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5 opéras qu'il faut avoir vus au moins une fois dans sa vie

Que de clichés circulent sur l'opéra ! Réservé aux riches, chiant à mourir, ridicule au possible... Les femmes s' y époumonnent en se lançant dans des vocalises dignes de la Castafiore (quand elles ne portent pas des casques a…

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Que de clichés circulent sur l'opéra ! Réservé aux riches, chiant à mourir, ridicule au possible... Les femmes s' y époumonnent en se lançant dans des vocalises dignes de la Castafiore (quand elles ne portent pas des casques a cornes !) tandis que les hommes jouent les machos avec des voix de fausset...

Faux que tout cela ! L'argument du prix ne tient pas : les plus grandes salles d'opéra ouvrent leurs portes à des tarifs souvent fort abordables (à condition, bien sûr, d'accepter d'être relégué au fin fond du public, certes...) - sans compter que les vrais fauchés peuvent toujours se rabattre sur les dizaines d'opéras accessibles intégralement sur Youtube !

Quant aux autres critiques, elles sont le plus souvent formulées par des gens n'ayant jamais regardé le moindre opéra dans son intégralité...

Il est vrai, par contre, qu'il est bien difficile pour le profane de s'y retrouver dans la jungle des milliers d'opéras composés depuis 4 siècles (les spécialistes considèrent généralement que ce que l'on peut considérer comme le tout premier opéra fut composé en 1597 par Jacopo Peri).

Pour s'initier en douceur aux joies de cet art subtil et délicat, je vous propose aujourd'hui ma sélection (forcément subjective) de 5 opéras devant lesquels vous ne vous ennuierez pas, promis ! Et peut-être même que vous en redemanderez... sait-on jamais !

1

Les contes d'Hoffmann (Offenbach, 1881)

Argument

Ce pauvre Hoffmann n'a décidément pas de chance avec la gente féminine...

Alors que l'alcool coule à flots dans la taverne du maître Luther où il traîne avec son fidèle ami, ses compagnons de beuverie lui demandent avec insistance de leur conter ses déboires amoureux. Olympia, Antonia et Giulietta, trois femmes qu'Hoffmann a profondément aimé pour le meilleur... mais surtout pour le pire !

Les moments forts

- La chanson du nain Kleinzach, un trésor d'inventivité au rythme entraînant !

- Les oiseaux dans la charmille, le magnifique solo d'Olympia ponctué par d'étranges bruits de mécanismes à ressorts... Car Olympia est un automate et Hauffman, aveuglé par les lunettes ensorcelées que lui a vendues ce diable de Lindorf, est bien le seul à ne pas s'en rendre compte !

- La mort d'Antonia. Antonia l'ignore, mais elle a une terrible maladie qui la rapproche un peu plus de la mort à chaque fois qu'elle chante. Quelle ironie pour cette jeune femme superbe qui rêve déjà d'une carrière à l'opéra au moins aussi brillante que celle de feu sa mère.

Le médecin de la famille, encore ce satané Lindorf qui se cache cette fois sous le nom du docteur Miracle (sic), informe le père du mal qui ronge Antonia. Hoffmann assiste en secret à la conversation. Epouvanté, il va trouver Antonia et lui interdit formellement de chanter, sans lui en expliquer les raisons toutefois. Par amour, Antonia lui fait le serment qu'elle ne chantera jamais plus, et renonce à ses rêves de gloire.

Mais le Docteur Miracle revient à la charge ! A la faveur de la nuit, il se glisse dans la chambre d'Antonia et la convainc de rompre son engagement...

Tu ne chanteras plus ? Sais-tu quel sacrifice

S’impose ta jeunesse, et l’as-tu mesuré ?

La grâce, la beauté, le talent, don sacré !

Tous ces biens que le ciel t’a livrés en partage

Faut-il les enfouir dans l’ombre d’un ménage ?

(...)

Voilà l’ardente joie et la fête éternelle

Que tes vingt ans en fleur sont près d’abandonner

Pour les plaisirs bourgeois où l’on veut t’enchaîner

Et des marmots d’enfants qui te rendront moins belle !

Ses arguments font mouche ! Au terme d'un magnifique dialogue avec le fantôme de sa mère qui apparaît, Antonia s'effondre.

Hoffmann arrive trop tard et ne peut qu'assister, impuissant, à l'agonie de la femme qu'il aime... Tragique !

Vous l'aurez compris, ce n'est pas pour rien que les Les Contes d'Hoffmann est l'un des opéras les plus joués dans le monde aujourd'hui !

2

La damnation de Faust (Berlioz, 1846)

Parmi les dizaines d'opéras tirés du célèbre Faust de Goethe, deux d'entre eux sortent du lot : la version de Gounod (1859), sobrement intitulée Faust, et la version de Berlioz, La Damnation de Faust (1846). Choisir entre l'une ou l'autre de de ces deux versions n'est pas chose aisée... On est tout de même en face de deux monuments de la musique classique !
Mais mon coeur balance plutôt vers la version de Berlioz... elle possède, à mon humble avis, des arias plus pénétrants et un livret beaucoup plus cohérent.

Argument

Faust est un vieux monsieur qui n'a plus goût à la vie. Alors qu'il s'apprête à porter une coupe remplie de poison à ses lèvres, son geste est interrompu par les chants et la musique d'une procession de Pâques qui passe sous sa fenêtre. L'image du Christ sur la croix le persuade de rester en vie. Surgit alors Méphistophélès qui, non sans une pointe d'ironie, raille le vieillard. Il lui redonne sa jeunesse et se fait fort de lui redonner goût à la vie.

Pour arriver à ses fins, le sombre Mephisto s'arrange pour organiser un coup de foudre entre son nouveau protégé et une ravissante jeune fille nommée Marguerite. Hélas ! Après une période passionnée, Faust se lasse de l'amour et abandonne Marguerite qui se morfond, jour après jour, en espèrant voir resurgir l'homme qu'elle a tant aimé.

Par accident, Marguerite tue sa mère et est condamnée à mort par la justice des hommes. Apprenant la nouvelle, Faust supplie Mephisto de l'aider à sauver la malheureuse. Celui-ci accepte à la condition qu'il signe un document, ce que Faust s'empresse de faire sans réellement comprendre la portée de ce geste... Il vient en fait de signer la damnation éternelle de son âme et Méphisto ne tarde pas, à l'issue d'une course effrénée à travers des paysages inquiétants, de le livrer aux flammes des Enfers !

FAUST

Qu’exiges-tu ?

MEPHISTOPHELES

De toi ?

Rien qu’une signature

Sur ce vieux parchemin.

Je sauve Marguerite à l’instant, si tu jures

Et signes ton serment de me servir demain.

FAUST

Eh ! que me fait DEMAIN quand je souffre à cette heure ?

Donne !

Marguerite, elle, est accueillie au Paradis les bras ouverts et s'envole vers les cieux...

Moments forts

- La marche hongroise, bien sûr !

- La course à l'abîme : à peine Mephisto a-t-il fait signer le contrat à Faust que les deux hommes sautent sur leur cheval et foncent au triple galop. Faust pense qu'ils se dirigent vers l’échafaud pour sauver Marguerite mais Mephisto a d'autres projets en tête...

La course à l'abîme, mis en scène par le Metropolitan Opera de New-York (la scène démarre à 2 h 4 min et 45sec)

3

Tannhauser (Wagner, 1845)

Je voulais impérativement qu'un opéra de Wagner soit dans cette liste... et je n'allais tout de même pas vous recommander le visionnage de la quadrilogie de l'anneau du Nibelung qui dure près de 15 heures ! (et qui contient la fameuse chevauchée des Walkyries). Non plus Les Maitres Chanteurs de Nuremberg, qui dure plus de 6h30 ! Quant au Vaisseau Fantôme, je crois bien vous en avoir déjà parlé...

Argument

Tannhauser est recueilli dans le Venusberg, la demeure dans laquelle s'est réfugiée Venus après que les Dieux de l'Olympe soient tombés dans l'oubli. Il y coule des jours heureux, ses journées étant ponctuées par des câlins torrides pour satisfaire l'insatiable soif de plaisir de la Déesse de l'Amour. Mais à trop connaitre le bonheur, il en devient fade. Et bientôt, Tannhauser se lasse de cette condition de sex-toy ambulant et exprime le souhait d'être renvoyé sur Terre.

Les problèmes commencent alors...

Moments forts

Si vous ne souhaitez pas regarder l'opéra dans son entier (ma foi, je peux vous comprendre, y'a Joséphine ange gardien ce soir à la télé, la vie est une question de priorité), de grâce, écoutez au moins son ouverture !

L'ouverture de Tannhauser dure une quinzaine de minutes et est considéré par beaucoup comme le morceau le plus puissant du compositeur. Si vous revenez ici me dire que vous n'aimez pas, je ne peux malheureusement plus rien pour vous et vous demeurerez à jamais hermétique au génie de Wagner... Au moins aurais-je essayé !

4

La Flûte enchantée (Mozart, 1791)

Une liste d'opéras conçue pour s'initier en douceur à cet art subtil et délicat sans œuvre de Mozart ne serait pas très crédible... Qu'il est difficile de choisir entre les chefs d'œuvre du compositeur ! Les Noces de Figaro, Cosi Fan Tutte, Don Giovanni...

La Flute enchantée est de prime abord assez déroutante en cela que s'y mêle passages chantés et passages parlés (c'est ce qu'on appelle un singspiel, une sorte d'opéra-comique made in Germany), mais la beauté se dévoile au fur et à mesure des écoutes...

Argument

Tamino est attaqué par un serpent géant et s'évanouit. Lorsqu'il se réceille, il fait la connaissance de la Reine de la Nuit qui l'implore de sauver sa fille, prise en otage par le sinistre Sarastro. Alors qu'il se rend dans le palais de son ennemi, Tamino se rend compte que les méchants ne sont pas ceux auxquels on pense ! Aux termes d'une quête initiatique, la Reine de la Nuit sera vaincue et la Lumière vaincra sur les Ténèbres...

Moments forts

Le fameux air de la Reine de la Nuit, bien sûr ! Vous l'avez forcément déjà entendu une fois dans votre vie...

5

Otello (Verdi, 1887)

Pourquoi ? Parce qu'une oeuvre de Verdi DOIT figurer dans ce top 5, pardi ! Parce que, aussi, cette oeuvre est chère pour une raison toute personnelle : c'est le tout premier opéra que je vis dans son intégralité alors que j'étais adolescent. Cet enfoiré de Iago, comme je l'ai haï alors !

Moments forts

L'Ave Maria chanté par Desdémone alors qu'elle est seule dans sa chambre et empreinte au désespoir. La pauvre ne comprend pas les réactions violentes de son époux... Comment pourrait-elle se douter qu'Otello est manipulé par Iago qui le persuade qu'elle lui est infidèle ? L'Ave Maria est un prélude au drame qui se prépare... Par désespoir, par fierté, Otello va bientôt poignarder celle qu'il a tant aimée. Il ne comprendra que trop tard la manipulation perfide de Iago et se poignardera à son tour sur le corps de sa bien-aimée... c'est à ce moment qu'on sort les mouchoirs !

Alors, trouvez-vous toujours cela aussi chiant, l'opéra ?

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Vos commentaires.

25 commentaires
Jean

En réponse à un commentaire précédent

et aussi Puccini (la Bohème), Carmen (Bizet), Samson et Dalila (Saint-Saëns), le Barbier de Séville (Rossini), Rigoletto (Verdi), etc, etc...
La liste des incontournables est infinie... faire un choix est difficile!

Jean

En réponse à un commentaire précédent

Un truc du genre La Schtroumfette à Fukushima? :grin:

laurent

Bon, je promets pas de m'y mettre, mais en tout cas j'aurais au moins appris quelques trucs sur les opéras, ça peut être toujours utile...

PS amusant le logo utilisé pour illustrer l'article... Mais on parle pas du même opéra!

Plantin

Juste une question: en quoi la version de Faust de Berlioz est-elle "plus cohérente"?

phenomenon

salut djinnzz,

comme d'habitude, cet article est une fois de plus non seulement plein de bon sens, mais il montre apparemment une de tes passions.

toutefois ...............

comme souvent, et malheureusement, le but visé par l'auteur (des opéras) est totalement dévié à cause d'une traduction (en français) qui montre clairement que le traducteur n'a rien compris "au film"! et cela aussi bien dans le titre que dans les textes; il suffit parfois d'un seul mot ..........

cela est tout simplement dû à la construction de la langue elle-même qui est utilisée. (dicton datant de la renaissance: "le français est la langue des diplomates. l'allemand est la langue des poètes et penseurs.")

prenons p.e. trois langues en comparaison:
français: 475.000 mots
anglais: 595.000 mots
et l'allemand uniquement 171.000 mots ..... MAIS, MAIS, MAIS dû à la possibilité de lier plusieurs substantifs pour former un nouveau mot l'allemand est ainsi infini. exemple:
allemand: donauschiffahrtskapitänsscheibtischstuhl (UN seul mot)!
français: la chaise de bureau du capitaine de voie navigable du danube!
(ceci n'est qu'un exemple, n'y cherchez pas de sens profond!)

exemple plus précis: la flûte enchantée! titre original: die zauberflöte.
ce qui donne un tout autre sens! la flûte n'est en fait pas enchantée, mais c'est elle qui enchante (pour ne pas dire que c'est elle qui exerce la magie).

tout cela pour dire que beaucoup d'opéras gagnent à être entendu dans la langue originale!