La culture générale pour briller en société.
Curieux depuis 2012 0% publicité 100% passionnés
étale ta
culture.

Moins on en a…
plus on en découvre.

Surprends-moi
← Culture Générale

La presque véritable histoire de Jack-o'-Lantern

- Hey ! Tavernier ! Reverse-nous un p'tit coup à boire ! Jack, c'est toi qui paye ta tournée, ce coup-ci ! Fouillant bon gré mal gré dans sa bourse pour y dénicher une piécette qui ne s'y trouve pas, Jack bouscule par mégarde un…

- Hey ! Tavernier ! Reverse-nous un p'tit coup à boire ! Jack, c'est toi qui payes ta tournée, ce coup-ci !

Dans la légende, fouillant bon gré mal gré dans sa bourse pour y dénicher une piécette qui ne s'y trouve pas, Jack bouscule par mégarde un passant-qui-passait-par-là-par-hasard. Manque de bol, ce dernier n'est pas n'importe qui, mais ça, Jack ne le sait pas encore1.

- Holà, l'ami ! Fais donc attention à où tu mets tes miches, veux-tu !
- Pardon Monsieur, je ne l'ai pas fait exprès.

(même bourré, Jack est un type extrêmement poli)

Le passant-qui-passait-par-là-par-hasard se dit qu'un mec aussi poli même quand il est bourré serait très facile à influencer. Car il n'est autre que le Diable en personne !

- Ça te dirait de devenir riche ? demande le Diable à Jack.
- Ben... oui. À qui ça ne dirait pas ?

Et, en moins de temps qu'il n'en faut pour un démon à déployer ses ailes, voilà le Diable qui parvient à convaincre Jack de lui vendre son âme en échange d'une immense fortune2.

- Vous y gagnez au change, l'ami !
- Oui, c'est vous qui le dites... Avant de signer votre contrat qui me liera à vous pour l'éternité, me permettez-vous de boire un dernier verre pour la route ?
- Mais bien sûr, l'ami.

(cette manie qu'a le diable de mettre "l'ami" à la fin de toutes ses phrases est très énervante, je vous le concède)

Et Jack fouille bon gré mal gré dans sa bourse pour y dénicher une piécette qui ne s'y trouve (toujours) pas.

- Euh... vous pouvez m'avancer ?
- Mais bien sûr, l'ami. Je vais même faire mieux. Je vais me transformer en pièce de 6 pence pour que tu puisses payer ta bière3. Puis je retrouverai ma forme humaine.

(il est comme ça, le Diable, il aime bien se transformer en piécette de 6 pence)

Mais Jack, sous ses faux airs de mec poli même quand il est bourré, a plus d'un tour dans son sac. À peine le Diable transformé, il s'empare de la pièce et la fourre dans sa bourse dans laquelle se trouve une croix en argent dont il ne se sépare jamais4...

Voilà le Diable piégé ! Le pouvoir du Christ, au travers de la croix, l'empêche de se transformer. Il est condamné à rester sous sa forme d'une lamentable piécette de 6 pence...

Mais Jack prend peur. Il sait bien que le Diable finira bien par trouver un moyen ou un autre de retrouver sa vraie forme. Et là, attention à son courroux ! Du coup, il lui propose un marché.

- Bon, OK, je vous ai bien eu, mais c'était juste pour déconner, hein... Si je vous libère, vous me promettez de pas vous fâcher ?
- Mais oui, l'ami, je comprends tout à fait. C'était une simple blague, voilà tout. Libère-moi TOUT DE SUITE s'il te plaît...
- Mais promettez-moi avant de ne pas venir réclamer mon âme avant qu'un délai de 10 ans ne s'écoule !
- OK, l'ami, je t'en fais le serment.

Et quand le Diable fait un serment, c'est pas du pipeau. Jack vit donc peinard les dix années suivantes en exerçant son métier de maréchal-ferrant (un peu) et en buvant des bières à la taverne du coin (beaucoup). Puis vient la fin du compte à rebours fatidique... Le Diable l'attend à un coin de la rue et lui rappelle son marché.

- Rappelle-toi, l'ami, tes dix années sont maintenant écoulées.
- Ah, mince, je pensais que vous auriez oublié...

Et Jack réfléchit très très vite à la façon dont il va arnaquer le diable une deuxième fois.

- Bon, OK, je veux bien vous suivre où vous voulez, mais, avant, j'ai un petit creux. Vous pourriez pas monter à l'arbre, là, et me cueillir une pomme ?

Et le Diable accepte de grimper à l'arbre. C'est vraiment un type super sympa, quand on y pense.

(oui, oui, vraiment)
(peut-être un petit peu con sur les bords aussi, à bien y réfléchir)

Aussitôt que ses pieds ont décollé du sol, Jack grave rapidement une croix sur le tronc de l'arbre à l'aide de son couteau. Piégé, une seconde fois5!

- Ah ah ! J'vous ai de nouveau bien eu ! Alors, c'est qui le patron ?
- Allez, déconne pas, l'ami, j'ai plein de boulot aujourd'hui. Relâche-moi !
- OK, mais jurez-moi cette fois que vous ne viendrez plus JAMAIS prendre mon âme.
- D'accord l'ami, je t'en fais le serment.

Et voilà le Diable aussitôt libéré du maléfice qui le retenait prisonnier à l'arbre. Jack peut maintenant se la couler douce jusqu'à la fin de ses jours : il vécut heureux et eut beaucoup d'enfants.

...

Fin de l'histoire ?
Non !

Car, comme tout le monde, Jack n'est pas immortel. Le jour de sa mort, il se retrouve devant les portes du Paradis dont Saint Pierre lui refuse l'accès.

- Déconnez pas, Monsieur Pierre ! J'ai mené une vie vertueuse, moi !
- Quoi ?! Boire des canons au pub de la ville toute la sainte journée n'est pas ma définition d'une vie "vertueuse". Tu peux donc aller au Diable !

Et c'est ce que fait Jack, il va voir le Diable.

- Coucou Diablo, ça va ? Bon, ben... Le Paradis veut pas de moi, donc je viens vous voir histoire que vous me fassiez une petite place tranquille en Enfer...
- Je ne crois pas, non, l'ami.
- Quoi ? Mais pourquoi ? Vous êtes fâché contre moi ? Nan, mais vous savez, le coup de la piécette et du pommier, c'était juste une blague, hein...
- Tu m'as fait prêter serment de ne jamais prendre ton âme, les portes de l'Enfer te sont donc refusées à jamais6. Adieu, l'ami.
- Mais, mais... Où donc vais-je bien pouvoir aller, moi ?

Et les larmes commencent à couler sur les joues de Jack. Le Diable, bien sûr, ne se laisse pas attendrir et reste inflexible.

- Diable, il fait nuit noire, là... Pourriez-vous au moins me prêter du feu pour que j'y voie quelque chose ?

Pour qu'il puisse s'orienter dans les ténèbres, le Diable lui donne une braise venue tout droit des Enfers. Jack creuse alors un gros navet qu'il avait dans sa poche et place la braise à l'intérieur7 pour s'en servir comme d'une lanterne. Et, de cette lanterne, il en aura bien besoin : il devra errer au milieu des Ténèbres, l'âme en peine, pour l'éternité !

(et on se dit, qu'au final, il l'a bien cherché)

FIN.

Et voilà, vous connaissez maintenant l'histoire de Jack O'Lantern ! Plus tard, lorsque les Irlandais émigrèrent vers les États-Unis (notamment pendant la Grande Famine de 1845-18528), ils s'adapteront à la flore locale et remplaceront progressivement le navet par la citrouille.

Voilà de quoi bien effrayer tous ces sales morveux qui viendront sonner chez vous ce soir ! :)

Notes

  1. Jack est ici un personnage de conte, souvent nommé Stingy Jack, « Jack l’Avare ». Les dialogues et les détails de sa vie relèvent de la narration. La légende explique une coutume et le nom d’une lanterne ; elle ne fournit pas une biographie historiquement attestée.
    ↩ Retour au texte
  2. Les versions ne suivent pas toutes ce pacte initial. Dans celle présentée par le McClung Museum, Jack invite le Diable à boire puis lui demande de devenir une pièce pour éviter de payer. Ce sont des variantes d’un récit transmis et remanié, plutôt que des contradictions entre témoignages sur un événement réel.
    ↩ Retour au texte
  3. Six pence correspondent à un demi-shilling dans l’ancien système britannique : douze pence font un shilling et vingt shillings une livre. Cette monnaie appartient au système antérieur à la décimalisation de 1971 ; elle ne désigne pas six centièmes de la livre actuelle.
    ↩ Retour au texte
  4. Le McClung Museum raconte lui aussi que la petite croix empêche le Diable de reprendre sa forme. Le signe chrétien sert ici de ressort au conte : le personnage le plus redoutable se retrouve prisonnier d’un objet ordinaire. Il s’agit d’un motif légendaire, non d’une propriété physique de l’argent.
    ↩ Retour au texte
  5. Le musée de Galway présente une autre version : Jack, forgeron, reçoit trois souhaits et rend magiques son marteau, sa chaise et son pommier. Le Diable s’y trouve successivement retenu. La ruse de l’arbre appartient donc à un ensemble de variantes où Jack retarde sans cesse sa mort.
    ↩ Retour au texte
  6. Le nom Jack o’ Lantern a aussi servi à désigner les lumières mystérieuses des marais, les will-o’-the-wisps anglais ou feux follets. Le récit de l’âme errante donne une figure humaine à ces lueurs inquiétantes ; ce rapprochement folklorique n’en constitue pas l’explication scientifique.
    ↩ Retour au texte
  7. Le National Museum of Ireland conserve un modèle en plâtre peint lié à une lanterne-navet reçue en 1943 d’une institutrice du Donegal. Celle-ci décrivait un type de lanterne fabriqué localement vers 1900. C’est un témoignage matériel et documenté de la coutume ; il n’atteste évidemment pas l’existence de Jack.
    ↩ Retour au texte
  8. La Grande Famine associe effondrement des récoltes de pommes de terre, faim, maladies et émigration massive. Le Parlement britannique rappelle aussi les limites des secours et les expulsions de tenanciers. Ce contexte éclaire les départs irlandais du XIXe siècle, sans dater à lui seul l’arrivée d’une coutume précise dans chaque communauté américaine.
    ↩ Retour au texte
LA CONVERSATION CONTINUE

Vos commentaires.

8 commentaires
Joel

Je suis très friant de ce genre de légendes, et votre façon de les raconter me plaît beaucoup!
Je m'étais déjà poser la question sur l'utilisation des citrouilles à Hallowean, j'ai maintenant ma réponse, et je ne suis pas déçu! Une bien belle histoirre à raconter aux enfant un soir d'orage :twisted:

censure

Excellente histoire!

jean

Une legende intéressante que je ne connaissais pas du tout.

Je n'ai pas de nom :)

Ça me rappelle une autre légende... Bretonne ou un truc du genre ^_^ il demandait des dons au Diable et après il s'en servait contre lui :)

Hallo

Hier soir, j'ai envoyé chier les gamins qui sonnaient à ma porte.
J'ai pensé à vous :cool: