[#ETC en vidéo] Depuis quand joue-t-on aux boules?

Les beaux jours arrivant, vous allez peut-être faire comme des millions de Français et sortir votre kit de pétanque qui prend la poussière dans le garage pour passer du bon temps avec vos amis. L’occasion rêvée de nous interroger sur les origines et l’histoire de ce jeu séculaire!

Ce sont les Grecs antiques, il y a plus de 2700 ans, qui sont les premiers à jouer avec des boules.

Tous les exercices faisant appel à une balle, ils appellent ça des sphéristiques. Ca fait très savant et c’est la preuve que les Grecs prenaient ça très au sérieux.
Les boules sont faites alors de plusieurs pièces de peaux cousues puis remplies de laine, de farine ou de sable. En fonction de leur humeur, ils jouaient à différents jeux: aporrhaxis, ourania ou harpaston dont les règles étaient vraiment tarabiscotées. Quand ils n’avaient pas trop envie de réfléchir, les Grecs se contentaient de lancer leur boule le plus loin possible. Et cette activité avait l’avantage de ne pas avoir de nom compliqué, on parlait simplement de lancer de boules.

Les Romains s’emparent de cette tradition mais y ajoutent une subtilité: le but du jeu est maintenant de toucher une pierre placée à une dizaine de pas des joueurs. Le jeu est populaire mais l’Empire romain d’Occident va disparaître en 476 et avec lui la tradition du jeu de boules qui sera oubliée pendant plusieurs siècles.

C’est au Moyen-Age, vers le XIVe siècle, que l’intérêt du jeu est relancé, notamment par les soldats français qui délaissent parfois l’entraînement pour s’adonner à leur jeu favori! Les boules sont en général en bois, mais les règles ne sont pas vraiment précises et varient d’une région à l’autre. Le seul hic, c’est que la France est alors plongée en pleine guerre de 100 ans, et ce n’est pas en jouant à ce jeu débile que les Français vont bouter les Anglais hors de France! C’est en tout cas ce que pense Charles V le Sage qui, devant la popularité grandissante du jeu, décide de l’interdire. Mais les gens s’en moquent un peu et continuent à jouer en cachette.

Un peu plus tard, en 1560, on retrouve une scène de jeu de boules dans un tableau de Pieter Brueghel l’Aîné intitulé Jeux d’enfants. L’artiste y dépeint plus de 90 jeux différents: osselets, saute-moutons, échasses, toupies, cerceaux, bagarres (qui après tout, est un jeu comme un autre)… y’a pas à dire, les gosses savaient s’amuser au Moyen-Age.

Jeux-d'enfants-Brueghel

Jeu d’enfants, de Pieter Breghel l’Aîné (1560)

Ah, tiens, on retrouve même une scène où un enfant se fait martyriser par 6 copains ou une autre où il se fait tirer les cheveux par cinq autres.
En cherchant bien, on trouve notre fameux jeu de boules!

Que l’on soit paysan, valet, soldat ou seigneur local, tout le monde peut devenir bouliste. Ce qui est pratique, avec le jeu de boules, c’est que ça ne coûte pas cher et qu’on peut faire une partie à peu près n’importe où et n’importe quand. Mais, au XVIIe siècle, un nouveau jeu à la mode va faire fureur: le jeu de paume, qui est l’ancêtre du tennis. Et cela change radicalement la donne. Pour y jouer, il faut des salles de jeu, un revêtement parfaitement lisse, et des petites raquettes. Autant le dire tout de suite, ce n’est pas le pécore du coin qui peut s’offrir une partie. Un véritable business voit le jour, des lobbies de loueurs de salles ou de fabricants de raquettes se mettent en place, et craignent maintenant la concurrence du jeu de boules, qui a ce grand défaut de ne ramener d’argent à personne. Sauf aux fabricants de boules bien sûr, mais bon, c’est quand même un marché de niche.

Jugé bien trop populaire et vulgaire face à la noblesse du jeu de paume, le jeu de boules est de nouveau interdit par un décret de Louis XIII le 7 septembre 1629. Mais ce décret ne fut jamais vraiment appliqué et l’interdiction est levée quelques années plus tard…

Vers 1760, le jeu de boules gagne enfin ses lettres de noblesse: on en trouve une description dans l’encyclopédie de Diderot!

Au XIXe siècle, les règles sont maintenant standardisées même s’il existe une demi-douzaine de courant différent: boules bretonnes, boules des Flandres, boules de Fort, boules parisiennes, boules lyonnaise ou encore jeu provençal. On ne va pas s’attarder ici sur les règles particulières de chaque variante, mais il y a une constante: le joueur peut ou même doit prendre de l’élan avant le lancer de sa boule.

En 1907, à la Ciotat, le champion de jeu provençal Jules Hugues a mal au dos et ne peut pas bouger de sa chaise. Impossible pour lui de réaliser les trois sauts requis avant le lancer! Pour lui permettre de jouer quand même, ses amis ont l’idée de lui proposer de jouer pieds joints, ou pieds tanqués. Trois ans plus tard, les règles de cette nouvelle variante sont mises au point: la pétanque est née! Pieds tanqués, pétanque…

Et voilà! Aujourd’hui, plus de 300.000 joueurs sont licenciés en France, mais plusieurs millions de Français s’adonnent à ce loisir en dilettante.

Une anecdote avant de nous quitter
Quand un joueur perd une partie sans avoir marqué un seul point, dans le jargon, on dit qu’il est Fanny. Alors Fanny, elle n’a rien à voir avec la trilogie de Pagnol! C’est en réalité une serveuse dans les années 1910, qui se laissait embrasser sur la joue par les clients n’ayant pas marqué de points pour les réconforter.
Selon la légende, un beau jour, ce fut au tour du Maire d’embrasser Fanny. Par dérision, elle ne lui présenta point ses joues, mais grimpa sur une chaise, releva ses jupes et mit ses fesses à hauteur de visage de Monsieur le Maire! Ce dernier ne se démonta pas et fit claquer deux grosses bises sur les fesses de Fanny devant une assemblée hilare… Ainsi débuta une longue tradition!

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7 Réponses

  1. Sandra dit :

    Toujours très bon, comme d’habitude!
    Vous n’avez pas assez de vues en comparaison à la la qualité de vos vidéos! J’espère que Youtube s’en rendra compte et mettra votre compte en avant!

  2. Klein dit :

    Je tire ou je pointe? 🙂

  3. Roberto dit :

    Super vidéo! J’étais sceptique quand j’ai vu le thème, mais en fait c’est vraiment intéressant!

    Mention spéciale à la Fanny… j’étais persuadé que ça venait de la trilogie de Pagnol. Comme quoi…

  4. colin dit :

    Les spheristiques des Grecs peuvent être également considérés comme les ancêtres du football ou du rugby. C’est vrai que certaines règles étaient bizarres!

  5. Eurosix dit :

    Cet article est excellent mais il oublie de définir de quelles boulles il s’agit. Clees-ci ont évoluées au cours du temps mais avec quelles boules pouvaient jouer Adam etÈve ? J’en reste rêveur !

  6. Eurosix dit :

    Rectification : boule = un seu l
    Celees-ci = celles-ci
    Avec mes excuses, la précipitation nuit (même le jour !)

  7. Julien dit :

    Très bonne vidéo. Petite remarque toutefois : je pense que le portait n’est pas celui de Charles V Roi de France, mais de Charles Quint, Empereur du Saint Empire, reconnaissable à sa fameuse machoire prognathe. Si ça peut te consoler, Charles V de France n’était pas un prix de beauté non plus.

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