
Prélude
La première fois que vous l'avez vu, c'était lors d'un repas organisé par des amis communs. Il était là, assis à l'extrémité de la table, discret et un peu gauche dans ses mouvements.
Vos regards se sont croisés.
Vous vous rappellerez toujours de cette émotion qui vous a alors submergée. De votre cœur qui s'est emballé, de vos joues qui se sont délicatement empourprées et de cette délicieuse chaleur qui s'est emparée de tout votre corps...
Pour masquer votre émotion, vous aviez préféré détourner votre regard. Avait-il remarqué votre trouble? Pour vérifier, vous n'aviez pas pu vous empêcher de le regarder de temps à autre. Jusqu'à cette fois où il esquissa un sourire que vous lui avez aussitôt rendu.
La soirée commençait plutôt bien...
L'imaginiez-vous seulement? Cette scène, à l'apparence anodine, fut le théâtre d'un tas de réactions chimiques dans votre corps!
Les phéromones (on n'est pas qu'des clébards)
Ahh ! Que serait la vie sans elles ! Véritables messagers chimiques entre individus, elles ne mentent jamais et permettent d'envoyer des signaux clairs à qui sait les interpréter... C'est le cas du rongeur qui saura détecter le moment propice pour l'accouplement, par exemple. Ou du nourrisson dont les phéromones secrétées autour du mamelon de sa maman déclenchera le réflexe d'allaitement.

Mais ça, en fait, c'est pas pour nous, les humains.
Car contrairement à la quasi-totalité des mammifères sur Terre, l'homme (et la femme) ne savent plus détecter les phéromones. La plupart d'entre elles sont inodores, donc exercer votre nez ne changera rien à l'affaire. En réalité, les phéromones ne sont pas captées par la muqueuse olfactive mais par l'organe voméro-nasal (OVN pour les intimes). Certes, nous possédons tous un OVN situé sous la surface intérieure du nez, mais il est bien moins développé que chez les animaux. Il relève plus d'un vestige de l'évolution génétique que d'un "sixième sens"...

Il ne peut peut-être pas les "capter" avec précision, mais cela n'empêche pas l'être humain de sécréter deux phéromones sexuelles:
- l’androsténone, un des composés de la sueur "fraîche" de l’homme (insistons sur le mot "fraîche"! Car au contact avec l'oxygène, la molécule se dégrade et émet une odeur nauséabonde qui fera fuir même vos partenaires les plus motivé(e)s... le déo est votre ami).
- et la copuline que l’on retrouve dans les sécrétions vaginales de la femme. Son nom est assez explicite... faut vous faire un dessin?
Mais, répétons-le, ces phéromones jouent un rôle anecdotique dans la séduction amoureuse... On retrouve d'ailleurs sur le marché des parfums aux phéromones censés augmenter le pouvoir de séduction... Si vous avez un peu de bon sens, économisez votre argent!

Si on y réfléchit, que l'Homme ait réussi à s'affranchir de la puissance des phéromones, c'est plutôt rassurant...
La dopamine (à l'insu d'mon plein gré)
La dopamine est un neurotransmetteur appartenant aux catécholamines, issu de l'acide aminé tyrosine.
Voiiiiiiilà. Je vous sens super content de l'apprendre, non?
Plus sérieusement, ce qu'il faut retenir ici, c'est surtout que la dopamine est libérée par notre cerveau lors d'expériences que celui-ci associe au plaisir. Ça, c'est plutôt bien. Vivons un événement heureux, et notre cerveau nous enverra sa petite récompense, histoire de nous pousser à recommencer.
(un peu comme quand notre maîtresse nous distribuait des images à l'école quand on était sages)

Revenons à nos deux amants. Les voyez-vous, leur deux cerveaux en train de produire de la dopamine à gogo?
Le revers de la médaille, c'est que c'est aussi la dopamine qui est liée aux comportements d'addiction. Nicotine, drogue, addiction au jeu,... notre corps devient dépendant à cette molécule et en réclame toujours plus: on peut facilement rentrer dans une spirale infernale dont il est bien difficile de s'extirper...
(un peu comme si vous étiez accro aux images que vous distribuait votre maîtresse: ça deviendrait très vite problématique)
(je sais, j'ai un don pour les analogies)
Mais continuons de parler amour: nos deux amants, devenus véritables usines à dopamine, vont tout essayer pour faire durer le plaisir: coups de téléphone, mails,... même éloignés l'un de l'autre, tous les moyens sont bons pour avoir sa petite dose de dopamine grâce à l'être aimé!
Mais j'ai un scoop pour vous, il y a encore mieux que la dopamine! Oui, oui oui. Et c'est...
La phényléthylamine (une cochonnerie qui fait du bien)
Vous connaissez ce sentiment de bien-être quand, après avoir lutté des heures contre votre gourmandise, vous craquez enfin et dégustez ce carré de chocolat qui vous faisait tant envie?
Si oui, alors vous connaissez déjà les effets de la phényléthylamine.
Les phényléthylamines, ou PEA, sont des alcaloïdes monoaminés, nous apprend Wikipedia. Nous voilà bien avancés. Retenons plutôt qu'il s'agit d'une hormone de la classe des amphétamines, et que notre organisme en produit naturellement.
(et que le chocolat en contient aussi, le fourbe!)
(par contre dans les carottes, les épinards ou le jus de concombre, tu peux toujours courir)
(la vie est injuste)

Lorsqu'il tombe amoureux, l'être humain se met à produire une grande quantité de phényléthylamine. Les effets sont sensiblement les mêmes que si vous preniez des amphét' ou que vous pratiquiez un sport extrême...
(ça tombe bien, la plupart d'entre nous n'ont jamais fait ni l'un ni l'autre)
(mais bon, vous voyez le topo)
La PEA a cette particularité de réduire l'appétit et de provoquer une hyperactivité. Et c'est très pratique pour les amoureux, qui deviennent capables de discuter et/ou de faire l'amour toute une nuit durant...
Autant de bonheur, ça mettrait presque la larme à l'œil... Mais attention, car l'effet "euphorisant" de l'amour n'est pas éternel! On finit par s'habituer à l'être aimé... et la sécrétion de PEA s'atténue progressivement. Cette phase, qui survient entre quelques semaines et quelques années (3 ou 4, rarement plus), sonne parfois (souvent ?) le glas de la relation. La raison en est simple: c'est tellement bon, la PEA, que l'un des deux amants peut facilement en devenir "accro", et il se détournera de l'être aimé pour aller chercher sa dose auprès d'un nouveau (d'une nouvelle) partenaire.
Et tous les efforts de l'être délaissé pour retenir l'amour de sa vie seront vains... (smiley triste)
L'amour de longue durée serait-il de ce fait une chose vaine? Non! Que les couples qui aspirent à la longévité se rassurent, ils peuvent compter sur un autre allié moléculaire de poids: l'ocytocine!
L’ocytocine (c'est bien, on redevient raisonnable)
"L'ocytocine est un neuropeptide sécrété par les noyaux paraventriculaire et supraoptique de l'hypothalamus et sécrétée par l'hypophyse postérieure."
(si, si , je vous assure)
En fait, ce qu'il faut retenir, c'est que l'ocytocine est couramment (et sans doute abusivement) appelée la molécule du plaisir.
Jugez plutôt: elle est sécrétée lors de tout contact humain agréable. Qu'il s'agisse d'une mère avec son enfant, de deux amis qui se retrouvent ou, donc, de deux amants dans les bras l'un de l'autre.
Bon, ce surnom de "molécule du plaisir" est un peu tape-à-l'œil.
(il faut bien que les magazines "santé" et "bien-être" vendent du papier...)
En fait, plus que la molécule du plaisir, l'ocytocine est plutôt la molécule de l'interaction sociale. Amitié, lien entre la mère et son enfant, même simple relation de camaraderie: dans chacune de ces situations, on a droit à notre petite dose d'ocytocine. Grâce à elle, la nature a fait de l'homme un animal social, qui va vers autrui pour avoir sa petite injection de drogue.
Et quel est le sentiment privilégié à la création d'ocytocine: l'amour, bien sûr!
(et ne parlons pas de l'orgasme, véritable fontaine à ocytocine...)
(mais vu le contexte, on va gentiment oublier le terme "fontaine")
C’est donc en gros le liant chimique entre les deux amoureux, susceptible de les garder ensemble bien après que la PEA se soit épuisée... La nature s'assure ainsi que les couples puissent durer longtemps, et que les enfants à naître aient une maman ET un papa susceptibles de les protéger jusqu'à ce qu'ils soient grands..
(ou DEUX papas, ou DEUX mamans)
(Manif pour tous, bonjour !)
Certains chercheurs vont même jusqu'à affirmer que l’ocytocine a un effet positif sur le vieillissement: c'est notamment pour cette raison que certains magazines "beauté" recommandent d'avoir une vie sexuelle épanouie, et de faire l'amour 2 ou 3 fois par semaine!
(voire par jour, mais ne soyons pas trop présomptueux)
Bon, au pire, même si c'est sans effet sur le vieillissement, ça ne peut pas faire de mal. Une sorte de "pari de Pascal" version olé olé, quoi...
(le pari de Pascal, c'est ça : )
(je t'explique, sinon tu peux pas comprendre la blague)

Les endorphines... (♫ il est fini le temps de la passioooon-on, le couple est passé, dans un nouveau moléculaire ♪)
La PEA ne fait plus ses effets? L'ocytocine ne vous suffit plus? L'alchimie de l'amour vous offre un dernier allié cadeau: les endorphines.
(c'est pour elle, c'est cadeau)
Les endorphines sont des neuropeptides opioïdes endogènes.
(je suis comme vous, je ne comprends rien à ce charabia... mais je fais genre.)
En gros, les endorphines agissent comme la morphine. Elles estompent la douleur et vous apportent calme et volupté...
(luxe et douceur aussi, d'ailleurs, j'imagine)
Le couple passe alors dans une nouvelle phase, celle du "bonheur tranquille".
Cet amour-là peut durer des années, des décennies, des siècles. Cet amour-là transcende tout le reste, dépasse les âges et purifie l'esprit. Cet amour-là, le monde entier vous l'envie. Et chaque jour vous bénissez cette fabuleuse soirée où vos regards se sont croisés...
Conclusion

Merci de votre attention.




En bon passionné d'ornithologie, j'ai aussitôt pensé aux Inséparables...
Ces oiseaux colorés qui restent avec leur partenaire toute leur vie durant. Si l'un des deux oiseaux meurt, son partenaire se laisse mourir.
Ou à ces chiens qui se laissent mourir sur la tombe de leur maître...
Ce comportement est-il lié à la présence de molécules (ocytocines ou endorphines?) Je n'ai pas trouvé de sources d'informations convaincantes à ce sujet.
Je ne saurais vous répondre au sujet des Inséparables... Par contre, j'ai dégoté cet article qui évoque les campagnols (rongeurs).
Après une cour éclair et un jour entier d’accouplements, répétés, le mâle et la femelle restent inséparables jusqu’à la mort. Le mâle devient réellement agressif avec tout congénère autre que sa bien-aimée, et se consacre à des activités généralement fort utiles autour du nid. à lire ici : http://jean.heutte.free.fr/spip.php?article35
Selon l'auteur, ce comportement est lié à l'ocytocine...
Concernant les chiens, j'ai lu également durant mes recherches sur le sujet que les caresser provoque chez eux (et chez nous !) une sécrétion d'ocytocine... Sans doute pour cela que le chien est depuis si longtemps le meilleur ami de l'homme !
Est il possible d'avoir une petite dose d'ocytocine à chaque fois qu'on se rend sur ce site !??
Djinnzz, je vois que tu es sur tirées, je suis désolé je n'ai pas les moyens de te donner de l'argent, je suis à l'euro près en ce moment pour boucler les fins de mois.
Je te souhaite bonne continuation, tu es super comme ton site
Sur tipeee je voulais écrire !