Fouquet : Quand la vanité mène tout droit au cachot

On ne fait pas d’ombre au Soleil

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, le 28/07/2013

Blason de la famille Fouquet

En cette journée pluvieuse du 9 mars 1661, le cardinal Mazarin vient d’avoir la bonne idée de mourir. Quelle bonne nouvelle pour Nicolas Fouquet! À l’âge de 47 ans, il profite ainsi d’une promotion éclair en devenant le premier conseiller de Louis XIV. En cela, il rend honneur à sa devise de toujours: « Quo non ascendum? », littéralement: « Jusqu’où ne monterai-je pas? ». Oui, la modestie n’est pas vraiment une qualité dont Fouquet souhaite s’embarrasser

Pourtant, sur son lit de mort, Mazarin mit en garde le roi contre cet homme trop ambitieux. Ses fonctions de surintendant des Finances lui a en effet permis d’accumuler trésors et richesses. Certaines mauvaises langues insinuent même qu’il est devenu plus riche que le roi lui-même! Et son magnifique château de Vaux-le Vicomte qui n’a pas grand-chose à envier à celui de Versailles plaide en ce sens…

Fouquet ne le sait pas encore, mais c’est justement sa mégalomanie qui le conduira tout droit à sa perte…

Quelques mois après la mort de Mazarin, le 17 août 1661 précisément, Fouquet invite Louis XIV et sa mère Anne d’Autriche à une fastueuse fête, et il ne lésine pas sur les moyens pour en mettre plein les yeux au Roi! Les deux invités d’honneur viennent accompagnés d’une poignée d’amis… à peine 600. Une bagatelle!

Un buffet somptueux est servi par François Vatel, le maître de maison, à cette foule qui n’eut pas souvent l’occasion de participer à un tel festin. Tout contribue à faire la démonstration de la richesse et de la puissance de leur hôte. C’est bien simple, même Louis XIV en personne n’aurait pas les moyens d’organiser un événement si somptueux!

Et Le Brun, le décorateur de Fouquet, en rajoute une petite couche en expliquant au roi la signification des multiples statues des jardins du château, chacune à la gloire du surintendant qui se fait appeler « Monseigneur »!

En guise de digestif, en toute simplicité (sic), une comédie est jouée par Molière en personne, accompagnée musicalement par un orchestre dirigé par Lully… Et pour clore le spectacle, un gigantesque feu d’artifice est tiré pour le plaisir des yeux.

Quelle soirée délicieuse! Tous les invités sont ravis et littéralement hypnotisés par ce spectacle inouï. Tous? Non! Louis XIV, lui, se sent profondément humilié. Qui est-il, ce Fouquet, pour se permettre de faire de l’ombre au Roi-Soleil en personne, je vous le demande? Le roi est à ce point en colère que, selon certaines sources, il aurait même envisagé de quitter les lieux avant la fin du spectacle et c’est sa mère Anne d’Autriche qui l’en aurait dissuadé…

Le domaine de Vaux-le-Vicomte

Le domaine de Vaux-le-Vicomte

Le roi fulmine. C’est décidé, il aura la peau de son conseiller. Il ne peut y avoir qu’un seul Soleil qui règne sur la France!

Naïvement, Fouquet enchaîne les maladresses. Est-il alors conscient qu’il est dans le collimateur royal? Sans aucun doute, et c’est probablement pour cette raison qu’il lance de grands travaux sur les murailles de son domaine de Belle-Ile-en-Mer, histoire de se garantir une retraite sécurisée au cas où la situation tournerait au vinaigre. Au passage, il aurait même pris contact avec Laurent Voulzy pour mettre son île bien-aimée en chanson, mais pour être totalement honnête cette question semble encore faire débat parmi les spécialistes.

Ces énormes travaux sont vécus comme la provocation de trop par Colbert et Louis XIV. Ce dernier décide de la jouer finaude. Et il a bien raison! Car Fouquet dispose d’amis puissants, et, surtout, possède la charge de procureur général qui ne le rend justiciable que devant le Parlement, et non devant la justice ordinaire… Et une grande partie des parlementaires sont justement des amis intimes de Fouquet… On comprend mieux pourquoi celui-ci se sent intouchable!

Le roi évite donc de s’engager dans un combat frontal à l’issue incertaine… Il préfère inviter Fouquet à Versailles, l’air de rien. En tête à tête dans son bureau, il fait alors à son ennemi une proposition alléchante: le poste de chancelier!

Devenir premier officier de la couronne, voilà une perspective qui flatte l’ego du bonhomme… Seul obstacle: pour être nommé chancelier, Fouquet doit vendre sa charge de procureur… ce qu’il s’empresse de faire et donne, au passage, la modique somme d’un million de livres (pas des bouquins!) au roi. Et voilà notre Fouquet, satisfait du devoir accompli, qui attend patiemment que le roi tienne sa promesse…

L'écureuil, thème omniprésent à Vaux-le-Vicomte, symbole de la famille Fouquet

L’écureuil, thème omniprésent à Vaux-le-Vicomte, symbole de la famille Fouquet

Les jours passent. Et Fouquet, mon brave Fouquet, ne voit toujours rien venir. Il ne voit que le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie…

On imagine tout ce qui doit se passer dans l’esprit du malheureux Fouquet… Pourtant, bien qu’inquiet, il se croit toujours intouchable. C’est donc l’esprit serein qu’il se rend auprès du roi qui l’a convoqué dans son château de Nantes. La discussion se passe bien, et les deux hommes échangent des rapports cordiaux. Louis XIV le rassure même sur sa nomination en tant que Chancelier qui ne devrait pas tarder…

Le cœur plus léger, il sort du bureau du roi… et est arrêté immédiatement par un certain mousquetaire nommé d’Artagnan! Le fourbe de Louis XIV jubile et se félicite du piège qu’il a tendu à son ennemi!

S’ensuit un procès que le roi pense gagné d’avance. Mais… il y a encore un os! Le juge qui s’occupe de l’affaire fait un excès de zèle et mène un réel travail d’investigation, le con! Ses conclusions sont sans appel: même si l’on ne peut nier que Fouquet se soit fortement enrichi de par ses fonctions de surintendant des finances, il ne peut être prouvé des malversations très importantes… Après tout, Mazarin lui-même avait accumulé plus de 35 millions de livres (toujours pas les bouquins!) de fortune personnelle, ce qui représente une somme bien plus importante que la fortune personnelle de Fouquet, estimée à seulement 15 millions de livres (pas les bouq… bon, OK, je crois que vous avez compris). Quant aux accusations, plutôt farfelues, de traîtrise et de plan de rébellion, elles tombent à l’eau faute de preuves.

En décembre 1664, après 3 ans d’instruction, le verdict tombe. Le juge se contente de confisquer tous ses bien et de bannir Fouquet du Royaume. Le bougre l’a échappé belle: sur 20 magistrats, 9 votèrent pour la peine de mort…

Nicolas Fouquet

Nicolas Fouquet

En apprenant la nouvelle, Louis XIV rentre dans une colère noire! Pour lui qui a tant manigancé pour avoir la tête de Fouquet, cette sentence est un véritable camouflet!

Sans perdre une minute, il se sert de ses prérogatives pour transformer le bannissement en détention à perpétuité dans la forteresse de Pignerol. Fouquet y mourra une quinzaine d’années plus tard.

Il comprit, mais un peu tard, qu’on ne peut faire d’ombre au Soleil.

Pour approfondir…

Catégories : Histoire

Un article signé

Créateur et rédacteur d' EtaleTaCulture
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Vos commentaires:

  1. Carole dit: 28 juillet 2013 #3775

    Quel plaisir de lire ce que vous écrivez!
    On vous lit comme un roman et c’est bien plus digest qu’un livre d’histoire. On a l’impression de se « culturer » sans travailler!

    Bravo bravo bravo!!!!

    J’en veux encore plein d’autres!!!

  2. DéRATiseur dit: 28 juillet 2013 #3777

    J’étais déjà au courant de la cabale contre ce pauvre Fouquet.
    Il n’était pas pire que les autres de son époque, il a simplement eu la malchance de se mettre à dos Louis XIV à cause d’une soirée un peu trop fastueuse.

    Ca me ferait presque penser à des hommes politiques d’aujourd’hui :???:

  3. Kanr dit: 28 juillet 2013 #3779

    Je connaissais l’histoire, mais vous lire est toujours très agréable.

  4. histomanie dit: 4 août 2013 #3791

    Deux mois que je ne suis pas passé dans le coin et j’ai des dizaines d’articles de retard!!

    Concernant Fouquet, il me semble que sa devise était plutôt « Quo non ascendet », ie. « Jusqu’où ne montera-t-il pas? ». Bon, la différence est mince mais je souhaitais le souligner. Ce n’était d’ailleurs pas sa devise personnelle mais celle de sa famille.

    D’après Mazarin, Fouquet avait deux défauts: « les bâtiments, et les femmes ». pour les bâtimlents, on pense bien sûr à Vaux-le-Vicomte. Pour les femmes, c’est parce qu’il a été le soupirant de Madame de la Vallière, maîtresse de Louis XIV. Ca n’a donc pas plu au Roi-Soleil, et certains historiens pensent même que c’est cet aspect-là et non son magnifique château qui a amené Louis XIV à vouloir la peau de Fouquet.

    La fête du 11 juillet n’est à mon avis que la « goutte d’eau » qui a fait déborder le vase. Fouquet était dans le collimateur royal depuis déjà plusieurs mois voire années (mais ce point est encore débattu je pense).

    Dernière anecdote pour la route: l’acte de décès de Fouquet n’a jamais été retrouvé… Une légende s’est donc forgée autour de la mort mystérieuse de Fouquet, certains accusant Louis XIV de l’avoir fait assassiner.

    Bon article sinon, bien documenté et très agréable à lire!

  5. Taloupe dit: 7 août 2013 #3819

    Un rapport avec le Fouquet’s (le restau parisien)???

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