentaient des animaux. Les principales sources d’inspiration sont les bestiaires, dont le plus connu, Physiologus, ouvrage du IIe siècle, donne aux animaux, réels ou imaginaires une signification chrétienne. Les bestiaires ont transmis au Moyen-Âge les connaissances de l’Antiquité concernant les plantes, les hommes et les animaux. Mais ils contiennent la plupart du temps des récits plus légendaires que scientifiques… et nourrissent l’imagination des artistes.

Vers la fin du XIIIe siècle, les gargouilles deviennent plus élaborées, des figures humaines remplacent parfois les modèles d’animaux. Au cours des siècles suivants, elles acquièrent en longueur, en finesse et en férocité. Pendant la seconde moitié du XVIe siècle, les sculpteurs s’inspirent de plus en plus des animaux légendaires pour leurs créations.

Manuscrit complet du Physiologus de Berne (IXe siècle) : consultable ici

Chimères et gargouilles

Une chimère est, en architecture, une statue ayant un aspect fantastique et effrayant. Son utilité est purement décorative. Les célèbres chimères de la Cathédrale de Notre-Dame de Paris ont été conçues par Eugène Viollet-le-Duc.

Les gargouilles proposent des formes très multiples et inattendues. En effet, contrairement à la représentation des saints qui était tenue à des formes hiératiques (c’est-à-dire devant se conformer à un style imposé), leurs créateurs pouvaient donner libre cours à leur imagination.

Chimère surplombant Notre Dame de Paris (Eugène Viollet-Le-Duc)

La fonction symbolique des gargouilles

Les gargouilles avaient donc une utilité réelle (recracher l’eau de pluie loin des parois) et aussi décorative. Le soin apporté à ces figures vomissantes fait supposer un autre rôle, tout aussi essentiel : un rôle symbolique.

Elles seraient les gardiennes du Bien: c’est-à-dire des églises.

Elles éloigneraient les forces du mal: esprit malin, êtres démoniaques, les non chrétiens, en les rejetant en même temps que les eaux sales (l’eau est un symbole de purification dans le christianisme).

Elles protègeraient la maison de Dieu et ses fidèles et mettraient en garde les chrétiens contre les tentations de l’extérieur. Leur aspect terrifiant, leurs grimaces et leur férocité avaient pour but d’effrayer le Mal. La légende raconte que les gargouilles hurlaient à son approche… Les gargouilles sont donc une parfaite illustration d’un grand principe médiéval : le salut et la lumière ne se trouvent que dans la Maison de Dieu.

Bonus : Légende sur l’origine des gargouilles

Il y a très longtemps, un dragon ailé hantait les rives de la Seine et terrorisait la population en crachant des torrents d’eau et en décimant les hommes et les animaux. En l’an 520, le prêtre saint Romain qui deviendra plus tard évêque décida de délivrer Rouen de ce monstre…

Il fit appel à des volontaires pour monter une expédition, mais seul un homme, un condamné à mort qui n’avait plus rien à perdre, eut le courage de l’accompagner.

Le dragon fut terrassé par les deux hommes grâce au signe de la Croix… La bête se soumit au prêtre et, tenue en laisse, fut exhibée à la population. On dressa un bûcher pour la mettre à mort mais, au contact du feu, sa tête et son cou se transformèrent en pierre et furent exposés sur les remparts de la ville… Ainsi naquit la tradition légendaire des gargouilles.

Quant au courageux condamné à mort, il fut évidemment gracié : cette légende tardive, construite aux alentours du XIVe siècle (donc près de 1000 ans après la mort de saint Romain !) servit surtout à justifier le droit donné aux évêques de la ville de Rouen de gracier une fois par an un condamné à mort de leur choix, tradition qui perdura jusqu’à la révolution française.

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14 Réponses

  1. Geneviève dit :

    Moins d’humour que d’habitude, dommage!
    Mais c’est tout de même très intéressant!

    • Blandu dit :

      Ce n’est pas le même auteur que d’habitude, c’est pour ça
      (« Un article signé Claire S » alors que d’habitude c’est écrit « un article signé Djinnzz »)

      😉

  2. mimi77 dit :

    Pour une fois, je connaissais déjà un peu le sujet. Ça fait du bien de ne pas se sentir totalement nulle!

  3. moi dit :

    merci je m’en suis servi pour un exposé!
    SMILE!!!!!!!!!!!

  4. quelqu'un dit :

    Il s’agit du tout 1er article que j’ai lu sur le site !!! Je devais créer une gargouille pour un travail d’arts plastiques, j’étais en panne d’inspiration et après quelques recherches sur Google j’ai atterri ici… Et ça m’a beaucoup servi !!! Merci

  5. Mazaud dit :

    Bonjour,
    J’ai juste voulu savoir d’où elles venaient et a quoi elles servaient, je me suis toujours posé ces questions
    Vous avez répondu a ma curiosité , merci

  6. hablah dit :

    ok sais con

  7. Anthony dit :

    J »ai vu ses gargouilles ce weekend en chair et en os lors d’un voyage astral !!! Une experience toujours incroyable. Elles étaient éfféctivement les gardienne d’un endroit… Je devais aller découvrir ce qu’il s’y cachait, mais elles me faisaient trop peur pour que j’ose y aller. Aujourd’hui je regrette…
    Quoiqu’il en soit, elles existent belle et bien et sont exactement comme on les représente sur Notre Dame.

    • Léa dit :

      Etait ce un endroit sacré qu’elles gardaient Anthony? En voyage astral vous avez vu ces êtres mais pourquoi vous ont elles fait peur, peut être aviez vous entrepris ce voyage sans protection?

  8. Eric dit :

    Ce fut à la fois intéressant et ludique. Nous en avions rencontrés des reproductions chez un couple d’amis en Oregon. Cela nous amené à nous rapprocher de Notre Dame de Paris.

  9. JP dit :

    De telles splendeurs aujourd’hui menacées par l’incendie de Notre-Dame… C’est terrible.
    Avez-vous des nouvelles rassurantes sur ces gargouilles : ont-elles été touchées, fragilisées, détruites,… ?

  10. Parici dit :

    Merci pour cet article très intéressant où j’ai appirs plein de choses ! J’adore les manuscrits anciens et le physiologus est géniale. Sur l’image que vous avez mise, on peut lire les mots : draconem et diaboli… Ca met dans l’ambiance !

    Je n’ose imaginer l’impact de telles illustrations sur les esprits des personnes du Moyen-Age…

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